DESCRIPTION DES ALTÉRATIONS DU FOND DE L’ŒIL
On a déjà vu que, dans la sclérose en plaques, le siège de Ia lésion pouvait amener des aspecls ophtalmoscopiques très différents qui sont plus ou moins fréquents. D’après la même slatis-
tique de Kampherstein, voici dans quelle proportion se rencontrent les différentes variétés d’altérations :
1 N - : y fn;e À © fois bilatérale, Atrophie complète du nerf optique. . 4 fois. | 1e ns Décoloration incomplète de toute la
pme... dis 4te e 2$ fois. |
12 fois bilatérale, 16 fois unilatérale.
. : , .__ ( 16 fois bilatérale, Décoloration du segment temporal. . #1 fois. | 95 fois unilatérale.
ee 2 . +. ( 5 fois bilatérale Es 9 Vue : ; Névrie opaque. 2er nn fois. RE Troubles visuels sans lésion ophtal-
MOSCOPIQUE. ess = Vos DT UE
Sur les huit cas où j’ai trouvé des altérations du fond de l'œil, j'ai observé :
Une fois une décoloration incomplète des deux papilles, mais avec une acuité visuelle très diminuée dans l'œil gauche et un rétrécissement très prononcé et concentrique du champ visuel du mème côté. De l'œil droit, l’acuité visuelle était bonne, et le champ visuel presque normal. Les troubles visuels étaient dus à gauche à de l'hystérie surajoutée : il y avait une anesthésie du côté gauche du corps.
Dans trois autres cas il y avait une décoloration des deux papilles (planche I, fig. 5) avec diminution de l’acuité visuelle. Une fois une décoloration complète d’une des papilles et une décoloration du côté temporal de l’autre. Dans un cas il y avait une décoloration du côté temporal des deux papilles (planche I, fig. 6). Enfin, dans le dernier cas, un œil était normal et l’autre présentait une décoloration de toute la papille, plus accentuée du côté temporal.
Dans un cas il v avait eu névrite optique.
[. Afrophie complète du nerf optique. — Cette forme n’a été observée que quatre fois par Kampherstein. Il est en effet assez rare que dans la sclérose en plaques l’atrophie devienne aussi complète que dans le tabès. Quand elle arrive cependant à un stade aussi avancé, la papille présente le même aspect ophtalmoscopique que dans la maladie de Duchenne : la papille est d’un blanc nacré, ses bords sont nets, les vaisseaux conservent leur volume normal; quelquefois cependant les arlères peuvent pré-
senter une diminution de leur calibre. On peut aussi rencontrer une atrophie présentant l’aspect ophtalmoscopique de l’atrophie post-névritique (observation d’Oppenheim et Frank). Les bords alors sont flous et il y a une zone de décoloration formant un anneau autour de la papille, Il peut même y avoir de légères trainées blanchâtres qui suivent les vaisseaux jusqu’à une certaine distance de leur point d’'émergence.
IT. Décoloralion incomplète de toute la papille el décoloralion du segment temporal. — Lorsque l’atrophie est incomplète, elle peut être disséminée dans toute l'épaisseur du nerf optique ou au contraire être localisée à un des faisceaux du nerf; dans ce dernier cas, c’est le plus souvent le faisceau externe ou temporal qui est atteint. Suivant que l’on aura l’un ou l’autre de ces deux processus, l'examen ophtalmoscopique fera voir une décoloration incomplète de toute la papille (planche I, fig. 5), ou une décoloration de son segraent temporal (planche I, fig. 6) : ce sont ces deux aspects que l’on rencontre le plus fréquemment, puisque sur 82 cas d’altérations du fond de l’œil on les trouve 69 fois, soit dans 84 p. 100 des cas. La décoloration temporale est plus fréquente : on la rencontre dans 90 p.100 des cas (41 fois sur 82), et la décoloration incomplète 28 fois (34 p. 100 seulement). J'ai observé une combinaison de ces deux formes. La papille présentait une décoloralion générale, mais beaucoup plus marquée du côté temporal.
Dans la décoloration générale, les vaisseaux ont conservé leur calibre normal; mais la papille paraît anémiée : elle est d’un rose très pâle, presque blanc; mais la coloration est suffisante pour qu’on la distingue très aisément de la papille complètement atrophiée. Lorsque le segment temporal est seul atrophié, la papille paraît divisée en deux portions : la portion interne (à l'image droile), qui a conservé son aspect normal, ou qui, comme je l'ai déjà dit, peut être aussi décolorée légèrement, et la portion temporale qui peut être tout à fait blanche et avoir le même reflet nacré que dans l’atrophie complète. Les deux parties ne sont pas séparées par une ligne verticale; en haut et en bas la partie saine se prolonge du côté temporal; au milieu il peut y avoir une démarcation très nette, très tranchée entre la partie encore intacte et le segment atrophié; de petits vaisseaux servent souvent de démarcation entre les deux parties.
Da MALADIES DE LA MOELLE
Il faut bien se garder de considérer comme des atrophies partielles du nerf optique des papilles qui présentent une large exca vation physiologique : le côté temporal de celles-ci n’est pas compiètement blanc : il reste sur le bord un anneau plus ou moins large qui a conservé la coloration rosée du reste de la papille et dans laquelle viennent de nombreux petits vaisseaux de la rétine.
II. Névrile optique. — La névrite optique ne s’observe que rarement dans la sclérose en plaques. Pendant longtemps même on ne l'avait pas observée. En 1884 furent publiées les premières observations relatant cette complication : ce sont celles de Seymour, Sharkey, Nettleship, Gnauk (1), Parinaud et Eulenbourg. Plus tard Uhthoff publiait sa statistique où sur 100 cas de sclérose 11 y avait 45 fois des lésions ophtalmoscopiques, dont 6 fois la névrite optique : les autres statistiques publiées depuis n’ont fait que confinmer celle d'Uhthoff. Sur l’ensemble des observations de Lübbers et de Kampherstein (en tout 50 cas) on trouve 3 fois la névrite optique.
Je n’ai noté qu’une fois cette complication; encore la névrite était-elle guérie quand j'ai pu observer la malade; elle n’avait pas amené d’alrophie.
La névrite a le caractère de la névrite descendante; à l’ophtalmoscope elle ressemble à la névrite de la méningite (planche IF, fig. 1). La papille commence par être rouge, hyperhémiée, puis elle devient floue, comme voilée; il s’est formé en avant d’elle un trouble qui peut devenir assez prononcé et même provoquer la formation d’exsudations blanchâtres. On n’observe pas d’hémorragies. Les vaisseaux sont généralement engorgés; les veines surtout peuvent être légèrement tortueuses et dilatées. Cette névrite optique peut n'être que passagère. Elle peut survenir très rapidement et peut même précéder de plusieurs années lapparition de la sclérose en plaques. Bruns et Stôlting ont noté l'apparition de la névrite longtemps avant les symptômes de la sclérose. Kampherstein a constaté aussi que les malades s'étaient plaints de troubles de la vue cinq à dix ans avant l'apparition de tout autre trouble.
La névrite optique qui est survenue très rapidement, reste stationnaire pendant quelque temps et peut disparaître aussi rapidement qu'elle est venue; mais elle peut avoir des récidives.
On à noté aussi dans la sclérose en plaques l'aspect de la stase papillaire :(Bruns et Stülting). Dans le cas que j'ai relaté le D° Dupuy-Dutemps avait noté de la papillite.
Enfin Eichhorst (12) a publié un cas où il y aurait eu de la selérose de la rétine, sclérose qui se serait manifestée par la présence de taches sombres dans la région maculaire des deux yeux.