‹ Le fond de la merChapitre 7 sur 15 · VerW · texte numérisé non relu

VerW

miraculeuse allrlbufe au

corail par les anciens. — Coiail

rre - Cori

lil plante. — Harsigli dccuu

inel dùoui

ire la vraie nalure du eoa

['"-^TraTa'^ï de™ir^Uciie-Du'^

Un des polypes les plus intéressants est sans contredit le corail, si recherché de tout temps comme une pierre, ou comme l'axe solide d'une plante marine. Suivant Dioscoride ^, c'est un arbrisseau marin qui, tiré de la mer, durcit aussitôt à l'air ; Dioscoride assure que, même en le touchant dans l'eau, pendant sa vie, on pétrifie cet arbuste.

La question ne fit aucun progrès jusqu'à la fin du dix-

' Détails empruntés à M. Paul Servais (Sur le cuiailj.

huitième siècle ! En 1585, le chevalier J.-B. de Nicolaî, préposé à la pêche du corail sur les côtes de Tunis, fit plonger exprès un pêcheur, à qui il ordonna d'arracher le corail, et d'observer s'il était mou ou dur. Contrairement à ce que disaient les ancieiïs, cet homme observa qu'il n'était pas moins dur dans la mer que dehors. Nicolaî voulut s'assurer du fait par lui-même. II plongea aussi, et reconnut la vérité du récit du plongeur.

Un naturaliste italien prétendit, en 1671, que le corail, n'ayant ni fleurs, ni feuilles, ni graines, ni racines, devait être mis dans le genre des pierres. Cette aberration semble d'autant plus étrange, qu'après Nicolaî, Ong de la Poitier, gentilhomme lyonnais, avait signalé, en 1615, la présence d'un suc laiteux dans le corail frais, et avait montré qu'il faut lui enlever une sorte d'écorce pour lui donner le poli et sa couleur rouge.

Marsigli reconnut à sa surface de petits corps blancs, semblables à des fleurs. Il annonça cette découverte à l'Académie des sciences de Paris, en 1706. Tant qu'il laissa la branche de corail dans de Teaù de mer, les fleurs restèrent épanouies; elles se fermaient aussitôt qu*on retirait le corail de l'eau, pour reparaître quand on l'y replongeait. Sans chercher s'il avait devant lui des fleurs ou des animaux, Marsigli décida que le corail était une plante.

La gloire d'avoir découvert la vraie nature du corail appartient tout entière à un Français, Peyssonnely médecin botaniste du roi. Ce savant observa longtemps, sur les côtes de Provence et de Barbarie, le genre de vie et la conformation du corail. Le Muséum d'histoire naturelle de Paris possède un manuscrit fort précieux, dans lequel Peyssonnel étudie la nature du corail et de plusieurs zoophytes. Il y démontre que ce sont des agrégations d'animaux, et il les compare aux orties de mer, dont la nature était déjà connue. « J*avais, dit-il, le plaisir de voir remuer les paltes ou pieds de cette ortie ; et, ayant mis le vase plein d'eau, où le corail était, près du feu, tous ces petits insectes s'épanouirent. Je poussai le feu et je fis

VIE SOUS-MAUINE. 125

bouillir Teau, et je les conservai épanouis hors du corail; ce qui arrive de la même façon que quand on fait cuire tous les testacés, tant marins que terrestres*. »

Cette découverte renversait assez de préjugés pour être mal accueillie pendant quelque temps. Réaumur, alors tout-puissant dans la science, la révoque en doute sans avoir essayé de vérifier les belles recherches de Peyssonnel, et c'est là probablement ce qui empêcha la publication d'un manuscrit qu'il est bon de tirer de Toubli.

De nombreux travaux, parmi lesquels on doit citer ceux de M. Lacaze-Duthiers au nombre des plus remarquables, ont achevé de nous éclairer sur la nature du corail. Il résulte de Tendurcissement intérieur d*un polypier ou colonie de polypes. La prétendue écorce en est la partie la plus récente ; comme elle n a pas encore acquis la consistance de la masse intérieure, on ne s'en sert pas dans le commerce. Les polypes sont logés dans de petits enfoncements de cette écorce, qu'ils sécrètent et qui leur sert de support.

Le corail ne se trouve que dans la Méditerranée. — Diverses espèces decoraux. Pêches du corail. — Antipathe, appelé vulgairement corail noir.

On ne trouve le corail que dans la Méditerranée. Il est du reste trés-répandu dans cette mer. On le rencontre près de Marseille, sur les côtes de la Corse, de la Sardaigne de la Sicile, des Baléares, et auprès de Tunis et de la Calle. Ce dernier point fournit depuis longtemps la plus grande partie du corail du commerce. Le corail se tient fixé aux rochers par un élargissement de sa base. D'après les pêcheurs, il est de plus en plus petit à mesure que la profondeur augmente. On n'en a jamais retiré déplus de 200 à 350 mètres.

* Traité du corail contenant les nouvelles découvertes qu'on a faites sur le corail, les pores, les madrépores, escares, lithophytons, éponges, et autres productions que la mer fournit, pour servir à l'histoire naturelle de la mer.

iU LES MERVEILLES DU FOND DE LA MER.

La couleur habituelle du corail est d'un beau rouge, mais il peut avoir toutes les teintes intermédiaires entre le rouge vif et le blanc. Celui des côtes de France doit son renom à la richesse de ses couleurs. On désigne dans Je commerce les variétés des coraux sous les noms de : Coraux écume de sang, fleur de sang, premier, second^ troisième sang, etc., d'après leur coloration.

Le corail blanc est peu estimé.

La pêche du corail est faite principalement par des Maltais. Les Italiens et les Français s'y adonnent concurremment. Voici, en quelques mots, la manière dont on la pratique sur les côtes de Sicile. Des flottilles de petits navires y sont employées. Les pêcheurs se rendent au-dessus des rochers à coraux. Ils se dispersent alors dans des barques montées par trois ou quatre hommes. Leur engin est une croix de bois, ou une étoile à plusieurs branches ; chacune porte à son extrémité libre un filet, dans lequel s'amassera le corail. Les branches sont égales, et, à leur point commun, on attache une grose pierre qui fait descendre l'appareil. On le retient avec une corde, et Ton promène les filets sur le fond de la mer.

Le corail noir est la tige d'un polypier .d*une autre espèce, ïantipathe. Le polype est très-petit. 11 a six tentacules. Au milieu est l'unique ouverture de son corps, dont la texture interne est analogue à celle que nous avons décrite plus haut pour les polypes en général. Ce qui donne au polypier une certaine valeur commerciale, c'est que la dessiccation dépouille complètement la partie centrale et dure de la tige, de son enveloppe corticale et des êtres qui y sont fixés.

Gorgones des anciens. — Leur nature animale est découverte par Peyssonnel, Trembley et Bernard de Jussieu. — Gorgone éventail. — Les gorgones sont cosmopolites.

Les gorgones, ainsi nommées par Pline, ont été primitivement prises, comme les autres colonies de zoophytes^

VIE SOUS-tlAItlNE. ISS

pour des plantes marines. On ne connaît pas encore entièrement leur manière de vivre. Le microscope aida les naturalistes des deux derniers siècles à découvrir leurs polypes, que l'on prit généralement pour des fleurs. Peys-

Fig. K. — Gor^qni; éïcnlail (pai lie erossle).

sonnel, Trembley, el surtout Bernard de Jussieu el Guet tard démontrèrent que ce sont des animaux.

Le polypier est flexible, il n'est pas entièrement pierreux; aussi n'a-t-il aucun usage dans les arts. Cepeiidant

lai LES MEKVEILLES DU FOND DE lA HER.

on pouirail l'employer avantageusemenLà la fabrication de petits objets nécessilant une substance dure et élastique. Les gorgones vivent, comme leurs congénères, sur le fond de la mer, ou sur des corps marins auxquels elles se fiïent. Le même polypier porte un grand nombre d'individus, ainsi qu'il arrive dans les coraux et Tantipathe, Le corps du polype est rètractile. Généralement il est très-petit, et, dans plusieurs espèces, l'emploi de la loupe est nécessaire pour distinguer nuttement l'animal de l'écorce charnue et vivante qui entoure le polypier.

Une portion de gorgone éventail grossie laisse voir les polypes sous la forme de petits tubercules ronds, percés d'un trou en leur centre. Les polypes sont bien plus apparents dans la gorgone vertlcillairc.

Le nom de cette dernière est dû à ce que les animaux sont groupés à différentes hauteurs sur la lige, et qu'ils forment en chacun de ces points un vertkille ou groupe de polypes fixés tout autour de la branche, Fig. il. -Gorgone ïeviiciiiaire (Le mot verticille est employé (parue grossie.) ^^^ j^^ botanistes pour dési-

gner l'ensemble des feuilles qui prennent naissance à une même hauteur sur une branche, autour de laquelle elle engendrent une espèce de couronne.)

Les gorgones ont de très-belles couleurs dans la mer; elles les perdent peu de temps après qu'on les a tirées du l'eau, pour ne garder que de pâles nuances blanches, noires, rouges, verles, ridelles ou jaunes. C'est ainsi qu'on les voit dans les collections.

VIE SOUS-IHARINE. 137

La forme du polypier est très-vai iable d'une espèce à l'autre. Tantôt les rameaux sont presque droits ou. trèspeu (leiueux. comme dans la gorgone verlicillaire:lanldt ils s'entrecroisent do. raille manières, se rejoignant et donnant à l'ensemble l'aspect d'un réseau à mailles plus

Vis. ^^- — Uorgone icrlicillaire,

OU moins serrées, La gorgone éventail en est un exemple remarquable. L'extrémité élargie du li-onc principal, dépouillé de son ècorce vivante, la fixe au rocher. De c.f tronc partent plusieurs branches durcies et nues se ramifiant elles-mêmes, elles se résolvent en un réseau sur lequel vivent les polypes.

La grandeur des gorgonesest comprise entre des limites

très-ètcndues Les plus petites que l'on ait étudiées avaient à peine 0'',05 de hauteur. D'autres atteignent plusieurs métrés. Enfin les fragments que l'on possède de quelquesunes montrent que les individus entiers avaient des dimensions ( ré s-considé râbles

Ces animaux vivent à une profondeur assez grande, ils habitent toutes les meis. La gorgtjne éventail est surtout très-commune. Les mers chaudes en renferment lopins fjp^nd nombre, ainsi qu'il arrive pour les autres polypiers;

Les plus aclifs conslrucl Madrépore plantain. - Hésndrines. — Fongies

Les ptflypiers purement calcaires semblent être canton-^ nés dans les régions tropicales. On trouve parmi eux les espèces qui exercent l'influence la plus marquée sur la variation du fond de la mer, et qui construisent des récifs et des iles.

Les caryophyllies, les astrées, les dendrophyllies, les

Fig. 47. — DendrophyUie ei

méaiidrines, les fongies, les pentacrines sont les principaux types de cette classe de polypiers. On les a longtemps confondus sous le nom de madrépores.

Leurs polypes ne sont connus que depuis quelques années. Ils ressemblent beaucoup à ceux des actinies et des coraux ; mais les replis que nous avons remarqués dans la

130 LES MERVEILLES DU FOSn DE Li MER.

cavité digestive ne resleat pas isolés comme dans ces aures animaux, lia se réunissent, pour la plupart, vei's sa partie inférieure, de façon à constituer un axe central entouré de loges rayonnèes. Ces loges ne sont complètement séparées les unes des autres que dans la partie inférieure de l'animai.

La ressemblance de ces animaux avec les actiniaires

[ig. 43. — Caryaphjllie gobelet.

déjà décrits se remarque à la simple vue. A mesure que le polype croit, sa partie inférieure devient pierreuse et reproduit exactement la charpente molle de l'animal vivant. Les cloisons se durcissent graduellement parle dépôt de matières calcaires dans l'intérieur de leur tissu. Il s'établit de petites lamelles transversales, qui bouchent le fond des loges circonscrites par les cloisons rayonnantes. Quand le polype meurt, on voit, au-dessous de la place qu'il occupait, un polypier pierreux divisé par des

V[E SOUS-HARINE^ 131

lames concourant vers un axe et s'arrètant à l'extrémité supérieure pour laisser une petite coupe étoilée.

La dilTërence entre les polypes de ce groupe consiste surtout dans leur mode de reproduction, et dans la forme qui en résulte pour le polypier qu'ils engendrent.

Lorsqu'ils vivent isolés, ou qu'ils ne ^ont presque pas fascicules, le polypier n'atteint pas de grandes dimensions. Les caryophyllies offrent ce caractère. Elles habitent jusque dans nos mers.

Dans d'autres, les bourgeons ne se séparent pas de la tige primitive ; ils s'accroissent en lui restant soudés ; ils s'élèvent côle à côte, et sont réunis par un tissu compacte, constituant alors des masses épaisses, Lepolypier est alors caractérisé par la continuité de chaque colonne jusqu'à la base. Les espèces à'astrées sont nombreuses, principalement dans le voisinage de l'équateur.

Lorsque les bourgeons, en se développant, ne restent pas parallèles à la branche mère, le polypier prend plus ou moins la forme d'un arbre. Dans ce cas, on lui donne un nom qui rappelle la forme végétale dont il se rappro-

che. Le madrépore plantain est forma par l'agrégation de petits polypes réunis par masses plus ou mois c«niques, A chaque polype correspond, sur le polypier, une petite

Flg. SO. — «fldrépore plantiii.

cupule entourée d'une éminence peu prononcée. Aussi l'ensemble a-t-il un port analogue à l'épi du plantain.

Une séparalion plus profonde encore des polypes, ainsi qu'une plus grande divergence dans leurs directions, nous ramène à la forme arborescente affectée par le corail.

VIE SOUS-HARIHE. 133

l.a dendrophylUe, représentée (fig. 51), en demi-grandeur naturelle, tient à la roche par un tronc large, d'où partent les brandies dans les directions] les plus

Fig. 51. — llandrophïllie en arbre.

variées. On voit, à leur extrémité, les cupules terminales- Un genre voisin, VocuUne, est remarquable par la grande division de ses rameaux (fig. 52) et par leur dis-

posilioii. Sur leur surface on voit des polypes qui d'aulrcs t'ois les terminent. Chacun d'eux engendre une branche nouvelle. L'espèce type est rocij/inciiier^e(fig. 53).llfaut, pour en bien distinguer tes polypes, l'observer à la loupe. Autrefois on l'appelait coraiï blanc. Si l'on se rappelle ce que nous avons dit du corail, on comprendra immédiatement la différence entre ces deux sortes de polypiers. L'o-

culine vierge se trouve dans la Méditerranée et dans les mers équatoriales.

La symétiie que nous avons remarquée dans les polypes coralliaires disparait dans la méanârine. Les polypes ces. sent d'avoir des tentacules tout autour de leur bouche. 11 s sont accolés les uns aux autres dans des sillons irrégulièrement creuses sur la surface du polypier. Les tentacules n'existent que de part et d'aulrc de la rangée des

Vie SODS-ilARINE. 15S

polypes. Quelquefois mémo ils disparaissent complélenient comme on le voit dans une espèce de la mer Rouge. Il n'y a plus alors qu'une ligne de bouches. Les sillons sont ' vai-iés suivant les espèces. Leurs innombrables replis s'en-

chevêtrent les uns dans les autres. Leur complication a rappelé aux premiers observateurs les nombreux détours du Méandre chanté par les poètes, ce qui a valu à ces polypiers le nom de m^andrines. Ils sont généralement arrondis, et forment des roches plus ou moins grosses. La

j36 LES UËltVElLLES DU FOND DE U «En.

mer Rouge en renferme un grand nombre. Elles sont surtout fréquentes près de l'êquateur, où l'on en trouve que ' leur masse et leur aspect ont fait nommer cerveau de Neptune.

Les parités ou poritides se rattachent au même groupe Ce sont des polypiers atteignant souvent d'énormes dimen-

sions. La masse en est calcaire. La surface est criblée de pores formés par de petites cupules peu profondes, où sont logés les polypes durant leur vie. Très-souvent le polypier est garni de polypes à son sommet, tandis qu'à sa base la vie a disparu. Chacun des petits citoyens de ces inmenses républiques présente les caractères que nous avons déjà rappelés plusieurs fois.

VIE SOUS-UARINE. 137

Quand les polypes |sont enlevés, la suiTace poi-cuse du polypier reste â nu. Les cupules y apparaissent avec leurs cloisons imparfaites. Elles sont distribuées sur tout le polypier. Ce dernier peut du reste affecter, suivant la manière dont se reproduisent les polypes, des formes varia-

ïig. M. - HiJl«pure corne d'Élan.

bles, souvent très-compleses et très-élégantes, comme dans le mitlépore conte d'élan (fig. 55).

Ces animaux différent des asiroïdes par la disposition de leurs polypes, des coralloïdes par l'absence d'écorce vivante autour de ces animaux. Tout le polypier est calcaire. Son développement est dû à l'endurcissement des cloisons transversales des polypes etde leur légumentex-

terne. Ce développement est irr^ulier, et il ne reste, comme trace du passage des polypes, que des myriades de pores. On les trouve aujourd'hui dans les mers du Nord et de l'Amérique.

Les polypiers calcaires sont très-nombreux. Nous cile-

f ig. !iO — Fongie ogariciroriiic.

rons encore la fongie. L'animalest gélatineux ou merabraneun:. Sa forme est ovalaire, et \p plus souvent il est très-aplati. On lui voit (fig. 56) une bouche, placée au milieu d'un lai^e disque ; dans son intérieur est un polypier calcaire, surmontû de lames rayonnant du centre vers

les bords. Le disque poxte un grand nombre de tentacules. L'animal les contracte ou les étend à volonté entre les lames durcies de son polypier. Ils lui servent à saisir plus facilement sa pfoie.

Les forçats de la mer. — I*es géants et les pygmées de la création. — Les suceurs. — Quelques croyances fabuleuses. — Les poissons chanteurs.

La plus grande activité règne sous la mer. La surface liquide dérobe à nos yeux les scènes les plus variées et les plus inattendues. Nous y trouvons des êtres sans cesse occupés au renouvellement ou à Fembeilissement de la terre. Les uns détruisent, les autres édifient. Les uns donnent aux autres les matériaux à mettre en œuvre.

Parmi les destructeurs, la pholade au rôle obscur est des plus remarquables. Elle ne vient pas brouter les fleurs animées des polypiers. Elle ne se jette pas sur de petits poissons pour en dévorer des armées entières. Elle taille les pierres les plus dures. Gomme le taret creuse dans le bois sa demeure aux détours capricieux, la pholade perfore les rochers du rivage. Le gneiss n'est pas à Tabri de sa patience.

Aucune arme, aucun outil ne semble aider cet infatigable travailleur. La coquille a deux valves, mobiles autour d'une charnière munie d'un cartilage. Lecorpsadeux ouvertures. Les tissus peuvent s'y allonger en forme de trompes, qui servent à lancer de l'eau. La peau lisse de ce corps arrondi ne porte aucun foret capable de percer même les substances molles. On y remarque deux dents, il est vrai, mais leur position profonde les empêche d'atteindre jamais les parois de la retraite creusée par l'animal. Les coquilles, malgré leurs angles saillants, ne peuvent servir à tailler la pierre. Une langue, ou pied large et charnu, est le seul instrument employé par les pholades pour traverser les roches les plus dures. Aussi leurs travaux ont-ils excité de tout temps l'étonnement des naturalistes.

140 LES MtKVËlLLES 1)U POND DE LA MËlt.

Nous voyons bien des animaux s'enfoncer dans la vase molle ou dans le sable. Les vers marins, beaucoup de poissons, les solens et d'aulres mollusques vivent, on peut le dire, dans le sable, où ils accomplissent facilement les évolutions les plus variées. Ils s'y retirent, ou

Fig.Sl.-fholades dans k gneiss.

reparaissent à leur guise dans l'eau lorsque le danger qui les menaçait a disparu. La pholade, seule parmi les êtres marins, ose entreprendre le travail herculéen qui consumera son existence.

C'est dés le commencement de leur vîc que ces mineurs infatigables entreprennent la perforation de la roche sur

laquelle le hasard les a poussés. Ils font d*abord un petit trou dans la pierre, et s*y installent. L*eau de mer leur apporte une nourriture suffisante. Petit à petit, leur croissance les force à élargir leur demeure, leur coquille, et en môme temps ils s'enfoncent de plus en plus. Ils s'avancent d'abord à peu près horizontalement. Arrivés à une certaine profondeur, ils changent brusquement de direction, et creusent de haut en bas leur retraite définitive, véritable tombeau qu'ils élargissent à mesure que leur croissance continue. Le trou d'une pholade ressemble à la pipe à fumer la plus vulgaire ; le tuyau débouche dans la mer, le fourneau renferme l'animal.

Dans les régions fréquentées par les pholades, les roches sont percées dans toutes sortes de directions. On voit même des pierres énormes perforées d'outre eu outre par ces animaux dévastateurs. Longtemps on a pensé qu'ils se logeaient dans des rochers encore mous, et que l'eau, par sa vertu pétrifiante, les y enfermait comme dans des tombeaux. Cette opinion dut être abandonnée* le jour même où le docteur Bohads observa que les colonnes de l'ancien temple de Sérapis, à Pouzzoles, complètement intactes quand on construisit le temple, enfoncées ensuite sous l'eau, pendant un grand nombre d'années, à la suite d'un tremblement de terre, furent envahies par les pholades. Plus tard, le sol se souleva lentement, et l'on put voir la partie jadis immergée des colonnes, percée comme une ruche d'abeilles.

Enfermés dans une prison d'où ils ne doivent jamais sortir, ces forçats, qui accomplissent toute leur vie avec le même zèle leur œuvre de destruction, ne doivent accuser qu'eux-mêmes de leur réclusion perpétuelle. Sans aucun souci du lendemain, ils pénètrent toujours plus avant dans la roche. Leur galerie de mine, adaptée à leur taille, va s'élargissant à mesure qu'ils s'éloignent de la mer.

La porte, toujours ouverte à la vague, est le guichet par où rOcéan leur envoie chaque jour leur nourriture; il reçoit en revanche quelques poussières de la roche, tribut

de ses vassaux. Chaque vague apporte et emporte quelque chose. C'est un échange perpétuel. Les matières apportées par le flot suffisent à la nourriture de l'humble mineur. L'eau de mer entraîne les molécules arrachées à la pierre, et les pousse dans l'appareil de sédimentation.

Les roches trop dures pour être entamées par la vague sont rongées par les pholades. A d'autres les eaux claires, les collines rocheuses, ou les plaines de sable et de limon. Aux huîtres, aux solens, aux moules, les sites agréables et la vie en pleine eau. La pholade, comme ces autres mollusques, vit par nombreuses colonies, mais tous les membres de sa grande famille obéissent à un mot d'ordre. Ils ont reçu la mission d'aller toujours de l'avant, de ne jamais se ralentir dans l'agrandissement de leur étroite cellule. Ils vont et ne s'arrêtent que pour mourir.

Ils passeraient leur vie dans une continuelle obscurité si la nature n'avait donné à chacun sa lampe de mineur, sa provision de lumière. La pholade est phosphorescente.

Pline l'avait déjà remarqué, mais la cause de cette faculté resta longtemps inconnue. Réaumur observa que si, après avoir touché des pholades, on se lavait les mains, l'eau dont on s'était servi devenait phosphorescente, et qu'au bout de quelque temps la matière lumineuse tombait au fond du vase. On sait aujourd'hui que ce phénomène est dû à une liqueur suintant sans cesse du corps de l'animal.

Auprès des pionniers de l'Océan, de ces serfs qui lui préparent l'accès des continents, il y a l'être flottant sans cesse au gré des flots et des courants les plus capricieux.

Nous avons déjà vu, en parlant de la couleur de la mer, que l'eau tient en suspension une masse d'êtres microscopiques. Elle leur doit une teinte jaunâtre, laiteuse, rouge ou vert olive. Freyssinet, Turrel, à bord de la corvette /a Créole, ont observé, dans le voisinage de Tajo, île de Luçon, une étendue de 60 millions de mètres carrés, colo-

rée en rouge écarlate. Cette teinte provenait de la présence d'une chétive plantule, dont 40 millions d'individus occupent l'espace d'un millimètre cube I Comme cette coloration s'étendait à une profondeur assez considérable, on ne pourrait évaluer, même d'une manière approximative, le nombre de ces êtres vivants.

Quelques-uns ne sont, toute leur vie, constitués que par une petite cellule entourée de cils vibratiles, inégalement distribués sur la surface, et lui servant de rames ou d'organe propre à renouveler l'eau environnante. Leur mode de reproduction est des plus simples ; il leur permet en même temps de se propager avec une effrayante rapidité. La cellule est d'abord assez régulièrement ovoïde. Vers le milieu se produit un étranglement, qui augmente jusqu'à ce que l'être soit partagé en deux. Chaque partie, nouveau tout, subit les mêmes phases que le premier, et se dédouble. Au bout de vingt générations, un infusoire en a engendré plus d'un million. Les générations se succèdent rapidement. Si donc des causes très- nombreuses ne limitaient leur accroissement, les infusoires auraient depuis longtemps rempli le monde entier.

Quand le corps de ces animaux est mou, sans renfermer aucune partie calcaire ou siliceuse, nous ne retrouvons pas au fond de la mer les traces de leur courte existence ; mais beaucoup d'espèces ont une sorte de carapace résistante et constituant la plus grande partie du sable sous-marin.

Les foraminiféres contribuent largement avec les infusoires au nivellement des vallées sous-marines. Leurs débris microscopiques et par cela même connus depuis peu de temps, offrent par leur masse énorme un intérêt immense au géologue.

Si nous companins à la baleine, au cachalot, à tous les géants delà création, le modeste infusoire, le foraminifère, le noctiluque miliaire, dont on trouve jusqu'à 25,000 individus dans 30 centimètres cubes d'eau, nous serons disposés à refuser toute importance aux infiniment petits.

Le géant attire les regards par sa masse et par sa force. Notre œil est souvent même incapable d'apercevoir le pygmée, de le distinguer de l'atome dépoussière emporté par le veut.

Cependant le géant passera et laissera peu de traces de son existence. Quelques fanons, des os ou des arêtes disséminés, d'autres fois une empreint*, nous apprendront

qu'il y eut jadis un monstre, dont les débris ont été le jouet des vagues.

Les pygmèes, faibles par euï-mêmes, sont puissants par leur multitude. Chacun d'eus n'est rien; leur ensemble est redoutable. Il y a quelques grands animaux dans l'Océan ; les armées d'infiniment petits se comptent par millions. Le géant fait du bruit pendant sa vie : les pygmèes de la création sont les vrais faiseurs de mondes.

Les premiers éclianf liions que l'on a pu tirer du fond de

la mer ont été ramenés par l'appareil de Brooke, employé pour explorer le plateau sous-marin sur lequel repose le câble transatlantique entre Terre-Neuve et l'Irlande. Ils présentaient à Tœil une apparence argileuse. Le célèbre professeur Baileyjde West-Point (États-Unis), les étudia à l'aide de puissants microscopes, et y reconnut de nombreuses coquilles calcaires, parfaitement conservées.

La profondeur est moyennement de 3,000 mètres audessous du plateau télégraphique.

Cette profondeur déjà considérable, supérieure à l'épaisseur de la zone vitale sous-marine, est loin de limiter l'empire des foraminifères. Où ils ne pourraient vivre,leure dépouilles si légères sont entraînées par les courants, et tombent en vertu des lois physiques.

Des sondages effectués entre l'Amérique du Nord et l'Asie ont démontré la présence de leurs carapaces dans les échantillons retirés de 6,000 mètres environ.

Si l'on songe que le sable des mers est souvent presque entièrement formé de ces petites coquilles aux formes variées et élégantes; si l'ori se rappelle que les courants marins les accumulent dans les régions où leur action se ralentit, que leurs débris rencontrent dans le calme du fond des mers des conditions favorables à leur entassement, qui n'admirera l'influence énorme qu'ils exercent sur la répartition des eaux à la surface du globe? Cependant beaucoup n'atteignent qu'une moitié ou un sixième de millimètre ^ I

Mais un savant naturaliste, Plancus, en a compté 200,000 environ dans un kilogramme de sable puisé dans l'Adriatique. M. Alcide d'Orbigny en a trouvé 30,000 dans un gramme de sable fin rapporté des Antilles, ou 30 millions dans un kilogramme. La puissance créatrice se manifeste dans les petits êtres plus encore que dans les grands. La complication des organes et l'harmonieuse richesse des plus puissants mécanismes nous frappent dans les géants

* Alcide d'Orbigny.

de la création. Notre étonnement est peut-être plus grand encore en face des pygmées.

Tout nous surprend dans la mer. Ses flots recouvrent le mystère, les furieuses tempêtes qui confondent Fair et les eaux semblent assigner une limite au monde habitable, le fond et ses habitants nous apparaissent entourés d'une auréole poétique et miraculeuse engendrée par la crainte ou la superstition.

Avant que nos ancêtres eussent osé se lancer sur TOcéan sans rivages, le merveilleux habitait la Méditerranée et ses bords. Il se recula petit à petit en même temps que Thomme étendait les bornes de son empire. Noué voyons TEsprit des Tempêtes demander quelques victimes aux premiers navigateurs qui aient essayé de doubler le terrible cap de Bonne-Espérance ; les monstres les plus hideux ou les plus grotesques se montrent sur les côtes de Norwége ; le gouffre Maelstroma son génie, comme les écueils de Charydbe et de Scylla.

« Des traditions populaires indiquaient Texistence de lointaines îles situées à Toccident. On racontait que, lors de la conquête de l'Espagne par les Arabes, un certain nombre de chrétiens s'étaient embarqués et avaient trouvé refuge dans ces îles, où ils avaient bâti sept villes. Au temps de Colomb, le peuple donnait le nom de Sette cittade à cette contrée supposée, que les géographes appelaient AntUia, et qu'on voit portée sur leurs cartes, à la fin du quinzième siècle, avec une autre grande île située à la hauteur de Terre-Neuve, et appelée Vile de Satan. Suivant les contes arabes, une grande main sortait chaque nuit de la mer, près de cette île, et, saisissant les habitants, les plongeait dans l'abîme ténébreux. Les mythes primitifs sur le séjour des bienheureux et le royaume des morts restèrent d'ailleurs toujours attachés à l'océan Atlantique, et cette tradition s'est conservée jusqu'à nos jours en Ecosse et en Irlande^. »

* Zin*chcr et Marpollé.

Des poissons évoques, des poissons moines étaient péchés dans les mers du Nord ; le kraken, monstre de plusieurs lieues carrées d*étendue, s'élevait du fond de la mer, le navire était arrêté comme s'il avait touché un écueil, il chavirait et tout l'équipage était englouti.

D'autres fois le monstre avait des bras et des suçoirs immenses ; une bouche centrale avalait tout ce que saisissaient des tentacules longs de plusieurs centaines de pieds, et assez puissants pour abîmer de grands navires. Le poulpe géant, le grand serpent de mer ont défrayé longtemps les contes de la mer. Ils sont réduits aujourd'hui à leur juste valeur. Ces hydres colossales ne sont généralement que d'immenses cordons, de vastes bancs d'algues entrelacés et flottant au gré des moindres souffles de la brise, ou obéissant à la faible impulsion des courants.

Le poulpe géant est encore à découvrir. On voit sur toutes les côtes pierreuses, dans les fentes des rochers ou dans les grottes sous-marines , les poulpes, ces êtres hideux et informes, ces sacs munis de bras environnant une bouche armée d'un bec de perroquet. Ils élreignent leur ennemi, le sucent avant de le manger, le savourent à leur aise pendant que leur beô fouille la chair d'une victime affaiblie et paralysée par ces chaînes vivantes. Ils s'attaquent parfois à l'homme, qu'ils évitent en général. En tout cas, le danger qu'ils font courir a été beaucoup trop exagéré. Veut- on se débarrasser de cette périlleuse étreinte, il faut hardiment plonger le bras dans ce sac gluant, et le retourner comme un gant. Contrairement à ce que nous avons reconnu dans l'hydre d'eau douce, l'hydre marine ne survit pas à cette opération. Elle est aussi très-inférieure à l'hydre de la Fable, ses bras sont loin de repousser aussitôt qu'on les coupe ; si l'on peut les séparer du tronc, leurs ventouses se relâchent comme par enchantement.

Le calmar atteint, paraît-il, des dimensions beaucoup plus grandes que le poulpe ; il est même à craindre pour

les sauvages qui traversent, dans de frôles embarcations, les parages où il abonde. Ces animaux s'attachent aux légers exquifs, et ils les font chavirer si Ton ne coupe leurs tentacules à coups de hache. La corvette VAlecton rencontra un calmar gigantesque dans les eaux de Ténériffe. L'animal se brisa pendant qu'on le halait à bord : on ne put malheureusement en retirer qu'une faible partie. Les tentacules et presque tout le corps disparurent. Il n est pas jusqu'aux dents, à la peau, aux aiguillons des poissons, auxquels on n'ait attribué les propriétés les plus merveilleuses.

L'aiguillon de la raie pastenaque a presque toujours inspiré la terreur. D'après Élien et Pline, les blessures qu'il fait sont incurables. Le premier raconte qu'un voleur, emportant un de ces animaux, fut atteint par son aiguillon et mourut aussitôt. De nos jours , les pécheurs ne le craignent pas du tout. Au Japon, il est considéré comme un remède infaillible contre la morsure des serpents; on la guérit sûrement, dit-on, en frottant la plaie avec cet aiguillon. Beaucoup de Japonais en portent sur eux pour cet usage ; mais ils n'accordent cette admirable vertu qu'aux aiguillons coupés sur un poisson encore vivant. Les nègres sont persuadés que la raie pastenaque est venimeuse, mais ils n'ont pas plus de raison pour le croire que les Japonais pour s'en servir d'antidote contre la morsure des serpents. La simplicité de leur remède est du reste extraordinaire. Us ouvrent l'animal, appliquent sur la blessure la chair palpitante, et se guérissent toujours par ce moyen.

A côté des fables souvent terribles auxquelles ont donné lieu la mer et ses habitants, on en trouve de risibles et purement bizarres. Telle est la croyance, enracinée dans le nord de l'Europe, que l'anatife engendre les canards sauvages.

L'anatife vit attaché aux rochers, aux coquilles d'huîtres et d'autres testacés, aux corps solides de toute espèce

flottant dans Teau, notamment à la quille des navires et aux câbles télégraphiques sous-marins.

L'enveloppe protectrice de ces animaux se compose de cinq parties distinctes. Par deux ouvertures opposées passent, d'une part, des antennes ou tentacules trèssouples et couverts d'une grande quantité .de soies; d'autre part, le pied, assez analogue, par son aspect extérieur, à une branche de polypier, et dont l'extrémité se fixe aux corps solides.

Au milieu des tentacules se meut une trompe, dans laquelle est une langue mince, roulée en spirale et d'une couleur foncée. La trompe est transparente , et formée d'anneaux juxtaposés, diminuant de diamètre à mesure qu'on s'approche de l'extrémité. Les tentacules servent comme des filets pour saisir la proie.

Lorsqu'on tire l'anatife de l'eau, il se dessèche promptement, et à tel point qu'au bout de quelques jours il est difficile de retrouver, entre les coquilles, les restes de l'animal racorni. C'est probablement la cause de cette croyance à Torigine marine du canard sauvage. Le canard, sorti de l'eau, a brisé sa coquille et laissé les débris sur le rivage. L'expérience et le raisonnement sont impuissants en face de ce préjugé. Si les paysans du Nord n'ont jamais réussi à voir les canards sortir de leur coquille, c'est, disent-ils, parce qu'ils se sont envolés pendant la nuit.

Ces croyances fabuleuses ont longtemps masqué des vérités , enveloppées de circonstances incroyables, dues au besoin de merveilleux qui caractérise les populations jeunes et les races orientales. La mer était peuplée jadis, de sirènes qui jouaient un grand rôle dans la navigation. Malheur au marin trop ami des arts ! il se laissait charmer par leurs chants perfides, il devenait le jouet de fantastiques illusions, il voyait des côtes imaginaires et il se brisait contre des écueils invisibles. La sirène est un personnage fabuleux. Beaucoup de personnes croient même, sans doute, que le bruit de la vague, le

choc de Teau contre la quille des navires ou contre la masse des grands poissons, sont les seuls accords de l'immense concert océanien.

li paraît devoir ea être ainsi au premier abord. Les poissons ne semblent doués d'aucun organe vocal, et, quand ils auraient le gosier le mieux conformé, pourrions-nous entendre leurs chansons? Rappelons-nous que le son est le résultat des vibrations d'un milieu élastique, gazeux, liquide ou solide; que le son se transmet plus vite dans l'eau que dans l'air ; que le célèbre physicien Cagniard-Latour a construit un petit appareil, à Taide duquel on produit des sons à volonté dans l'air ou dans l'eau, et qui a reçu pour cette raison le nom de sirène. Aussi ne serons-nous pas étonnés d'apprendre que plusieurs poissons émettent des sons et parfois font entendre un véritable chant.

Sans parler du coincoin dont le grognement a été comparé par Yalenciennes à la voix du canard ; de la vieille y qui jette un cri plaintif quand on la saisit ; du t/ion, qui vagit comme un enfant quand on le tire de l'eau; arrêtons-nous un instant sur une découverte faite il y a peu d'années, en Amérique. L'auteur de celte découverte, M. 0. de Thoron, se promenait un jour le long de la plage, dans une baie située au nord de la province d'Esmeraldas. Tout â coup, au coucher du soleil, il entendit avec étonnement un son indéfinissable, très-grave et soutenu très-longtemps. Dans ce pays, où la gent insecte est souvent incommode, il crut d'abord au voisinage de quelque mouche aux dimensions insolites. Ne voyant rien autour de lui ni sur la mer , il questionna un rameur. « Monsieur, répondit celui-ci, c'^ôtjin poisson qui chante. — Comment I un poisson qui chante! — Oui, monsieur, un poisson, un véritable poisson. Les uns l'appellent sirène, les autres mnsico (musicien). » Voulant jouir de ce phénomène si inattendu, et l'apprécier à son aise, M. de Thoron fit arrêter sa pirogue. Une foule de voix, sortant de la mer, formaient le plus singulier

VIE SOUS-MARINE. loi

concert qui se puisse imaginer ; les sons moyens d'orgue d'église entendus à une certaine distance peuvent en donner une idée. Le concert commence au coucher du soleil et dure toute la nuit. La présence d'auditeurs, dit M. de Thoron, n*intimide nullement ces chanteurs d'une nouvelle espèce.

On se bat, on se mange, on court, on vole, on vit enchaîné, enfermé, libre, esclave dans TOcéan. Il y a de la joie dans ses flots , il y a du bonheur sur ses rives, il y a du bleu partout l » (Frédol.) La vie animale, revêtant les formes les plus opposées, les plus bizarrement agencées, paraît bien plus variée que sur la terre desséchée. On y jouit sans cesse des jeux de lumière et d'ombre les plus éblouissants ; des illuminations féeriques se renouvellent à chaque instant. On y parle, on s'y plaint, on y chante, on y donne des concerts, dont nous n'avons certainement qu'une très-faible idée. Qu'y man« que-t-il? L'homme.

Algues. — Forêts vierges et prairies sous-marines. — La vie animale fleurit, et la vie végétale ne fleurit pas. — Les algues sont moins répandues que les animaux. — Leur récolte sur les côtes. — La marée vient à notre aide.

Dans l'Océan, la vie végétale est bien loin d'égaler en richesse la vie animale. La flore océanique se rattache presque uniquement à une seule classe de végétaux. Les algues sont les seuls ornements du paysage sous-marin ; mais elles revêtent les formes les plus étonnantes et les plus bizarres. A mesure qu'on les étudie davantage , oji y reconnaît de plus en plus d'espèces ; le savant botaniste Linné en a signalé seulement une cinquantaine, et l'on en connaît plus de 2,000 aujourd'hui.

C'est dans la zone tempérée que la flore marine atteint son plus grand développement. Elle y est assez nombreuse et assez brillante, puisque, dans les eaux de l'Angleterre, on a pu reconnaître 105 genres et 570 es-

pèces d'algues. La richesse diminue graduellement, à partir de la zone tempérée , en allant vers Téquateur et vers les pôles.

Le règne animal, qui se plie plus facilement aux circonstances extérieures, a un développement plus étendu que le règne végétal. Il est remarquable que celte loi s'applique à l'Océan aussi bien qu'à la terre. Ainsi, dans les mers polaires abondent les baleines, les phoques, les poissons, les oiseaux aquatiques ; elles sont encore peuplées d'une multitude innombrable d'animaux inférieurs, lorsque toute végétation a disparu depuis longtemps au milieu des glaces. Cette même loi s'observe également par rapport aux variations suivant la verticale; à mesure qu'on descend dans les profondeurs, les végétaux disparaissent beaucoup plus rapidement que les animaux, et même , dans les abîmes où ne pénètre aucun rayon de lumière, la sonde rencontre encore des infusoires vivants.

On sait ce que produit la vie, mais on ignore ce qu'elle est, a dit un de nos grands poètes. A quelle région cette grande vérilé s'applique-t-elle mieux qu'à l'Océan? Nous y voyons les animaux se couvrir de fleurs aux teintes éclatantes, et les plantes sont dépourvues de leur plus riante parure.

Et revange, les animaux perdent le mouvement et ils en passent une partie avx algues. Les travaux les plus modernes n'ont-ils pas fait voir que, pendant la première partie de leur existence, les cellules végétales exécutent les mouvements caractéristiques de l'animalité, en sorte que l'algue serait presque une sorte de polypier, intermédiaire entre deux règnes de la nature? Seulement elle ne se pétrifie pas comme le polype constructeur des récifs; elle reste molle et flexible, tout en formant d'immenses colonies.

Combien de sujets d'admiration, de prodiges ne trouvons-nous pas à chaque pas dans nos voyages sous-marins I Peut-on s'étonner, en présence de ces innombrables merveilles, que l'esprit humain ait enfanté les conceptions

VIE SOUS-UAKINE.

féeriques dont les légendes du moyen âge ont en partie conservé le souvenir 7

La plante marine est souvent microscopique. Elle colore quelquefois la mer lorsqu'elle y flotte par millions de millions. C'est à elle, entre autres, que la mer Rouge

Fie. sa. — (Eafs de «quales suspendus à des arbres.

doit son nom. A certaines époques de l'année, cette mer fourmille de conferves fllamenteuses d'une belle couleur pourpre. Leur masse énorme engendre la belle teinte qui a valu de tout temps à cette mer le nom de mer Erythrée.

La plante marine est aussi parfois gigantesque.

Peut-on comparer le Wellingtonia gigantea au varec porte-poire de la Terre de Feu? le Wellingtonia est loin

d'atteindre, comme son rival marin, 300 mètres de hauteur !

Le terrain ne fait riea aux plantes marines ; elles croissent indifféremment partout. Elles ne tirent pas leur nourriture du sol ; c'est à la mer elle-même qu'elles empruntent leur subsistance.

Aussi manquent-elles de racines.

Celles quiflottent.n'en ont même pas l'apparence. « Celles qui adhèrent sont fixées par une sorte d'empâtement superficiel plus ou moins lobé ou divisé. La terre n'est pour rien dans leur développement, car leur point d'origine est toujours extérieur. Tout se passe dans l'eau, tout vient d'elle, tout retourne à elle. » (De Quatrefages.) La plante terrestre ne trouverait pas dans l'air un soutien suffisant; il lui faut un sol, un tronc et des rameaux : l'algue est portée par l'eau qui la nourrit ; elle est retenue par le sol auquel elle est fixée ; si elle se détache, au lieu de tomber comme l'arbre ou le roseau, elle s'élève, elle vient flotter à la surface.

Comme les plantes terrestres se chargent des œufs des oiseaux, des insectes, les algues retiennent ceux des animaux marins ; au lieu d'en être chargées, elles les empêchent de s'élever, elles les abritent contre la voracité de l'habitant des mers.

Gomme l'insecte installe ses républiques sur l'arbre de nos forêts, l'éponge entoure l'algue légère, le polype se fixe et végète sur cette base fragile. Enfin le ver marin, comme le serpent continental, l'enveloppe de ses longs anneaux et s'y suspend pour mieux guetter sa proie.

Que diriez- vous d'un arbre qui, déraciné par la tempête, s'eavolerait et flotterait au-dessus des nuages? C'est ce qui arrive à chaque instant sous l'Océan. Les courants marins arrachent au lit de la mer des algues de toutes sortes. Elles s'amassent dans les régions où l'action des courants se ralentit. De là proviennent ces prairies épaisses et flottantes, qui embarrassent quelquefois la marche des navires.

Leur tendance vers la lumière empêche les algues de vivre à une grande profondeur ; elles végètent cependant encore à plusieurs centaines de mètres de la surface. La lumière y parvient, bien que faiblement. On aperçoit distinctement des coquillages sur le fond de la mer à 145 mètres de profondeur. Dans certains parages de l'océan Arctique, la lumière avait gardé, après avoir traversé 290 mètres d'eau, assez d'intensité pour laisser reconnaître les objets. Le fond de la mer est nettement visible à la même profondeur dans les Antilles, mais les objets ne sont pas distincts. On admet que Tobscurité complète commence à 300 mètres. Les rayons lunaires ne dépassent pas une couche d'eau épaisse de 1 3 mètres environ.

C'est dans cette couche mince, qui n'atteint pas le dixième de la profondeur des mers, que les algues vivent en formant une ceinture aux continents et aux îles, ou en couronnant des sommets encore submergés.

La lumière influe-t-elle sur leur coloration? Les expériences des botanistes modernes prouvent que les plantes sont très-sensibles à son action. Quoi qu'il en soit, les algues semblent occuper divers étages de l'Océan, suivant qu'elles ont telle ou telle couleur.

On les a divisées, d'après leurs teintes principales , en trois grandes sections : les brunes ou noires (mélanospermées), les vertes (chlorospermées), et les rouges (rhodospermées) . Les vertes ne vivent que près de la surface ; elles flottent souvent et l'on en trouve de grandes quantités dans les mers de Sargasse. On rencontre les rouges à de petites profondeurs, sur les roches voisines des côles. Les brunes, qui sont de beaucoup les plus nombreuses, s'enfoncent davantage. Elles constituent la plus grande partie des forêts sous-marines. •

Bien que les algues n'occupent sur la terre que des ïones relativement très-étroites, sortes de ceintures océaniques, leur quantité est immense. Partout où elles trouvent des conditions physiques favorables à leur dévelop-

pement, elles envahissent la mer et forment des massifs impénétrables.

Ces forêts sont exploitées par Thomme, à qui la mer porte elle-même de nombreuses épaves. Les coups de vent les plus violents ne sont rien à côté des coups d'eau ressentis par les habitants des mers. Si les premiers arrachent des arbres séculaires, renversent des édifices par la pression deTaircontre de puissants obstacles, avec quelle facilité les seconds n*arracheront-ils pas les forêts sousmarines que presque rien n'attache au sol où le hasard les a fixées ! L*homme utilise à son profit les fureurs de rOcéan. Sur les côtes, et surtout dans les baies, il recueille les goémons poussés au rivage et ceux qui croissent sur les rochers. La quantité de ces végétaux rejetée par la mer à chaque marée, à chaque tempête, sans que jamais leur nombre semble diminuer, est incalculable. Dans quelques baies, plus de 30,000 personnes sont quelquefois oceupées à cette pêche végétale.

Les algues sont de mauvais combustibles, employés rarement sur quelques plages. Leur usage important est de fournir des engrais ou les soudes de commerce qu'on extrait de leurs cendres ; mais ce n*est pas le plus curieux. Elles servent à la construction des digues employées par les Hollandais pour se garantir contre les invasions de la mer ; l'Océan fournit lui-même les matériaux destinés à lui créer des obstacles. Nous savons trop, hélas! combien seront infructueux les courageux efforts des habitants de ce pays, qui s'enfonce petit à petit et fera tôt ou tard partie de l'empire des mers.

Expéditions françaises et anglaises, pour les sondages océaniques. — Haury. — MM. Fischer, Folin et Périer. — Le Lightning, — Le Porcupine. — Le Challenger,

Après avoir montré Timportance des résultats acquis sur la notion des fonds de la mer, il est utile de parler des découvertes nouvelles qui se réalisent de jour en jour, grâce à l'énergie et à la persévérance des savants qui se consacrent à ces recherches, pleines de promesses pour l'avenir.

Dès 1855, la pose des câbles sous-marins nécessita de nouveaux moyens de sondages ; la science trouva dans cette grande application de la physique des ressources immenses, et vit s'ouvrir tout à coup de nouveaux horizons. 11 y a vingt-cinq ans déjà, Maury fît un appel à tous les navigateurs des pays civilisés, pour obtenir des renseignements sur la physique de la mer, et il s'attacha bientôt à faire exécuter les premiers sondages dans les grandes profondeurs de l'océan Atlantique. La marine française ne tarda pas à avoir sa part de travail dans ces magnifiques investigations. Les commandants du Petit- Thouars et Dumontd'Urville entreprirent d'abord quelques opérations, malheureusement isolées, et bientôt l'expédition du Phare détermina les profondeurs et les courants du détroit de Gibraltar, en apportant à la science

158 LES MERVEILLES DU FOND DE Ik MER.

quelques résultais d'une haute importance. C'est à peu près à cette époque que MM. de Folin et Périer eurent l'idée de compléter les travaux du savant Maury en créant la géologie du fond des mers, en étudiant la faune et la flore de ces incomparables vallées enfouies dans les abîmes de l'Océan. En 1865, M. de Folin commença de curieuses observations marines, près de l'isthme de Panama et il révéla tout un monde de petits ostracodes foraminifères; ces découvertes furent aussitôt communiquées à la Société linnéenne de Bordeaux, et y produisirent un légitime étonnement. MM. de Folin et Périer comprirent quelles richesses inouïes la science devait puiser dans le fond de la mer; pour s'assurer des ressources, ils fondèrent en 1867, avec M. Fischer, les Fonds de la merj publication remarquable qu'ils envoyèrent aux États-Unis, en Allemagne, en Italie, faisant un appel au monde savant de tous les pays civilisés, pour former une coalition d'un nouveau genre, destinée à dévoiler les innombrables merveilles que cache à nos regards l'immensité de la nappe océanique. Cette publication continue et prospère; elle nous offre une preuve manifeste de Tinitiative que notre pays a su prendre dans les explorations des profondeurs de l'Océan. Les auteurs des Fonds de la mer se sont depuis longtemps signalés à l'attention des savants par de remarquables opérations de sondage, et dés 1868 ils publièrent de très-intéressants travaux sur les fonds du golfe de Gascogne, où ils recueillirent un sable magnétique trèscurieux, où ils découvrirent en outre plusieurs espèces animales dont quatre crustacés nouveaux et deux mollusques.

Malheureusement nos savants ne rencontrent pas les ressources qui sont offertes aux explorateurs étrangers, et il faut en convenir, depuis quelques années les recherches sur la physique de la mer et sur les faimes profondes ont pris un intérêt inattendu, grâce surtout aux découvertes des savants norvégiens, américains et anglais.

La marine anglaise s'est signalée d'une façon toute

particulière. En 1855, le lieutenant Dayman entreprit une série de sondages sur le Bull-dog^ il compléta en 4857 ses premières recherches à bord du Cyclops, Ces explorations dans Tocéan Atlantique confirmèrent l'existence d'une vaste plaine sons-marine à laquelle on donne le nom trèssignificatif de plateau télégraphique.

En 4868, le professeur W. Carpenter usa de sa haute influence pour obtenir de Tamirauté anglaise un navire muni de tous les instruments nécessaires aux explorations sous-marines. Le Litghtning fut mis à la disposition de l'illustre naturaliste. L'année suivante, le Porcupine exécuta une nouvelle expédition, à laquelle prit part M. Wyville Thomson, qui devait plus tard attacher son nom au magnifique voyage du Challenger, M. Thomson a consigné les résultats obtenus à bord du Porcupine dans un livre intitulé : the Depht of the sea^ que Ton peut considérer comme l'introduction de l'expédition du Challenger qui a eu le privilège de soulever les applaudissements unanimes de tous les amis de la nature.

Le Challenger continue à sillonner la surface des mers, et nous ne parlerons ici que de la première partie de son voyage, que M. A Humbert a résumée avec talent dans les Archives des sciences physiques et naturelles de Genève, Nous laisserons la parole à cet écrivain émérite.

« L'Angleterre, dit M. HumbertS a organisé une expédition scientifique grandiose dans le but d'étendre à tout l'océan Atlantique et au Pacifique les recherches de cet ordre qui n'avaient été faites jusqu'à présent d'une manière un peu complète que sur certains points des côtes de l'Europe et de l'Amérique du Nord.

* On peut consulter : 1° des lettres de M. Wyvllle Thomson et autres notes publiées dans le journal anglais Nature, vol. VI, VII, VIII et IX ; 2" une lettre de M. V. Villemoes-Suhm à M. le professeur Siebold, insérée dans la Zeitschrift fur wissensech. Zoologie, vol. XXIIÏ, 2* cahier, 1873 ; 3" un article de M. Petermann, accompagné d'une carte, qui a paru dans les Geographische Mitlheilungen, 1873, n» 13.

160 LES MERVEILLES DU FOND DE lA MER.

Nous n'avons plus affaire ici à un de ces voyages de circumnavigation conçus autant dans le but de « montrer son pavillon » que de servir les intérêls de la science, et dans lesquels un ou deux naturalistes admis à bord en sont réduits à récolter rapidement quelques échantillons sur les côtes où le commandant du navire juge bon d'aborder. Les choses ont été cette fois comprises tout autrement, et Ton peut dire que Tamirauté anglaise a mis en pratique le « cédant arma togae. » Elle a fait déposer au Challenger seize canons sur les dix-huit dont il élait armé, et a remplacé cet appareil guerrier par un outillage .scientifique. G^est le ministère de la marine qui subvient à tout, avec une libéralité sans précédents ; mais ce sont des hommes de science pure qui ont tout dirigé.

Pour faire comprendre l'importance de cette expédition et ce que Ton est en droit d'attendre d'elle, nous devons dire d'abord sous quelle direction elle a été organisée, quel plan on lui a tracé et quel est le personnel chargé des recherches scientifiques. Nous verrons ensuite quels sont les résultats auxquels sont déjà arrivés les explorateurs au point de vue de la géographie, de la physique de la mer et de la zoologie.

A la demande de l'amirauté, la Société Royale nomma un comité chargé de rédiger les instructions pour l'élatmajor scientifique du Challenger, Ce comité fut composé de savants représentant toutes les branches des sciences physiques et naturelles , et renfermant entre autres plusieurs hommes qui ont fait leurs preuves comme voyageurs, tels que MM. Hooker, Huxley, Alfred R. Wallace.

Le Challenger devait faire d'abord au [travers de l'Atlantique quatre sections plus ou moins obliques partant de Madère et aboutissant au cap de Bonne-Ëspérance. Cette première partie de son voyage est déjà terminée. Du Cap il ira explorer les îles Marion, Crozet et Kerguélen, et s'avancera ensuite aussi loin vers le sud que le. lui

LES EICPLORATIONS MODERNES. 161

permettra la barrière de glaces du pôle antarctique. Remontant ensuite au nord, il se dirigera par Melbourne, Sidney et le détroit de Torrès vers Timor ; il traversera le détroit de Lombok et arrivera à Manille par la mer de Soulou. Des Philippines il fera une pointe au sud-est pour visiter quelques fies du Pacifique, telles que la Nouvelle-Irlande, la Nouvelle-Bretagne, les Salomon et les Pelew. Après avoir exploré cette région occidentale du Pacifique, il se rendra au Japon. Du Japon il traversera le Pacifique septentrional de Toliest à l'est pour arriver à Vancouver. Puis de Vancouver il fera une nouvelle section du Pacifique» mais cette fois du nord au sud, pour atteindre Valparaiso en visitant sur sa route l*ile de Pâques. Quittant Valparaiso vers la fin de 1875, il ira, par le détroit de Magellan et les îles Falkland, à Rio de Janeiro, et rentrera enfin en Angleterre en touchant à TAscension.

Le chef scientifique de Texpédition est M. Wyville Thomson. Ce savant distingué a déjà montré ses talents d'observation dans les expéditions du Lightmng et du Porciipine»

On lui a adjoint comme naturalistes, plusieurs savants déjà connus par des travaux importants.

Rien n'a été épargné pour doter ce personnel de toutes les ressources matérielles qui peuvent faciliter ses travaux scientifiques.

Le Challenger est une corvette (main-deck corvette) mixte, de 2500 tonneaux, c'est-à-dire d'un tonnage supérieur à celui qu'avaient entre eux les trois navires de l'expédition de Gook en 1772. Ses machines sont d'une puissance nominale de 400 chevaux. Il porte six embarcations, au nombre desquelles est une pinasse à vapeur. On a profité de la place gagnée sur l'artillerie pour améliorer les aménagements du navire. Il y a un laboratoire de zoologie bien monté, un laboratoire de physique et de chimie, et une chambre obscure avec laboratoire pour la photographie. Un espace assez vaste a pu être attribué aux

appareils de sondage et de draguage, aux instruments thermométriques et photométriques, etc. Une soute à alcool renferme une provision considérable de liquide, et des milliers de flacons sont destinés à contenir les récoltes des zoologistes. Il y a à bord une quarantaine de dragues et toutes sortes de harpons, de filets et autres engins de pêche. Plusieurs centaines de milles d'excellente corde ont été préparés à Chatham en vue du draguage. Les voyageurs ont été pourvus pour les recherches physiques de nombreux instruments, dont plusieurs nouvellement imaginés. On a construit, d*après les directions de M. Moseley, un petit aquarium destiné à l'étude du développement des animaux marins. Cet appareil est entièrement fermé, sauf par les temps parfaitement calmes ; le renouvellement de Teau s'effectue au moyen d'un courant d'eau constant, pénétrant dans l'aquarium et en ressortant au travers de plaques percées en pommes d'arrosoir. Enfin, une bibliothèque scientifique assez bien garnie complète les ressoures mises à la disposition des voyageurs.

Les appareils de sondage ont subi des perfectionnements considérables dans ces dernières années. On trouve dans l'ouvrage de M. Wy ville Thomson * des descriptions et des figures des différents modèles de sondes qui ont été successivement employés. Aujourd'hui, il semble que c'est l'appareil de l'Hydra (Hydra tube) qui a la préférence. Mais ce n'est pas seulement sur la sonde elle-même qu'ont porté les améliorations ; les cordes de sondage sont infiniment supérieures à ce qu'elles étaient jadis : leur poids, à longueur égale, a été diminué de 22 7o en même temps que leur résistance a été augmentée de 147 7o • Ces nou\elles cordes sont faites de chanvre de première qualité, et on les rend lisses au moyen d'un mélange de cire et d'huile, de sorte que la vitesse avec laquelle elles glissent au travers de l'eau a été augmentée

* The Deplhs of the Sea, 1873.

LES ËXPLOKATIOKS MODERNES 103

de 47 à 20 7o« Aussi le savant rédacteur des Geographische Mitiheilungen estime-t-il que a ce que le Challenger a mesuré et mesurera encore sera ce qui aura été fait de mieux et de plus exact dans ce genre. »

Maintenant que nous avons esquissé le plan sur lequel est conçue l'expédition, et énuméré les ressources matérielles dont elle dispose, voyons quelle partie de sa tâche a été déjà accomplie et quels résultats ont été obtenus.

Le Challenger^ parti de Portsmouth le 21 décembre 1872, a essuyé dans ses premiers jours de navigation d'assez mauvais temps, qui ont prouvé que tout avait été bien arrimé. 11 a touché d'abord à Lisbonne, puis à Gibraltar, où une semaine environ a été employée à déterminer, avec le secours du câble télégraphique, la différence de longitude entre Malte et Gibraltar. Il est reparti le 26 janvier 1873 pour Madère et Ste-Croix de Ténériffe. Le 16 mars il est arrivé à St-Thomas. De St-Thomas il est allé aux Bermudes et, de là, à Halifax. Retournant ensuite aux Bermudes par une route un peu différente, il a pris cet archipel comme point de départ d'une seconde traversée de l'Atlantique. Arrivé à Madère après un arrêt d'une dizaine de jours aux Açores, il s'est dirigé vers le sud et a atteint les îles du cap Vert (Saint-Vincent) le 27 juillet. C'est à cette date que s'arrêtent, à peu de chose près, les renseignements qui nous sont parvenus jusqu'à présent. Nous savons seulement que depuis les îles du cap Vert le Challenger a traversé de nouveau l'Atlantique en se dirigeant au sud-sud-ouest sur Bahia, et qu'il a enfin coupé une quatrième fois cet Océan pour atteindre le cap de fionne-bspérance, visitant en route Tristan-d'Acunha et quelques autres petites îles de ce groupe.

Dans cette première série de voyage en zigzag entre l'Europe et l'Afrique d'une part et l'Amérique de l'autre, que l'on peut appeler les campagnes de l'Atlantique, l'on a déjà récolté un grand nombre de données intéressantes. Pour faire comprendre leur importance, il suffit de dire

que le long de la première section, aboutissant à Saint- Thomas, il a été fait vingt-deux sondages, dont treize ao compagnes de draguages, et pris douze séries de températures à différentes profondeurs.

Les sondages du Challenger fournissent des renseignements sur des points encore inexplorés de TOcéan. Ils ont en outre Tavantage, par suite de la perfection des appareils employés, de contrôler les observations dues à des expéditions antérieures. Gomme résultat général, Ton remarque déjà que les chiffres fournis par ces nouveaux sondages, auxquels on a toute raison de se fier, sont de beaucoup inférieurs aux maxima admis précédemment pour TAtlantique du Nord. Quoique Texpédition ait traversé cet Océan en plusieurs sens, elle n*a trouvé nulle part, du moins dans les trois premières sections, ces profondeurs immenses qui avaient été acceptées sur la foi de ' sondages exécutés avec des instruments imparfaits. Ainsi, Ton voit notée, sur les cartes, une profondeur de 6600 brasses (fathoms) sans atteindre le fond, c'est-à-dire de plus de 12 050 mètres, tandis que le maximum mesuré par le Challenger a été de 5875 brasses, soit 7085 mètres*. Ce maximum, chose curieuse, n'a pas été trouvé dans les points que Tonconsidérait jusqu'à présent comme les plus profonds, mais tout près des Antilles, à un degré au nord de l'île d'Anegada. M. Petermann fait observer que ce fait est en accord avec les résultats de nombreux sondages exécutés en 1870 par le commodore John Irvyrin de la marine des États-Unis, en vue de la pose d'un câble télégraphique sous-marin le long des côtes méridionales des Antilles regardant la mer Caraïbe. Ces sondages de l'expédition américaine, qui ont été communiqués en manuscrit à l'Institut de Gotha, démontrent que sur toute la ligne qui s'étend de Cuba à Saint- Vincent et à la Barbade

*■ La sonde, chargée d'un poids de trois quintaux, a mis une heure et douze minutes pour atteindre le fond ; il a fallu deux heures pour la remonter après qu*elle eut abandonné sa char^.

LES EXPLORATIONS MODERNES 1t>5

il existe une forte déclivité du sol sous*inarin commençant immédiatement au rivage.

Les Bermudes sont remarquables aussi, comme le prouvent quelques sondages du Challenger^ pour la rapidité avec laquelle le sol descend depuis ces iles jusqu'à des profondeurs de 2000 à 2600 brasses (3660 à 4875 mètres).

Dans la troisième traversée de TAtlantique, qui s*est faite des îles du cap Vert à Bahia, le Challenger n*a trouvé aucun point ayant une profondeur de plus de 2500 brasses (4690 mètres).

Les renseignements que nous fournissent déjà les lettres écrites par les membres de Texpédition montrent que, dans TAtlantique du Nord» la température, à de grandes profondeurs (2000 brasses et au-dessous), ne s'élève pas au-dessus de 2<» C, ce qui conôrme complètement l'idée de l'existence d'une couche d'eau polaire au fond du bassin de cet Océan.

La nature physique et chimique du fond présente des différences assez grandes suivant les régions de l'Atlantique que l'on considère. Autant que l'on peut le comprendre d'après les notes de M. W. Thomson, il y a deux sortes principales de fond : une argile rouge (red ciay) et une boue à globigérines (Globigerina mud). L'argile rouge occupe une grande partie de la première section faite par le Challenger au travers de l'Atlantique du Nord. Dans la seconde section, des Bermudes à Madère, Ton a constaté l'existence de cette argile sur une longueur d'environ 1 900 milles, c'est-à-dire sur une étendue double de celle qui est occupée par la boue à globigérines. Elle se retrouve aussi sur la plus grande partie de la route suivie entre Saint-Thomas et les Bermudes. C'est une question d'un haut intérêt, comme le dit avec raison M. W. Thomson, de savoir quelle est la source de ce vaste dépôt et quelles sont les causes de sa distribution dans les parties les plus profondes de l'Océan.

La vase rouge est du silicate d'alumine, avec du ses-

m LES MERVEILLES DU FOND DE LÀ MEK.

quioxyde de fer et une faible quantité de manganèse. Cette dernière substance paraît très*répandue dans les profondeurs de rOcéan ; en effet, sur plusieurs points, la drague a ramené de 1455 à 2150 brasses (4450 à 5760 mètres) des corps irréguliers, mamelonnés, finement granuleux, qui sont presque entièrement composés de peroxyde de manganèse.

Les naturalistes de Texpédition, pourvus des appareils les plus puissants et les plus perfectionnés qui aient jamais été employés, ont pu traîner la drague dans les plus grands abîmes que leur sonde ait atteints, et s assurer ainsi que dans ces immenses profondeurs la vie n*est pas tout à fait absente. L'opération la plus grandiose qui ait encore été faite dans ce genre est celle que le Challenger avec succès a exécutée à la profondeur de 5875 brasses (7085). Pour que les couteaux de la drague pussent mordre sur le sol sous-marin sans que Ton fût obligé d'employer une longueur de corde exagérée, on plaça un poids de plus de quatre quintaux à environ trois ou quatre mètres en arrière de la drague et un autre poids de deux quintaux à 500 .brasses (920 mètres) en avant d'elle. 11 fallut néanmoins filer, 4400 brasses (8045 mètres) de corde de deux pouces. La drague ramena une boue d'un gris rougeâtre contenant une quantité assez considérable de carbonate de chaux. Les seuls animaux rapportés de cette profondeur étaient quelques petits Foraminifères à test calcaire et quelques autres plus grands appartenant au type arénacé.

Le 26 février, dans un draguage à 5150 brasses (5760 mètres), on avait ramené un quintal d'argile rouge trèsfine, qui ne contenait non plus que quelques foraminifères de la famille des Cristellariens, dont le test était formé aux dépens des particules de cette vase rouge.

On; pourrait inférer de ces deux opérations que dans les profondeurs excessives il y a une grande pauvreté de la vie animale ; mais cette conclusion, tirée d'un ou deux faits négatifs, serait peut-être hâtive, car à 2740 brasses (5010 mètres) Ton a trouvé, outre de nombreux

Foraminifères, plusieurs mollusques bivalves vivants; une autre fois, à une profondeur qui n'était pas loin de 3000 brasses, Ton a récolté une annèlide tubicole rentrant dans la famille des Ammocharides et devant peut être se placer dans le genre Myriochele, Malmgren. Ces captures montrent que, raêhie jusque vers 3000 brasses, l'on trouve des animaux assez élevés en organisation et voisins de ceux qui caractérisent des faunes peu profondes.

Les draguages entre 1000 et 3000 brasses (1850 et 5845 mètres), opérés dans les deux premières traversées de l'Atlantique, ont déjà procuré plusieurs animaux nouveaux, dont quelques-uns sont fort intéressants.

Le 4 mars, sur la section entre Ténériffe et Saint- Thomas, on a ramené d'une profondeur de 1,900 brasses (3 475 mètres) un crustacé ayant les caractères des Astacidœ, mais différant de tous les décapodes connus par l'absence complète d'yeux et même de pédoncules oculaires. II n'y a pas même de trace d'une place pour recevoir ces organes. L'échantillon, qui est un mâle, mesure 120 millimètres de longueur. Les pattes ambulatoires de la première paire ont des proportions singulières et très élégantes, elles sont beaucoup plus longues (155"»™) que le corps, très grêles, et terminées par des pinces très grêles aussi et denticulées. Les quatre autres paires de pattes ambulatoires sont courtes et portent chacune des pinces. M. de Willemoes-Suhm avait donné à cette espèce le nom de Deidamia leptodactyla, mais M. A.-R. Grote, du musée de Bufîalo, a fait remarquer que le nom de Deidamia avait déjà été employé pour un genre de lépidoptères, et a proposé en conséquence, pour ce nouveau type de crustacés, le nom de Willemoesia.

Dans des draguages exécutes du 15 au 25 mars, dans la mer des Antilles, à des profondeurs relativement faibles d'environ 450 brasses (825 mètres), on s'est procuré une seconde espèce du même genre, qui a reçu lenomdeDetdamiacmcifer W. S. Elle présente la même absence conu

plëte des organes de la vue, mais se distingue de Tespèce précédente en ce qu'elle n'a de pinces qu'aux quatre premières paires de pattes ambulatoires.

Ces deux crustacés possèdent l'appendice lamellaire de la base des antennes externe que Ton trouve chez les Astacus et la carapace aplatie des Palinurus.

Dans le draguage qui a procuré la WiUemoesia crucifer^ l'on a obtenu un autre crustacé aveugle de la famille des Astacidœ. Bien que cette espèce ait plutôt le faciès d une Callianassa que celui d'un Astactis, elle ne semble pas présenter de caractères suffisants pour être séparée de ce dernier genre; aussi M. de Wiliemoes-Suhm lui a-t-il donné le nom d' Astacus zaleucus. k la place où se trouvent les yeux dans les Astacus normaux, il n'y a plus ici que deux espaces ronds et vides, de sorte qu'il semble que les yeux et les pédoncules oculaires aient été soigneusement extirpés et que l'espace qu'ils occupaient ait été fermée par une membrane chitineuse. Les pinces de la première paire de pattes sont développées d'une manière extraordinaire, surtout celle de droite qui est deux fois plus longue que celle de gauche et armée d'une formidable rangée de longues épines le long de chacune de ses branches. L'abdomen est déprimé, et les deux paires d'appendices caudaux très développés forment une large nageoire.

Nous pouvons rapprocher de ces découvertes celle qu'a faite récemment par M. Wood-Mason d'un crustacé aveugle rentrant aussi dans cette même famille des Astacidœ. Cette espèce, qui forme un genre nouveau nommé par l'auteur Nephropsis (N. Stewarti) a été draguée aux îles Adaman à une profondeur de 260 à 300 brasses (574-550 mètres). Elle est très voisine du Nephropsis norwegicm des mers boréales de TEurope, n'en diffère guère que par l'ab-

* J. Wood-Mason, On Nephropsis Stewarti, a new genus and species of Macrurous Crustaceans, {Journal Asiat. Soc. of Bengale yoI. XLII, 1873, part, II, n» 1. p. 39, pi. IV.)

L£S EXPLOKATiONS MODERNES. 169

sence de l'appendice lamellaire des antennes externes et par l'atrophie des organes visuels. Le pédoncule oculaire existe bien, mais il est court, subcylindrique et complètement abrité par la base du rostre qui est très robuste ; Toeil est tout à fait rudimentaire, sans pigment, ni cornée, et présente, comme le reste du corps, une coloration d'un rose tendre. Par un balancement résultant du faible développement des yeux, certaines parties voisines ont acquis des dimensions plus grandes que d ordinaire. Les antennes sont très développées ; leur fouet est en particulier passablement long et excessivement grêle à son extrémité, L'organe auditif est aussi d'une grandeur exceptionnelle. Selon M. Wood-Mason ces modifications anatomiques semblent s'être produites sous l'influence du genre de vie de ce crustacé, qui habite sur un fond de vase fine dans laquelle il vit probablement en fouisseur comme le Calocaris Macandreœ.

Le faible développement ou l'atrophie complète des organes visuels chez les crustacés vivant à de grandes profondeurs, comme ceux que nous venons de citer, ou habitant dans des cavernes comme le Cambarus pellucidtts de la « Mammoth cave, » ne peuvent guère s'expliquer que par le défaut d'usage de ces organes résultant de l'obscurité dans laquelle les animaux sont plongés. L'influence de cette cause est surtout évidente lorsque l'on considère des cas comme celui que présente ÏEthusa grantUata^. Lorsque ce crustacé vit à des profondeurs de 110 à 370 brasses (200 à 675 mètres), il a sa carapace munie en avant d'un rostre épineux d'une longueur considérable : l'animal parait être aveugle, mais possède encore deux singuliers pédoncules oculaires épineux dont l'extrémité est arrondie. Dans les individus récoltés entre 540 et 705 brasses (990 et 1290 métrés), les pédoncules oculaires ont perdu leur mobilité; ils sont solidement fixés dans leur cavité articulaire et ont complètement

^ * TheDepths oftheSea,T^geilQ.

changé de caractère. Leurs dimensions sont beaucoup plus grandes ; ils sont plus rapprochés Fun de l'autre et, au lieu de présenter une extrémité arrondie, ils se terminent par une longue pointe en forme de rostre. Par contre, le vrai rostre, si développé dans les autres échantillons, a été résorbé.

Une observation analogue a été faite sur les Gammarns et les Asellus du lac Léman. M. le docteur F.-A. Fore! a découvert que ceux de ces crustacés qni vivent dans les profondeurs sont aveugles tandis que ceux qui vivent prés de la surface ont des veux normaux.

Les choses ne se passent cependant pas toujours de cette façon. Ainsi que le fait remarquer M. W. Thomson, les Munida qui vivent aux mêmes profondeurs que VEthiisa grantdata ont des yeux développés d'une manière exceptionnelle, et paraissent être d'une grande délicatesse. «Il est possible, ajoute ce naturaliste, que dans certains cas, à mesure que la lumière du soleil diminue, la puissance de la vision augmente, et que, à la longue, l'œil devienne susceptible d'être impressionné par la faible lueur delà phosphorescence.»

Dans les captures faites par les zoologistes du Challenger, on trouve des exemples d'un singulier développement des organes visuels chez certains crustacés des profondeurs. La drague a ramené des profondeurs de iOOO à 2200 brasses (1850 à 4020 mètres) des espèces d'unfe taille relativement grande et très beaux de forme et de couleur, pour lesquelles M. de Willemoes-Suhm a établi le genre Gnathophansia (On. gigas et Gn. zoa). Ce sont des Schizopodes présentant quelques caractères de Phyllopodes. Ils doivent rentrer dans la famille des Lophogastridœ, dont il faudra seulement un peu modifier la caractéristique. Leurs yeux pédoncules sont normaux; on trouve, en outre, un œil accessoire sur chacune des maxilles de la seconde paire. Cette dernière particularité est spéciale à ce genre, car l'on ne connaissait jusqu'à présent de semblables yeux accessoires qu'à la base des

membres thoraciques et abdominaux chez des crustacés de la famille des Euphausidœ,

M. de Willemoes-Suhra a décrit sous le nom de Thau-mops pellticida un Âmphipode gigantesque, presque entièrement transparent, et dont les yeux occupent toute la face supérieure de la tête. Ce beau crustacé avait été ramené par le filet (traw) dans un draguage fait à 4090 brasses (1990 mètres), mais M. de Willemoes-Suhm s'est assuré, par de nouvelles observations, que Tespèce vit en réalité à la surface et qu'elle a été déjà décrite par Guérin- Méneville sous le nom de Cystosoma Nq)tuni, d'après un échantillon provenant de Tocéan Indien. 11 faut donc la compter parmi les animaux de la faune pélagique.

Une belle espèce de Scalpellum a été trouvée par environ 2850 brasses (5210 mètres) adhérant à ces masses concrétionnées de peroxyde de manganèse dont nous avons parlé plus haut. Ce Cirrhipède, qui a reçu le nom de Scalpellum regium, mesure une longueur de 60 millimètres, dont le capitulum forme les deux tiers. C'est de beaucoup la plus grande espèce du genre. Tous les échantillons étaient des femelles, sur la plupart desquelles étaient fixés un certain nombre de mâles. Ces mâles, les plus simples en organisation que l'on ait encore observés dans ce groupe, sont ovales, sacciformes, avec une longueur de 2 millimètres environ sur 0'^"»,9 de largeur. A lextrémité supérieure se trouve une ouverture en forme de fente entourée d'un anneau légèrement saillant. Les antennes, placées à l'extrémité postérieure, ressemblent beaucop, pour la forme, à celles du Se. vulgare. Tout ce sac, sauf un petit espace voisin du point de fixation, est couvert de poils chitineux fins, disposés en rangées transversales. Il n'y a aucune trace de segmentation ni de valves, et la dissection n'a fait découvrir ni estomac, ni œsophage ; les deux tiers postérieurs du corps sont remplis d'une masse lobulée de cellules.

«Dans les notes écrites par les zoologistes du Challenger , nous ne trouvons presque rien sur les Mollusques; il ne

172 LES MERVEILLES DU FOND DE LlL MËH.

semble donc pas que les animaux de cet embranchement aient été rencontrés nulle part en abondance et aient fourni des formes intéressantes.

Les Bryozoaires ont, au contraire, présenté un type nouveau et fort curieux que M. W. Thomson a décrit sous le nom de Naresia cyathm. Le cœnecium est composé d*une tige transparente, haute de deux ou trois pouces, du sommet de laquelle divergent des branches formant une coupe gracieuse. Ce genre, ramené à une profondeur de 1525 brasses (2800 mètres], diffère de tous ceux de la faune actuelle ; il rappelle d*une manière frappante les Diciyonema Hall, du terrain cambrien, que M. W. Thomson et d'autres naturalistes avaient été disposés jusqu'à présent à rapporter aux Hydroides à cause de Tabsence apparente de ceUules. Le chef de Texpédition signale aussi, mais sans les décrire, deux Bryozoaires dragués à 2175 brasses (3980 mètres), et remarquables, par la longueur des pédicelles portant les aviculaires, l'autre par la sculpture élégante de ses cellules.

Outre TAnnélide que nous avons citée plus haut comme draguée à une profondeur de 5000 brasses, nous trouvons mentionnées quelques autres formes rentrant dans les genres Euphrosinef, Eteone, SylltiSj NereiSj Onuphis^ Glycera et Clymene. M. de Willemoes-Suhm, dans sa lettre à M. de Siebold, dit que Ton n'a rencontré aucune forme frappante ou aberrante ; mais il faut remarquer que cette lettre est datée de Madère, le 5 février 1873, et a été, par conséquent, écrite avant que le Challenger eût fait sa première traversée de l'Atlantique.

M. de Willemoes-Suhm a étudié un Géphyrien malheureusement incomplet, qui paraît devoir représenter une famille nouvelle intermédiaire entre les Siponculides et les Priapulides.

On a trouvé dans les parages de Madère (?), à une profondeur de 1525 brasses (2800 mètres), quelques espèces extrêmement intéressantes d'Échinodermes, entre autres plusieurs exemplaires de la Salenia varispina Al. Ag., qui

avait été découverte par Pourtalès dans le détroit de Floride. M. Wyville Thomson> chaud partisan de la théorie de la continuité de la craie, ne cherche pas à cacher le vif plaisir qu'il a eu à récoller lui-même ce représentant d'un genre essentiellement crétacé. Il a retrouvé plus tard cette Salénie à Saint-Thomas, à une profondeur de 625 brasses (1140 mètres), de sorte qu'elle occupe une aire très-étendue. Avec elle l'on a ramené aussi, dans cette dernière localité, le Rhizocrinus lofotemisy sur lequel on peut faire la même remarque. Les Holothuries paraissent être bien représentées, du moins dans certaines stations. 11 en est qui sont vivement colorées.

Les coraux qui, dans les régions équatoriales du Pacifique, seront sans doute un des plus importants objets d'études des naturalistes du Challenger, n'ont fourni, dans les deux premières sections au travers de l'Atlantique, qu'un petit nombre de formes nouvelles ou peu connues. Il faut cependant citer, parmi les animaux de ce groupe, VVmbelltûaria, qui est une des plus belles pièces obtenues dans cette partie du voyage. « Le 31 janvier 1873, écrit M. de Willemoes-Suhm, le grand filet avait été descendu à une profondeur de 2125 brasses (3885 mètres), et il était tard dans la soirée lorsqu'on le ramena et que nous aperçûmes ce beau polype long de trois pieds et demi. Tout l'animal, aussi bien la tige que les polypes, longs de un pouce et demi, brillaient d'une lueur phosphorescente des plus vives, et cela dura encore quand Tanimal eut été mis dans l'alcool, au point que l'on put l'étudier au speclroscope. Vous savez que M. Lundahl a rapporté l'année passée d'une expédition suédoise, dans la baie de Baffin, cet animal qui n'avait pas été retrouvé depuis l'époque d'Ëllis. »

Un draguage à 1520 brasses (2780 mètres), exécuté à une certaine distance au sud-ouest de Ténérife, a ramené quelques bases et quelques rameaux de Taxe calcaire d'un polypier voisin du corail. Ces fragments semblaient provenir d'individus morts depuis longtemps, et M. Wy-

174 LES MEaVËILLES DU FOND DE LA MEH.

ville Thomson se demande si l'espèce n'avait pas vécu à un niveau plus élevé et été entraîné dans sa position actuelle par un affaissement du sol sous-marin?

Les draguages faits à des profondeurs de 450 et 625 brasses (820 et 1140 mètres) ont procuré de nombreux individus de coraux se rapportent pour la plupart aux espèces décrites par M. Pourtalès. Dans l'Archipel des Açores, entre San-Miguel et Santa-Maria, l'on a constaté à 1000 brasses (1830 mètres) une abondance exceptionnelle de coraux pierreux du groupe spécial aux eaux profondes. M. Wyville Thomson signale deux espèces nouvelles, dont Tune est un Flabdlum (FL alahastrum, Moseley) et l'autre un Ceratotrochus (C. nohUiiSy M.).

Les Spongiaires sont bien représentés dans les eaux profondes, et Ton a découvert en parliculier plusieurs formes nouvelles rentrant dans le groupe élégant des Hexactinellidœ (Aplirocallistes^ Hyalonema, Euplectella), Dans la station au sud-ouest de Ténériffe, où a été récolté le corail mort que nous avons mentionné plus haut, l'on a obtenu une magnifique éponge appartenant à cette famille. Un échantillon formé de deux mdividus réunis par leur baée avait environ 60 centimètres de diamètre et ressemblait à un champignon à amadou, ce qui lui a fait donner le nom de Poliopogon amadou^ W. Th. Un des caractères les plus frappants de cette espèce consiste dans la forme de ses spicules d'ancrage, qui sont tout à fait semblables aux ancres de la peau des .Synaptes.

Les draguages faits dans la mer des Antilles ont procuré plusieurs espèces à' Hexactinellidœ découvertes antérieurement sur les côtes de Portugal, et ont ainsi prouvé que cet ordre remarquable a une distribution géographique très-étendue.

Quant à ce qui concerne les Foraminifères, nous avons déjà vu qu'ils existent jusque dans les plus profonds abîmes que le Challenger ait mesurés. Ils sont mentionnés à plusieurs reprises comme se trouvant en abondance dans les vases récoltées à diverses profondeurs. M. W. Thom-

LES ËXPLORÂTiOKS HODëKNëS. 175

son ne parle qu'une fois des Coccolithes qui ont été trouvés à 3150 brasses (5660 métrés) sur un fond d'argile rouge ne contenant que des traces de matières organiques. Il n'ajoute aucune réflexion, mais nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que ces corps devaient exister là tout à fait indépendamment du Bathy^ bius. Du reste, il n*est pas fait allusion une seule fois à cet être problématique.

Les zoologistes du Challenger ne s'occupent pas uniquement de la faune profonde. On met de temps à autre des embarcations à la mer pour pêcher au petit filet des animaux pélagiques, tels que Hétéropodes, Ptéropodes, Siphonophores, Méduses, Tomopteris, Sapphirina. C'est surtout dans les points où se trouvent de certaines étendues de Sargasses que l'on rencontre en abondance de petits animaux de surface. Parmi les habitants de ces prairies flottantes, on compte des Bryozoaires, des Hydroïdes (Campantdaria), des Mollusques (Scyllœa pelagica)^ un petit Crustacé brachyure (ISautilograpsus minutus), et enfin un curieux petit ppisson, ïAntennarius marmoratus, qui se construit des nids au moyen d'Algues réunies par des cordons d'une sécrétion visqueuse.

En terminant ce résumé, rappelons de nouveau que les documents épars que nous avons tenté de coordonner se rapportent seulement à la première moitié de la campagne de l'Atlantique; ils ne concernent donc qu'une région voisine des parties de cet Océan les mieux connues au point de vue physique et géologique. Les résultats déjà acquis ont une assez grande valeur ; mais on est en droit d'en espérer de bien autrement importants, si tout continue à se passer heureusement. Le champ d'exploration le plus riche sera le Pacifique, dans lequel le Challenger tracera d'immenses lignes de sondage, et dont il fouillera de sa drague le sol entièrement vierge. H y a sous ces vastes eaux tout un monde inconnu à la conquête duquel il s'avance armé des moyens d'investigation les plus puissants et les plus parfaits qu'ait réalisés la science mo-

176 LES UËRVEILLES DU FOND DE U MËK.

derne. Soit que ses recherches démontrent dans la population animale des abîmes une uniformité plus grande qu'on ne peut la supposer, soit qu'elles nous révèlent» au contraire, l'existence de types entièrement nouveaux, elles ne pourront manquer d'avoir une influence considérable sur notre conception des faunes marines actuelles et des liens qui les unissent avec celles des époques géologiques antérieures*.

On a déjà actuellement quelques renseignements sur la deuxième partie de l'expédition du Challenger ^ mais ils ne sont pas encore suffisamment complets pour que nous croyions devoir les offrir au lecteur dans l'édition actuelle. Quoi qu'il en soit, il n'est pas douteux que les résultats acquis offrent une importance capitale, et que le voyage du Challenger est destiné à marquer une date ineffaçable dans l'histoire des investigations du globe terrestre.

' Âloîs Humbert, Archives des scienœs physiques et naturelles de Genève, 1874. (Extrait.)

L*empire des mers est fenné à lliomme. — Tentatives multipliées pour pénétrer sous les eaux. — Perturbations qu'apporterait dans Tordre social actuel la possibilité de voyager sous l'eau. — La surface de la mer est le lien des nations.

L*homine vit dans Tair; son organisation lui interdit un long séjour dans Teau. S'il plonge, il est forcé de re^ monter au bout de très-peu de temps à la surface; aussi ne peut-il acquérir de la terre submergée qu'une connaissance trés-imparfaite. Aussitôt que la profondeur de Teau dépasse quelques mètres, l'exploration du fond réclame des appareils spéciaux. Elle aurait certamement une grande utilité théorique, mais son importance au point de vue industriel ne serait pas moindre.

Combien de richesses enfouies au fond de la mer I Les naufrages se succèdent tous les ans depuis que l'homme ose affronter les dangers de l'Océan. Tous les ans le linceul mouvant des vagues recouvre de nouveaux débris. Quelques pauvres épaves sont rejetées sur les côtes, mais la mer garde les plus précieux trésors dans ses abîmes ténébreux. Comment soulever de lourdes carènes coulées à fond avec toute leur cargaison? ue homme serait assez hardi pour tenter de les extraire pièce à pièce de l'Océan qui les cache avec un soin Jaloux?

ils LES MERVEILLES DU FOND DE LJl HËIt.

Longtemps une semblable entreprise a été regardée comme chimérique; maintenant encore, elle est presque toujours impralicable, et dans les rares occasions où elle présente quelques chances de réussite, ce n'est qu'au prit de grands travaux et d'artifices très-ingénieux, que l'homme parvient à violer les retraites inviolables de l'Océan.

En présence de la mer, l'homme est involontairement saisi d'un respect mêlé de terreur. Il peut voguer à sa surface, il n'y pénètre qu'avec hésitation. Poursuit-il

Plg. 60. — Drtgue jt pécherl es hnt 1res.

un monstre marin, il le harcèle tant que l'imprudent reste sur les frontières de l'empire des mers. Honte sur un frêle esquif, il peut l'atteindre et lutter avec lui corps à corps. Dès que le monstre a senti la puissance de son ennemi, le danger de rester à la surface, il plonge de quelques mètres, et l'homme cesse de le poursuivre.

Si du moins la nature avait doté l'homme d'un vaste réservoir où, comme la baleine et les grands monstres marins, il entasserait des masses d'air qu'il emporterait avec lui dans les coins les plus reculés de la mer ! queIK-

- Pèche des iiultrits perliùi

Utilité retirerait-il encore de cette merveilleuse faculté, si ses yeux, faits pour voir dans une atmosphère limpide et éblouissante de lumière, ne lui montraient que Tobscurite, et le livraient sans défense à la voracité de Thabitant des eaux ?

Mais rhomme veut régner sur tout le globe ; la nature lui appartient ; il Tétudie avec patience. Sa curiosité lui fait affronter en face toutes les difficultés. 11 veut parcourir en tous sens un empire dont les bornes lui semblent trop étroites ; il veut fendre Tair comme Toiseau, et il dispute à l'habitant des mers ses profondes retraites. L'Océan n'a-t-il pas un attrait invincible ? il laisse entrevoir ses richesses. On dirait qu'il défie l'homme de les lui dérober. Le corail, l'éponge, la perle, ne sont-ils pas arrachés à ses abîmes? La magnifique pourpre des anciens? la sépia, Ja nacre, l'ambre gris n'ont-ils pas une origine océanienne ?

L'ambition et l'amour de l'or sont chez l'homme de puissants mobiles. L'indigence et la crainte font souvent le reste. C'est à de hardis navigateurs, poussés par le désir de faire une rapide fortune, qu'on doit les premiers essais de circumnavigation. C'est à des esclaves qu'on a dû pendant longtemps l'éponge, la perle, le trépang.

Ces produits de la mer étaient généralement extraits par des plongeurs. Ils le sont encore dans beaucoup de pays.

Des hommes se précipitent à la mer et vont arracher eux-mêmes .répono:e aux rochers où elle est fixée. Us en remplissent des filets, qu'on suspend à des barques et qu'on descend à leur portée. Â un signal donné par le plongeur, on le retire avec le filet.

Les huîtres comestibles habitent les mers d'Europe et des Indes; elles sont très-abondantes sur les côtes françaises et anglaises. On les pêche en traînant sur les rochers, auxquels elles sont fixées, un filet garni d'un ratissoir. Les huîtres, détachées du fond, entrent dans le filet avec les autres animaux qui les accompagnent.

Les malheureux, dit Goldsmith, condamnés à ce travail pénible et dangereux, sont ou des nègres, ou les gens les plus pauvres de la Perse. Les plongeurs, non-seulement courent risque de se noyer, de suffoquer, d'être dévorés par les requins, mais leur état même, en les obligeant à retenir pendant longtemps leur haleine, leurcause presque toujours des crachements de sang. On choisit pour ce métier les jeunes gens les plus robustes et les mieux portants ; mais ils Tendurent rarement pendant plus de cinq ou six ans. Leurs fibres se roidissent , leurs prunelles deviennent rouges, et ils meurent souvent de consomption... Ils déposent les perles, ou plutôt les huîtres qui les renferment, dans des bateaux de 28 pieds de long, dont il y a souvent 300 ou 400 à la fois en mer. Chacun de ces bateaux a sept ou huit pierres, qui lui servent d'ancres ; il est monté de 5 à 8 hommes, qui plongent chacun à son tour. Les pêcheurs se débarrassent de leurs vêtements ; ils gardent seulement un filet qui est suspendu à leur cou, et dans lequel ils jettent les huîtres, et des gants aux mains pour se garantir contre les contusions qu'ils pourraient se faire en détachant les coquilles dans les fentes des rochers. Ils descendent au moyen d'une corde à laquelle est suspendue une pierre du poids de 50 livres. Us mettent le pied dans une espèce d'étrier. De la main gauche ils tiennent la corde, et de la droite ils se bouchent le nez pour empêcher l'air d*en sortir ; car, avant de plonger, ils prennent une trèslongue haleine. Arrivés au fond, ils commencent pardonner un signal à ceux qui sont restés dans le bateau afin qu'ils remontent la pierre; ils se mettent alors à recueillir les coquilles et à en remplir leur filet aussi vite que possible; ils font ensuite un autre signal: on retire le filet, et tout de suite- après eux-mêmes, pour qu'ils puissent reprendre haleine. Toutes les coquilles sont transportées sur le rivage. On les met en tas jusqu'à la fin de la pêche, qui dure pendant les mois de novembre et de décembre,

L'holothurie ou trépang, très-recherchée en Asie, est pêchée par des plongeurs ou harponnée sur les corps auxquels elle se fixe. Le harpon est fixé à l'extrémité d'une série de longs bamhous s'emboîtent les uns dans les autres. Penché sur l'avant de la barque, le pécheur observe le fond de la mer. Le calme le plus parfait est indispensable ; on assure que, dans ce cas, il peut voir, même à 30 mètres de profondeur, l'animal fixé aux rochersouaux coraux. Le harpon s'approche le plus doucement possible de la victime, et la frappe soudainement. Rarement on le descend en vain.

L'homme plonge aussi loin que la vue peut atteindre dans le plus grand nombre de cas, c'est-à-dire à une profondeur très-faible. Des appareils modernes facilitent ses expéditions, mais ils n'en ont pas étendu beaucoup le rayon. La pression supportée par l'intrépide explorateur augmente en effet d'une atmosphère quand il s'enfonce de 10 mètres ; bientôt elle devient telle, que la vie, dans ces conditions, est impossible. L'asphyxie, les monstres, l'obscurité, ne sont donc pas les seuls dangers que rencontre l'homme dans ses voyages sous-marins. Il ne peut s'aventurer dans les grandes vallées océaniques comme il affronte le froid et la raréfaction de Tair sur les hautes montagnes. Au delà de la zone des monstres, l'obscurité; plus loin, l'écrasement.

Qui peut dire les innombrables changements qu'entraînerait la faculté de voyager librement dans l'air et sous les eaux ? où seraient les frontières naturelles, si recherchées aujourd'hui ? L'homme franchissant l'air comme l'oiseau, les locomotives luttant de vitesse avec l'aigle et se perdant au milieu des nuages ; de puissantes machines plongeant au-dessous des tempêtes océaniques, et dispersant les bandes effrayées des hôtes de la mer ! qui oserait songer sérieusement à d'aussi étonnantes fictions ? De grands esprits y ont pourtant consacré leurs veilles, et nous verrons plus loin comment on a résolu partiellement la question pour rOcéan. On peut embai^quer des naviga-

teurs d'un nouveau genre pour des expéditions sous-marines. L*homme peut emporter sa provision d*air, sa lumière, ses vivres; il peut s'enfoncer et s'élever à volonté» se tenir dans la couche d'eau qui lui convient ; il peut, sans qu'on ait eu le temps de se préparer à la défense, apparaître, comme l'esprit des mers, au milieu d'une flotte ou sur une côte ennemie ; il décharge de puissantes batteries, on le cherche ; il s'abîme, en vrai monstre marin, dans son élément d'adoption.

Si l'on a fait quelques pas vers la réalisation de ces merveilles, combien en reste-t-il à faire ? Jamais probablement il ne sera donné à l'homme de fouler aux pieds les abîmes encore insondés de la mer; jamais le bruit de la civilisation ne troublera la paix profonde que lesmonstres marins eux-mêmes sont forcés de respecter. Nous attendrons patiemment une longue série de siècles, et nous léguerons à nos descendants le soin d'ajouter une page à l'histoire de la terre. Peut-être verront-ils des terres cultivées, des forêts, des montagnes, où le nivellement de la mer ne montre aujourd'hui que les eaux ; peutêtre pourront-ils, en creusant leurs routes, leurs canaux, leurs tunnels, étudier les dépôts actuellement en voie de formation, tandis que des récifs de polypiers, des éponges, des bancs d'huîtres recouvriront les édifices dont nous nous enorgueillissons!

Sans descendre à d'effrayantes profondeurs, ne voyonsnous pas prés de la surface, non loin des côtes, au milieu des récifs qui semblent permettre à l'homme de pénétrer dans l'Océan pour lui fermer le retour, la vie sous-marine conspirer avec les eaux pour masquer ces épaves dont le nombre dépasse tout ce que nous pouvons imaginer? Nous serions riches si la mer n'exigeait de nous aucun tribut ! Mais ces trésors, la mer les ronge, la vie les engloutit une seconde fois.

Les mollusques, les anatifs, les algues se fixent trèspromptement sur les corps plongés dans l'eau de mer. Les navires qui font de longs voyages entraînent parfois de si

énormes cargaisons de coquillages adhérents à leur carène, que, véritables aquariums mobiles, ils perdent beaucoup de leur vitesse. Le travail de la mer est incessant. Chaque heure, chaque minute augmente le secret dont elle enveloppe ses larcins, et tant que les moyens d'investigation ne seront pas plus parfaits, nous devrons nous contenter de recueillir les épaves qu'elle veut bien nous rendre quelquefois.

Nous sommes repoussés de la plus grande partie de Fécorce terrestre ; la nature a mis un soin jaloux à l'écarter de nos yeux, à la soustraire à notre dévorante avidité. Ne devons-nous pas nous en applaudir? Cette eau, qui nous cache tant de merveilleux tableaux, n'a-t-elle pas toujours été et n'est-elle pas aujourd'hui pour nous un puissant auxiliaire ?

C'est l'eau qui facilite le plus les relations des hommes entre eux, les échanges, les transactions de tous genres, le commerce enfin, d'où naît la civilisation.

Amie des côtes, la civilisation ne pénètre qu'avec peine les vastes continents . Sur la mer, elle rayonne rapidement d'une plage aux îles voisines, des îles à une plage lointaine. Elle se transmet, dans les continents, de proche en proche, lentement, et sa marche y est presque parallèle à celle des fleuves et des rivières. Otez l'eau, toute civilisation disparaît, le désert reprend son empire, le sable s'amoncelle en collines, et recouvre tout d'un linceul mobile comme les vagues de la mer. Linceul terrible ! qui peut l'affronter ? Combien de victimes ont payé leur audace de leur vie, lorsqu'elles ont osé violer le secret du désert !

La mer fournit, à quiconque a lé courage de se confier à elle, un mode de transport à la fois agréable et commode. Le flot supporte le fardeau, le vent le pousse et l'homme dirige la marche. De ce transport facile résultent un grand mouvement commercial, une circulation d'idées, qui élargit le champ du génie industriel et engendre les inventions utiles, une affabilité et des sentiments d'hu-

raanité, que développent les relations entre tous les peu^ pies de la terre. Enfin les découvertes des navigateurs, leurs voyages dans des contrées lointaines, aux climats très-différents, aux productions variées, la rapidité des échanges et le bien-être qui en est la conséquence forcée, telles sont les premières étapes vers Tunion universelle, but de toute civilisation bien entendue.

Exploration du fond de la raer. — Scaphandre. — Homme plongenr de Rouquayrol et Denayrouze. — Éclairagfe électrique sous-marin. — Sauvetage d'objets tombés à la mer. — Cne caisse d'or retrouvée en quelques heures dans la vase du vieux port de Marseille.

L'exploration du fond de la mer n*a fait que peu de progrès dans Tantiquité et le moyen âge. On signale, pendant une longue série de siècles, de rares essais, plutôt légendaires qu'authentiques. Faut-il s'en étonner, si l'on songe à la profonde ignorance dans laquelle on a longtemps vécu relativement aux propriétés des gaz? si l'on se rappelle qu'Àristote, voulant démontrer la pesanteur de l'air, pèse une vessie vide, la même vessie gonflée d'air, et trouve que son poids n'a pas varié ? si, il y a trois siècles à peine, on expliquait l'ascension de l'eau dans les corps de pompe par l'horreur de la nature pour le vide ?

Il n'y a guère que cent ans, que le célèbre astronome anglais Halley, inaugurant les voyages sous-marins, descendit à 15 mètres de profondeur dans une cloche à plongeur qu'il avait fait construire. Les ingénieurs d'outre- Manche ont utilisé, jusqu'en 1830, cette invention pour mener rapidement à bonne fin les nombreux travaux sousmarins dont ils ont converties côtes d'Angleterre. Â cette époque, un autre appareil, plus commode en même temps que moins dispendieux, se substitua petit à petit à la cloche.

Nous voulons parler du scaphandre. Son but est de laisser à un ouvrier isolé toute lu liberté de ses mouvements. Un habit imperméable, composé d'étoffe et de mé-

rnOMME ET SES TRAVAUX AU FOND DE LA MER. 189

tal, lui permet une certaine franchise d*allures» qu*il n*a pas avec la cloche dans laquelle il est enfermé. Un tuyau communiquant avec Tintérieur de son vêtement, lui apporte Tair nécessaire à sa respiration. Cet air est fourni par une pompe aspirante et foulante, placée sur le rivage ou dans un bateau. Le scaphandre est d*origine française.

Des essais d*un autre genre furent faits, à la fin du siècle dernier, par un habitant de Breslau. On fit descendre sous Teau un plongeur, emportant sa provision d'air dans un réservoir où Ton avait comprimé de grandes quantités de ce gaz. Le plongeur portait sur le dos le réservoir qui communiquait avec la bouche par un tube.

Le docteur Mhurr fit aussi des essais en France. Mais le scaphandre primitif ne fut pas délrôné. En 1830, les ingénieurs anglais en faisaient déjà un constant usage. La découverte du caoutchouc vint donner une grande impulsion à cette industrie, et Tusage universel des plongeurs rendit plus nécessaire que jamais le perfectionnement d*appareils jusqu'alors trop peu précis pour donner de bons résultats pratiques.

Deux Français, M. Rouquayro), ingénieur des mines, et M. Denayrouze, lieutenant de vaisseau, résolurent cette question difficile. Leur invention répond à toutes les exigences des travaux sous-^marins. Que Thomme soit nu ou recouvert d*une enveloppe imperméable, sa respiratiori ne dépend que de sa volonté ; c'est Tactivité de ses poumons qui la régie dans tous les cas.

On obtient ce résultat au moyen d'un poumon artificiel ou réservoir régulateur. Ce poumon artificiel consiste en un réservoir d'acier ou de fer, capable de résister à une très-forte pression, et surmonté d'une chambre qui régularise Tafflux de Tair. Le plongeur le porte sur le dos. Un tuyau de respiration part de cette chambre, et se termine par un feime-bouche, fait d'une simple feuille de caoutchouc qui s'applique entre les lèvres et les dents du plongeur. Une soupape, dont ce tuyau est muni, se prête à l'expulsion de l'air, et s'oppose à la rentrée de l'eau.

t9U LES HEKVËlLIJiS 1)U KUND DE L\ SItK.

Le réservoir d'acier est séparé de la chambre à air par une soupape conique s'ouvraiit de la chambre à air vers le réservoir, de manière à ne céder que sous l'induence d'une pression extérieure, tandis que toute pression émanée du réservoir ferme la soupape.

La marche de la pompe n'a pas besoin dès lors d'être r^ulière comme dans le scaphandre. L'air qu'elle envoie

Kig. 63. — flongeurs munis d'appareils Rauquiyrol-DenayrouH.

au plongeur s'emmagasine dans le réservoir d'acier. Le plongeur l'en tire suivant ses besoias et sans aucune Fatigue, au moyen de la disposition suivante

La chambre ft air est fermée par un couvercle mobile, auquel est fixée la tige de la soupape coniqne. Le couvercle est formé d'un plateau d'un diamètre moindre que le diamètre intérieur de lu chambre, et recouveit d'une feuille de caoutchouc qui, d'une surface phis grande que

celle du plateau, le relie hermétiquement aux parois centrales de la chambre. Il est susceptible de céder à une pression, soit intérieure, soit extérieure, de s'élever dans le premier cas et de s'abaisser dans le second.

Qu'une pression soit exercée sur le plateau, ce dernier la transmettra immédiatement à la soupape par l'intermédiaire de la tige ; l'orifice de communication entre le réservoir et la chambre à air s'ouvrira, et le premier laissera couler dans la chambre une partie de l'air comprimé qu'il renferme. Si la chambre contient un excès d'air, la pression de ce gaz contre le plateau mobile maintient la soupape fermée.

Suivons le fonctionnement de l'appareil lorsque le travailleur est sous l'eau. L'ouvrier aspire, c'est-à-dire qu'il prend à la chambre à air une partie de son contenu ; aussitôt la pression extérieure agit sur le plateau, le fait descendre, et avec lui la tige de la soupape qui s'ouvre. L'air du réservoir pénètre dans la chambre à air, rétablit l'équilibre entre l'intérieur de celle-ci et le milieu ambiant, fait remonter par suite le plateau. La soupape conique, revenant à sa position primitive, intercepte de nouveau la communication entre le réservoir et la chambre à ciir, jusqu'à ce qu'une autre aspiration ramène la même série de phénomènes. Dès que le plongeur respire, la soupape, qui se trouve sur le tuyau, s'ouvre et laisse échapper dans l'eau l'air expulsé de la poitrine.

Tout ici est automatique ; l'appareil agit, quelle que soit l'irrégularité du travail de la pompe, avec la régularité du tiroir de la machine à vapeur. L'ouvrier reçoit exactement la quantité d'air nécessaire à sa respiration ; cet air lui arrive à la pression à laquelle est soumis tout son corps, et cela, sans exiger de lui la moindre attention ni le moindre effort.

MM. Rouquayrol et Denayrouze, non contents d'avoir rendu la respiration du travailleur sous-marin indépendante de la régularité de la pompe, ont perfectionné beaucoup ce dernier appareil en construisant des pom-

pes sans espace nuisible, où les fuites sont rendues de plus en plus impossibles à mesure que la pression augmente.

On sait que l'air fortement comprimé s'échauffe par le seul fait de cette compression. L'arrivée d'un air trèschaud gène beaucoup les plongeurs. Les pompes dont nous parlons, et dans lesquelles Tair traverse deux couches d*eau avant de pénétrer dans le réservoir d'acier, obvient à cet inconvénient. De plus, Tair, en passant dii réservoir d'acier dans la chambre à air où le plongeur le puise, perd de sa pression et continue de se refroidir.

Un autre avantage capital de Tappareil Rouquayrol- Denayrouze consiste en ce que l'air expiré vient seul crever par bulles à la surface. Tant que le plongeur respire régulièrement, les intervalles qui séparent l'arrivée des bulles, sont sensiblement égaux. Augmentent-ils ou diminuent-ils notablement, il se passe quelque chose d'anormal. Si les bulles cessent d'arriver, le plongeur ne respire plus, il faut le retirer sans retard.

Dans le scaphandre, l'air arrive dans l'intervalle qui sépare le corps du plongeur de son vêtement imperméable. L'air expiré s'échappe par une petite soupape, pratiquée dans le casque. Mais, par cette soupape sort aussi l'excédant de l'air envoyé par la pompe à l'ouvrier. L'irrégularité du jeu de la pompe amènera donc des irrégularités dans le dégagement des bulles d'air par la soupape, et, si les hommes continuent de pomper, ils pourront, sans en être aucunement avertis, envoyer longtemps de l'air à un cadavre. Avec le premier appareil, on a comme un bulletin continuel de la santé du plongeur. On sait au juste le moment où il faut lui porter secours; avec le second, on n'a aucune donnée sur son état. Cet avantage du nouvel appareil ne peut manquer d'inspirer de la confiance aux moins hardis.

Enfin l'homme qui endosse le scaphandre a sa vie beaucoup plus exposée qu'avec l'appareil Rouquayrol-De-

nayrouze. La vie, ou tout au moins la sécurité et la durée de son travail, dépendent évidemment de la solidité de son vêtement. Dans le nouveau système, Thabit en caoutchouc ne sert qu'à protéger le plongeur contre le froid. Aussi a-t-il besoin de beaucoup moins de solidité que le scaphandre et laisse-t-il au travailleur une plus grande liberté d'allures.

MM. Rouquayrol et Denayrouze ont tout fait pour que leur appareil, d'une utilité si incontestable pour tous les travaux sous-marins, fût à la portée de tout le monde. II n'y a plus besoin de plongeurs habiles et intelligents, de manœuvriers longtemps exercés, pour donner à la pompe un mouvement uniforme. Nous avons vu comment l'air est fourni régulièrement au plongeur malgré les irrégularités du fonctionnement de la pompe. La substitution d'un simple masque au casque employé jadis rend la fermeture plus facile. Un seul boulon suffît pour l'obtenir complètement hermétique.

Il y a cependant quelques précautions indispensables. Faute de s'y conformer, les plongeurs courraient des risques au moins désagréables. La pression supportée par l'explorateur augmente en effet de 1 atmosphère chaque fois qu'il s'enfonce de 1 mètres. Le corps de l'homme est donc soumis, à 30 on 40 mètres, à une pression de 4 à 5 atmosphères environ, tandis qu'à la surface, il subirait la seule pression atmosphérique. On ne peut impunément passer rapidement d'une pression à une autre aussi différente de la première*. Mais le corps se fera par degrés à ces nouvelles conditions physiologiques, si l'on descend d'abord à quelques mètres, et qu'on s'habitue chaque jour à une profondeur plus grande. Malgré cet exercice préliminaire, on doit chaque fois descendre très-

* Les belles recherches de M. P. Rert, sur l'Influence que les modifications dans la pression barométrique exercent sur les phénomènes de la vie, ont jeté une vive lumière sur les phénomènes dont il est ici question. — Voir à ce sujet les Annales des sciences naturelles, 1874, où M. P. Bert a publié son beau travail.

m Les merveilles du fond de la mer.

lentement; le retour doit être plus lent encore; et, pour éviter tout inconvénient, on fera bien d'employer une minute environ par deux mètres d'ascension. Si l'on ne suit pas ces simples recommandations, on souffre beaucoup de bourdonnements d'oreilles et de maux de tête. En procédant avec mesure, on s'entraîne peu à peu, comme pour tous les exercices du corps.

La lumière est faible sous les eaux ; Tobscuritè augmente à mesure qu'on s'éloigne de la surface ; bientôt elle devient telle que le plongeur se dirige et travaille à tâtons, surtout sur les fonds vaseux et dans les ports, où Ton ne voit plus rien à 4 ou 5 mètres de profondeur. On a imaginé, pour remédier à ce grave inconvénient, d'employer des lampes à huile, à esprit-de-vin, ou même de simples lanternes munies de bougies. Un tuyau, communiquant avec une pompe foulante, apportait Tair nécessaire à la combustion; un autre, remontant à la surface, permettait le dégagement des produits de la combustion.

Sans parler des innombrables inconvénients que présentait, dans la plupart des cas, la manœuvre de ces lampes avec leurs deux tuyaux, leur lumière était toujours impuissante à percer Tobscurité des eaux. L'air dense envoyé par la pompe donnait lieu au singulier phénomène observé dans les tubes à air comprimé ; les mèches charbonnaient, la lumière était pâle et l'éclairage ne durait guère qu'un quail d'heure. MM. Rouquayrol et Denayrouze ont su éviter habilement ces difficultés en employant la lumière électrique. Une lampe de fer ou de fonte, parfaitement étanche, renferme un régulateur de lumière électrique, du système de M. Serrin. Les fils conducteurs du courant, enfermés dans un tuyau de caoutchouc, pénètrent dans la lampe en traversant un presse-étoupe. Le courant électrique est produit par une pile de 50 éléments, et un jet éblouissant de lumière, dont l'intensité égale celle de deux mille becs de lampes

Carcel, éclaire la marche du plongeur. Lesparoisde la lampe résistent à la pression exercée par l'eau, fit les gai qu'elle renferme, dilatés par la chaleur, s'échappent par une petite soupape analogue â celle du poumon artificiel.

La régularité de la lumière ainsi produite ne dépend

que du régulateur lui-même, et nullement de la profondeur : elle dure environ trois heures en gardant la même énergie. Il suffit de changer les charbons pour retrouver la même intensité.

On emploie très-gènèralement les plongeurs àla recherche des corps tombés à la mer. Combien de précieux objets ont été par ce moyen dérobés à l'Océan, malgré la

vase ou le sable qui commençait à les recouvrir! Le plongeur cherche patiemment, à son aise; il voit aussi clair qu'en plein jour; il scrute les coins les plus obscurs; il inspecte le sol pierre à pierre ; il jalonne sa route et se donne le moyen de ne visiter qu'une fois chaque place, chaque fente de rocher. Ses patientes investigations sont rarement inutiles. Nous trouvons dans Texcellente notice sur les appareils Rouquayrol-Denayrouze, un exempte remarquable de sauvetage effectué à l'aide de ces instruments, a Les paquebots le Gange^ des Messageries impériales, et V Impératrice, de la compagnie Valéry, s'étaient abordés dans l'avant -port de Marseille. U Impératrice BlOM une de ses roues cassées et les chambres des officiers, qni étaient dans les tambours, ont été brisées. L'une d'elles contenait une caisse remplie d'or, qui tomba dans la vase épaisse qui forme le fond du port de Marseille. Il fallait Je lendemain, retrouver le précieux colis. La mer était trèsmauvaise, et l'on ne savait pas l'endroit exact de l'abordage ; la vase était molle, noire. On laissa tomber, à l'endroit que Ton croyait le plus rapproché de la caisse, un gros plomb de 60 kilogrammes. Ce plomb portait deux cordes divisées par métrés ; deux plongeurs les tendirent en sens inverse, et, prenant chacun le nœud correspondant au métré, ils décrivirent des cercles concentriques, regardant, tâtant le fond à chaque pas. Au bout de trois heures de recherches, Tor était retrouvé et rendu à son propriétaire, qui suivait cette manœuvre avec une anxiété facile à concevoir. Ce sauvetage a été exécuté le 19 février 1867 par M. Barbotin, entrepreneur de travaux sous-marins à Marseille*. » ,

Sauvetage des navires russes à Sébastopol par Gowau.

Un ingénieur américain, Gowau, opéra naguère un sauvetage bien plus important, un véritable travail her-

* LArt de plonger et de travailler sous Veau, (5, boulevard du Prince-Eugène, Paris.)

L'HOMME ET SES TRAVAUX AU FOND DE LA MEll. 499

culéen^ sans antécédents dans l'histoire de Tindustrie. Le prince Mentschikoff» serré de près dans Sébastopol par l'armée anglo-française, reconnut immédiatement que le point faible de la ville était sa rade. L*amiral Duperré voulait en forcer Fenlrée. Par une résolution aussi habile qu'énergique, le prince russe déjoua ce projet. Il fit couler bas une ligne de vaisseaux et de frégates entre le fort Catherine et le fort Alexandre. Une seconde ligne de bâtiments fut coulée bas, pour combler les vides créés dans cette digue 80u»-marine par les tempêtes que la fin de Tautorane déchaîne sur cette mer. Enfin, lorsque l'heure de la retraite eut sonné pour les Russes, ils voulurent dérober aux vainqueurs les derniers restes de leurs vaisseaux; quelques épaves seules erraient sur la baie. Le fond limoneux de la rade abritait au moins cent navires, représentant une valeur de plus de 350 millions de francs.

Le dépôt confié à la mer avait été disposé de manière à résister autant que possible à son action délétère ; on avait recouvert de brai ou de suif toutes les parties susceptibles d*étre détériorées, telles que les machines et toutes les pièces métalliques. La paix conclue, la lutte s'engageait entre l'homme et la mer. M. Gowau revêt un équipement de plongeur ; il descend sur la vase molle, et il visite les cadavres à demi ensevelis des navires. Les uns seront retirés d'un seul bloc, les autres pièce à pièce. La mer rendra tout le dépôt qu'elle a si bien gardé.

Une pompe gigantesque, enlevant jusqu'à 1,000 tonnes par minute, va puiser l'eau dans lïntérieur des navires, dont les sabords et les écoutes sont imparfaitement fermés. Cette puissante machine vide tout à coup la coque d'un navire submergé. L'allégement est si subit, que la coque est enlevée jusqu a la surface par la poussée de la mer avant que leau ait pu l'envahir de nouveau. Une énorme chaîne de 300 mètres de long, et dont chaque anneau pesait 150 kilogrammes, était Tauxiliaire de la pompe, ou servait au défaut de cette

dernière. Enfin, un détachement de plongeurs étaient occupés à chercher les débris séparés, et déjà à demi ensevelis sous le limon sous-marin. L*homme triompha de la mer.

Radoubage des navires effectué sans les sortir de l'eau, et même en marche.

Si Futilité des appareils plongeurs est grande lorsqu'il s'agit d'exécuter des recherches ou des travaux sousmarins, elle est bien plus grande pour le marin qui veut nettoyer la carène de son navire ou môme réparer une avarie fortuite. Nous voyons s'augmenter chaque jour l'importance des organes placés, dans les navires, audessous de la ligne de flottaison. La marine à vapeur surtout exige l'emploi très-fréquent de plongeurs. Un appareil comme le scaphandre, dans lequel la vie d'un homme est confiée à une simple étoffe, est peu fai pour supporter les rudes épreuves de la mer. L'appareil Rouquayrol-Denayrouzene présente pas du tout les mêmes inconvénients.

Si l'on veut nettoyer la carène d'un navire ou le radouber, on n*a plus besoin, cotnme on le faisait autrefois de l'amener dans les docks, ce qui cause la perte d'un temps précieux et occasionne de grandes dépenses. On passe sous le navire une échelle de corde à barreaux de bois ou de fer. L'échelle tendue, le plongeur descend à la mer et s'accroche aux barreanx de l'échelle au moyen d'un triangle dont la base est en fer, les deux côtés en corde et le sommet un croc de fer. Il travaille comme un couvreur. 11 n'a même pas besoin d'employer ses mains à se soutenir. 11 peut verser de l'air dans son habit de manière à se coller pour ainsi dire aux parois du navire, et il se trouve soutenu sans aucune peine.

Le célèbre monitor américain le MianUmomah revient de Gronstadt avec de très-graves avaries ; les matelots de la frégate américaine le Colorado le réparent en rade

de Cherbourg, par un mauvais temps. Le travail ne dure que cinq jours, Ënti'ë dans la Méditerranée, il a de nouvelles avaries dans un luyau placé à l'arrière du navire. Les matelots du Miantonomah, pourvus de l'appareil de MM. Rouquayrol-Denayrouze, dont ils ne s'étaient jamais servis, réparent le tuyau dans sept heures de travail.

Fig.66.— Radaiibige de U cale d'un navire en marche- Cette question du nettoyage de la carène en cas de campagne, surtout dans les pays chauds, est très-impoi-tante. En adoptant, sur les paquebots, les appareils destinés à ce service, on économisera beaucoup de charbon. Dans cent neuf heures de travail sous l'eau, le bélier cuirassé le Taureau, qui était sorti du bassin depuis quatre mois, e dont la coque était déjà couveile d'her-

202 LES Merveilles du fond m la mer.

bes de O'^ylS de longueur» de petites coquilles, de moules, a été entièrement nettoyé, et les expériences des machines, faites immédiatement après, ont donné la vitesse de 12 nœuds 8, superbe résultat pour ce navire.

Quel meilleur auxiliaire pour le mécanicien que cet appareil? Il lui permet de veiller constamment sur les parties délicates et toujours immergées de sa machine, de vérifier, avant l'appareillage, ses prises d'eau, Tétat de son hélice, de son presse-étoupe, etc. Tous ces travaux se font en quelques minutes, surtout si le mécanicien ne néglige pas de faire de temps en temps ses visites à la mer.

Cet appareil peut, en cas d'accident, rendre d'immenses services. Que de navires échoués sur un banc de sable ou jetés sur un récif, auraient été sauvés, si Ton avait eu une connaisance exacte du fond, si l'on avait pu boucher une voie d'eau ou faire tout autre travail sousmarin I

Les sensations du plongeur. — Profondeur à laqueUe il peut descendre.

Il y a cependant une limite au delà de laquelle il est extrêmement dangereux de descendre, pour ne pas dire impossible. Cette limite est d'environ 60 mètres. Le plongeur y est soumis à la forte pression de 7 atmosphèi*es ; le moindre incident met sa vie en danger. Nous en trouvons un curieux exemple dans les Annales du sauvetage maritime. (Mai 4866.)

Le 17 février 1865, vers trois heures de laprès-midi, on aperçut d'Ouessant un vapeur en feu, très-ras sur l'eau, désemparé et sans embarcations, les parois brisées, naviguant sous un hunier, le perroquet et Je foc : d'autres voiles pendaient en lambeaux aux ralingues. Au lieu de mouiller dans la baie du Stiff, située à l'est de l'île d'Ouessant, vers laquelle il semblait se diriger, ce

navire s'engagea dans les récifs, entre Tune des pointes de cette baie et le Hen-Gorn, et ne tarda pas à talonner dessus. On voyait les marins courir sur le pont comme des fous. La mer était démontée» le vent d'une violence extrême; de terre on ne pouvait tenter aucun secours, faute d'amarres et d'appareils pour les lancer à bord. D'ailleurs, la marée montante dégagea bientôt le navire, qui privé de son gouvernail, brisé sur les rochers, se trouva drossé par les vents et les courants dans le chenal de la Belle. 11 avait en outre une voie d'eau, car son arrière s'enfonçait lentement, et une heure après il dispa* raissait, au moment où l'obscurité commençait à se faire. Il pouvait être 4 heures 1/S du soir. (Ce navire était le Columbian.)

51 août, départ de Hodéne à 4 heures 50 minutes du matin. Vers 11 heures, les pilotes croient avoir accroché le Columbian, Le Flambeau mouille sur quatre ancres, à peu près sur l'emplacement indiqué. Une sonde jetée par le capitaine donne le pont du Columbian par 55 mètres ; les sondes rapportent du charbon de terre, du minium, de la peinture noire. Le fond, au sud-est du navire, est à 62 mètres, et au nord-ouest à 70 mètres. L'ancre nord se trouve par 75 mètres. La pose des quatre ancres est terminée à une heure. Pendant que les hommes dînent, nous préparons la pile et la lampe, qui brûle bien à l'air. Les pompes et tous les appareils sont mis en état. A 5 heures 25 minutes, on coiffe le plongeur Deschamps de son casque.

Voici maintenant le récit qu'il fait lui-même des impressions reçues pendant les deux descentes :

Première épreuve. 11 descend marche à marche avec les mains, et les compte de dix en dix, en faisant un temps de repos à chaque dizaine (les échelons sont espacés de 0<*,55). 11 reçoit et transmet les signaux très-régulièrement. Au cinquantième échelon, l'eau entre par la soupape de derrière, qu'il ferme un peu ; au soixantième, il achève de la fermer; au cent vingtième (40 mètres), l'eau entre par

la soupape de devant, qu*il commence à serrer. Il demande plusd*air. Au cqnt soixantième échelon (55 mètres), il fait une pause un peu plus longue ; il serre davantage sa soupape; l'air ne sort plus que par globules. Il compte cent soixante-quatorze échelons : Téchelle ne porte pas à terre; il sent les gueuses en fonte qui ont servi à la tendre et peut encore les distinguer; il s*y suspend et pose ses pieds à terre, dans un sable très-mou, où il s'enfonce. Au moment où il se baisse pour ramasser quelque chose de blanc comme un caillou, il se sent enlevé avec une vivacité extrême, ses pieds battent contre chaque échelon ; il tient l'échelle d'une main, et ne peut parvenir à s'y attacher de l'autre. II est arrivé un accident aux pompes et il n'en a rien senti. Au cinquantième échelon, il a perdu de vue la lampe et les fils, ils lui apparaissent fins comme des fils de laiton ordinaires, l'un plus fin que l'autre. La soupape du casque ne chantait pas du tout. En touchant le sol, il a senti l'eau rentrer dans son pied droit et suinter de partout comme une sueur.

Deuxième épreuve^ Au quarantième échelon, l'eau entre par la soupape de derrière; il la visse en partie, et il est obligé de la fermer au soixantième. A 50 mètres, l'eau entre par la soupape de devant qu'il tient presque complètement fermée, à 60 mètres l'eau entre par la jambe ; il ferme la soupape et se pose sur le sable, qui s'enfonce. La pression est générale sur tout le corps, elle s'exerce sur la vessie, qui se vide malgré sa volonté. Cet effet a également été éprouvé, mais avec moins d'intensité, en posant le pied sur le sol la première fois. Il détache l'un des bouts de sa corde de guide, il peut distinguer cette corde, les gueuses, ses mains, et il fait une vingtaine de pas. Il a beaucoup de peine à retirer ses pieds du sable, dans lequel il semble être enraciné. Tout à coup ses yeux s'obscurcissent, sa tête tournée, il revient instinctivement à l'échelle et demande à remonter, autant que ses forces le lui permettent. Il commence son ascen-

sien, se sent retenu par sa petite corde de guide, ii ia coupe avec le poignard et remonte alors seul, très-rapidement, ayant perdu connaissance. Un choc violent le ranime : il reconnaît les flancs du navire contre lequel son casque a porté, et reprend courage. Il agite sa main à la surface de Teau et se sent tiré vers le fond. Son casque ayant remonté, le collier lui bouche complètement la respiration. Il se sent saisi par le bras et s'accroche à une corde qu'il sent près de sa main. Il perd de nouveau connaissance un instant très-court sur le canot, et demande à être remonté sur le pont aussitôt que son casque est dévissé. La main droite le fait beaucoup souffrir, l'air lui manque, il a froid aux extrémités; son cou est trèsdouloureux, et il ne peut respirer. Deux fois il perd à peu près le sentiment et la respiration à bord. Sa vue est trouble, tout tourne autour de lui, sonregardest sans fixité. L'état du plongeur et celui des appareils nous font reconnaître unanimement que ces derniers ne peuvent pas fonctionner avec régularité à une pression normale de six atmosphères, et qu'il serait très-imprudent d'exposer la vie des hommes pour un travail suivi sous cette pression. Le plongeur voudrait recommencer l'expérience. Ni le capitaine ni les ingénieurs ne veulent le lui permettre. Ces expériences enseignent que, jusqu'à 40 mètres de profondeur, le plongeur conserve bien sa respiration, la rétractilité volontaire de ses organes, sa présence d'esprit, mais qu'arrivé à des profondeurs supérieures à 50 mètres, la pression extérieure produit sur les organes internes des effets physiologiques indépendants de la volonté. Quarante mètres, telle est donc la profondeur, indiquée par l'expérience, au delà de laquelle il ne faut pas espérer d'entreprendre, avec quelques succès, un travail un peu prolongé sous l'eau de mer... En deçà de cette limite, on peut, avec toute sécurité pour la vie des hommes, tenter et réussir le sauvetage de tout navire sombré, dont l'importance j ustifiera lesdëpenses exposées. . •

(Carvallo).

a06 LES MERYEULES DU FOND DE LA MER.

Extrême difficulté que présentent les travaux sous-marins. — Fondations sous-marines. — Blocs artificiels fabriqués sur place.

La limite de 60 mètres imposée aux promenades sousmarines de l*homme est bien faite pour nous montrer notre faiblesse. Malgré tous les efforts du génie, nous ne pouvons pénétrer dans l'empire des eaux. Nous restons sur le seuil. Cependant nos visites à la mer, quoique bornées, ont une grande importance théorique et pratique. Nous en avons cité plusieurs exemples*

Les constructions sous-marines sont encore un des magnifiques chainps où l'art du plongeur est presque indispensable. Quel travail 6»érieux peut exécuter l'ouvrier qui agit en aveugle, lançant ses matériaux presque au hasard, et les livrant au bon plaisir d'un élément qu'il n'ose pas affronter? Son œuvre aura-t-elle beaucoup plus de valeur, s'il doit plonger et sortir de l'eau à chaque instant, ne jetant qu'un rapide coup d'œil sur un travail qu'il n'a pas le temps de refaire, ou dont il ne petit, dans les courts intervalles de sa vie sous-marine, corriger les défauts?

Quand l'homme aura, tous les jours, versé à profusion les matériaux sur le fond de la nier, qu'une colline artificielle surgira, nouveau récif, au-dessus d'un abîme, il se verra, près de la surface, continuellement arrêté. Pendant le calme, les matériaux s'élèveront sans peine audessus des eaux : il s'enorgueillira, se vantera d'avoir subjugué la mer. Mais voilà qu'une tempête déchaîne contre ses fragiles travaux des vagues furieuses ; ils disparaissent comme par enchantement. On dirait que la mer n'a laissé quelque répit à l'homme que pour mieux l'humilier, en détruisant en un instant l'ouvrage de plusieurs années.

La belle digue de Cherbourg, Tun des plus gigantesques travaux des temps modernes, n'a-t-elle pas été plusieurs fois rasée par la mer avant de s'élever glorieuse en

L'KOHHE ET SES TRiVAUX AD FOND DE LA MER. SOI facfi de la cdte, et d'opposer aux flots une barrière infranchissable ? On se contentait jadis de répandre k profusion, sur le fond de la mer, des blocs de rochers, des pierres, du béton; de les entasser pêle-mêle, comme Taisaient les géants de la Fable, poussés par la folle prélenlion d'escalader le ciel. On agit maintenant avec moins de précipitation, mais plus de connaissance de cause ; on superpose

Fig.GT. — Lancement de bloci ortiflciels.

lentement des blocs énormes, sur lesquels la mer exerce vainement sa fureur. On les fabrique même sur place, en remplissant d'immenses caisses rectangulaires d'une sorte de béton grossier, qui se durcit au contact de l'air et surtout de l'eau (fig. 67).

Quand le bloc est asses résistant pour affronter la submersion, on le dépouille de son enveloppe et on le descend à la mer. Mats, avant tout, il faut que le ploni

30S LES HERVEILLBS DU FOflD l)E LA MEK.

geur ait parfaitement nivelé la place sur laquelle reposera la première assise de cette muraille cyclopéenne. Armé de pinces ou de leviers, il soulève le bloc et le pince exactement dans la position indiquée par l'ingénieur. Ce travail force les plongeurs de monter ou de descendre à chaque instant ; il faut que, sans cesse, ils escaladent les blocs, et qu'ils les volent sous toutes les faces. Munis de

Flg.68. — Coupe venlcale de la digae de Cberbourg.

A, l!nnicl»iiii>nl> en lOMllons O, AuiKi M Mlon.

B, Blaa nitureli. B. HuraJUr an nurtier b)driulique,

C, Bisci >nillci«li. F. Hrvuenl en granit.

l'appareil Rouquayi-ol-Denayrouze, ils peuvent, à l'aide d'un simple robinet, gonfler ou dégonfler d'air leur vêtement de caoutchouc, qui joue parfaitement le rôle d'une vessie natatoire. 11 leur suffit de tourner un robinet pour exécuter sous l'eau, sans aucun effort, les manœuvres les plus variées. Les blocs se superposent régulièrement les uns aux autres, et de manière à neutraliser autant que possible les incessantes attaques du flot.

l/HOHHE ET SES TMVAUX AI) FOND l)B LA KEtl. 2<W

Glocbes 1 ploageun. — Appareifs Bus 1 air camprimé.

La plus grande précision doil préaider aux Irayaui sous-marins. Ils perdent en durée lout ce qu'ils perdent en précision. Aussi, avant l'Invention de ces ingénieux appareils qui font presque de l'homme un animal am-

phibie, la cloche à plongeur était-elle d'un usage universel sur les côtes où Ton construisait des jetées, des fortifications, des phares, des ports, des bassins ; en un mot, partout où l'on exécutait d'importants travaux sousmarins.

La cloche à plongeur, avons-nous déjà dit, se compose d'une grande cloche de fonte, communiquant par sa partie supérieure avec une pompe foulante.

Retournons un verre à boire sur une cuvette pleine d*eau ; l'air qu'il renferme diminue de volume à mesure qu'on l'enfonce dans l'eau, car on voit cette dernière pénétrer dans le veiTe. L'air se réfugie dans la partie supérieure du vase ; là, il se comprime de plus en plus, empêchant l'eau d'envahir le tout. Ouvrons le fond du verre et faisons communiquer son intérieur avec un réservoir contenant de l'air aussi comprimé que celui dont nous avons réduit le volume, l'eau gardera le même niveau. Comprimons davantage l'air du vase, il envahira le verre et chassera Teau. C'est ce qui arrive dans la cloche à plongeur.

Elle porte des bancs, ou des madriers transversaux. C'est là que les ouvriers se tiennent pendant qu'on descend l'instrument (fig 69). Lorsqu'on arrive au sol, l'air de la pompe chasse complètement l'eau de la cloche, les ouvriers quittent leurs bancs et travaillent sur le fond de la mer. Comme ils ne peuvent sortir de leur cellule étroite , leur action est limitée à un très-petit egpace, inconvénient auquel on remédie par un déplacement latéral de la cloche, et qui s'annule si le travail à exécuter conBigte, comme cela arrive souvent, dans une fouille à pratiquer en un lieu déterminé. On peut même, dans ce cas, remplacer avec avantage la cloche par un appareil à air comprimé, dont la forme dépendra des conditions dans lesquelles on est placé, C*est à un artifice de ce genre que Ton doit le rapide achèvement du magnifique pont construit, il y a quelques années, sur le Rhin, près de Strasbour

or

Chacune des piles de ce pont repose sur quatre caissons en tôle de 8"», 80 d'épaisseur, 7 mètres de largeur, 5'",80 de longueur, 3'",40 de hauteur, et pesant chacun plus de 50000 kilogrammes. Chaque caisson était ouvert à sa partie inférieure (fig. 70). La partie supérieure portait trois cheminées, dont une médiane et deux latérales- Toutes trois s'élevaient au-dessus des eaux du Rhin, La médiane s'ouvrant à l'air libre à sa partie supérieure.

L'UOHHE ET SES TRAVAUX AU FOND DE LA HËR. -iH l'eau s'y maintenait au niveau général du fleuve. Elle renfermait une drague, mise en mouvement par une machine à vapeur. Cette drague, ainsi que la cheminée, descendait jusqu'au gravier du fond. Les ouvriers chargeaient les coiiiparliments de la drague qui déversait sa charge hors du fl«uve.

Fig.70. — Appinil t air comprimé.

Les deux cheminées latérales, au lieu de pénétrer, comme l'autre, jusqu'au sol à creuser, s'arrêtaient à la partie supérieure du caisson. Les ouvriers s'enfermaient d'abord hermétiquement dans une chambre réservée au haut de la cheminée, puis on mettait cette dernière en communication avec des machines soufflantes. L'air poussé par ces machines, se comprimait dans les cheminées latérales, refoulant petit A petit l'eau dans leur intérieur

jusqu'au caisson, puis jusqu'au gravier. Les courriers descendaient alors dans le caisson et apportaient à la drague les matières arrachées au lit du fleuve. Quand les ouvriers voulaient sortir, ils remontaient d'abord à la partie supérieure des cheminées latérales ; on ralentissait Faction des machines soufflantes, de manière à diminuer graduellement la pression de Tair qu'ils respiraient. L'eau montait en même temps dans les caissons et de là dans les cheminées latérales, jusqu'à ce qu'elle y eût atteint le niveau général du fleuve. On ouvrait alors la portière, et les ouvriers sortaient de leur prison, sorte de cloche à plongeur d'une forme spéciale et appropriée à des usages particuliers.

Hydrostat sous-marin de Payerne.

M. le docteur Payerne a beaucoup perfectionné la cloche à plongeur. Son hydrostat sous-marin présente Timmense avantage de pouvoir flotter sur l'eau, d'être submergé ou ramené à la surface par les ouvriers enfermés dans les flancs de cette lourde machine. Trente hommes peuvent y travailler à Taise pendant plusieurs heures consécutives, sans en être aucunement incommodés. Il est donc d'une grande utilité pour tous les travaux à exécuter au fond des ports et sur les points qui s'ensablent.

Le principe de cet appareil est très-ingénieux. Il a extérieurement la forme d'une grande caisse rectangulaire, surmontée d'une autre un peu moindre. Le tout peut se fermer hermétiquement sauf par-dessous, où Ton a laissé une large ouverture.

L'hydrostat renferme trois compartiments principaux. L'inférieur, ou la calej est ouvert par le bas, et communique par une large cheminée, ou bure^ avec le compartiment supérieur, ou entrepont Entre eux est un troisième compaitiment ou faux-pont, qui ne communique avec ses voisins que par des robinets. Tout autour de lacale et du

L'HOMME ET SES TRAVAUX AU FOND D£ LA HER. 313 faux-pont, règne une galerie hermétiquement fermée, et reliée à ces deux compailimentsseulemeotpar d'excellents robinets. La partie inférieure^ de cette galerie renferme des matièrea pesantes destinées à lester l'appareil ; sa partie supérieure se remplit à volonté -d'air ou d'eau (flg. 71).

Kig. 71.- Uydro-lal siius-miiriii.

Quand l'hydrostat flotte, la cale et une partie de la bure sont pleines d'eau ; le faux-jmnt, sa galerie et l'entrepont sont pleins d'air. Une pompe aspirante et foulante est placée dans ce dernier, où se tiennent alors les ouvriers.

Lorsqu'on veut faire descendre l'hydrostat, on ferme hermétiquement une ècoutille de Ventrepont et la porte de la bure. On manœuvre la pompe, de manière à puiser

de Teau à l'extërieur et à la faire pénétrer dans le fauxpont et sa galerie. Un tube, muni d'un robinet, fait communiquer la partie supérieure du faux-pont avec la cale. On ouvre ce robinet ; Tair, comprimé dans la partie supérieure du faux-pont^ descend dans la cale. En même temps que celte dernière se remplit d'air comprimé, l'appareil se charge d'eau, devient plus lourd, et descend au fond de la mer. L'eau qui était dans la cale est, il est vrai, sortie ; mais le volume de. ce compartiment est égal à celui du faux-pont. La cale était pleine d'eau ; actuellement ce sont le faux-pont et sa galerie. Les ouvriers ouvrent alors la porte de la bure et descendent dans la cale. Quelques aides restent dans Ventre" pont y pour y arrimer les m^itériaux extraits, et pour manœuvrer la pompe en cas de besoin.

Lorsqu'on veut revenir à la surface, les travailleurs re» montent à Y entrepont par la hure qu'ils ferment ensuite hermétiquement. La pompe est manœuvrée de manière à aspirer l'air de la cale, à le refouler dans le faux-pont et { de là dans la galerie. L'eau s'échappe par un conduit communiquant avec l'extérieur. Vhydrostat reprend sa légèreté en même temps que la cale se remplit d'eau, et bientôt il flotte comme primitivement. C'est alors qu'on ouvre Vécoutille de Ventrepont, et qu'on ramène, au moyen d'un treuil et de câbles, l'hydrostat au point de son débarquement, ou qu'on l'amarre à des bouées près du lieu de travail.

La cale est carrée. Elle mesure 8 mètres de côté sur 2 mètres de hauteur. Le faux-pont aies mêmes dimensions. V entrepont a la même hauteur, mais il n'a que 5 mètres de côté. Uhydrostat^Aonc 6 mètres de hauteur, et sa base, dont le plancher est le fond de la mer, a 64 mètres carrés de surface. Nous avons déjà dit qu'une galerie complètement fermée entoure les deux étages inférieurs. Elle est, comme le faux-pont, divisée en plusieurs compartiments plus petits, qu'on peut faire communiquer entre eux ou rendre indépendants les uns des autres au moyen de robinets.

L'HOMMfi ET SES TRAVAUX AU FOND DE LA MER. 215

Vhydrostat som-marin de M. Payerne résout donc à la fois plusieurs difficultés. Une manœuvre intérieure le submerge et le transforme en une cloche à plongeur ; puis elle le ramène à la surface ou le change en un radeau qui se déplace à volonté. Cette ingénieuse machine a déjà fait ses preuves. Le port de Fécamp était encombré de galets, qui fermaient son entrée à tous les navires d*un fort tonnage. L'hydrostat a fonctionné, et le port, débarrassé, est rouvert au commerce. Le même instrument serait employé avec fruit à des reconnaissances sous-marines dans le voisinage des côtes.

On aime mieux en général faire les ports en creusant de vastes bassins dans le voisinage des côtes, qu'en cherchant à enfermer par des jetées de grands champs de la mer. On marche plus librement à l'air libre, les travaux s'exécutent rapidement, et l'on n'est pas exposé à voir la mer les renverser en un instant. Le port enfermé par des collines, ou port naturel, a le double avantage de mettre les bâtiments à l'abri des vagues et des vents. Mais, si le port se comble petit à petit, si les alluvions marines obstruent son entrée, Vhydrosiat sera employé avec succès.

Navire soushmarin de l'ingénieur français Villeroy.

Que d'engins sous-marins de destruction ou d'investigation l'esprit humain n'a-t-il pas imaginés? Les navires sous-marins, les cloches ou lesvêtements de plongeur, les brûlots sous-marins ou torpilles, ne lèmoignent-ils pas de l'activité développée chez l'homme par la mer?

M. Villeroy, ingénieur français, construisit, il y a quelques années, à Philadelphie, une remarquable machine destinée à flotter dans l'eau comme le poisson, à toute profondeur, suivant le caprice de son conducteur. Ce navire sous-marin a la forme d'un long cylindre terminé par deux cônes. Il est hermétiquement fermé. La lumière y pénètre par un grand nombre de fenêtres circulaires, prati-

■îlO LES MERVEILLES DU FOND DE LA HEH.

quéea danssoii enveloppe de Mie, et fermées par des glaces épaisses. Une ècoulille permet d'entrer dans le navire ou d'en sortir. Des tubes de gutta-percha, placés dans l'intérieur, communiquent avec l'extérieur par un conduit muni d'un robinet. Une pompe permet de les remplir d'eau à volonté. Lorsqu'on veut s'enfoncer dans la mer, on fait

Fig. li. — Navire sous-marin Je Villei-oy.

pénétrer de l'eau dans ces tubes. On les vide quand on veut remonter à la surface. Une hélice, placée à l'arrière du navire, est mise en mouvement par une machine enfermée dans les flancs du monstre sous-marin.

Le bâtiment de M. Villeroy avait 55 pieds (H'°,55) de longueur et 44 pouces (l*", 11] de diamètre, L'hélice avait 3 pieds (1 métré) de diamètre. En éclairant le fond de la mer au moyen d'une lumière électrique placée dans l'inté-

rieur d'un navire, on aurait un moyen très-commode d'explorer le fond de TOcéan, au moins dans le voisinage des côtes.

Ce bateau, construit pendant les guerres d'Amérique, à l'époque où Tenfantement des momtor^ jetait la frayeur dans le monde entier, est le digne pendant de la torpille, cet engin de guerre si terrible, qui tue au moment où l'on se croit à l'abri de toutes poursuites, cette mine destinée à faire sauter les ouvrages les mieux construits, et à briser les navires aussi facilement que peut le faire la plus violente tempête.

Emploi des torpilles pour dégager les passes et l'entrée des ports.

Dans notre siècle, que l'on peut appeler avec raison le siècle du progrès, puisqu'il a vu se développer les idées de fraternité et de solidarité sans lesquelles nous sommes à peine supérieurs aux bêtes féroces, combien d'engins de destruction ont été détournés de leur destination première, et sont devenus, au profit de l'humanité, de puissants moyens de sauvetage I M. Delvigne transforme le canon en porte-amarres, et le boulet apporte au naufragé la nouvelle de sa délivrance. M. François Tixier fait de la torpille un instrument de salut. Le Pilote dunkerquois rapporte une opération dont le succès ne laisse aucun doute sur les heureux résultais que l'on est en droit d'attendre de ce terrible et docile auxiliaire de l'homme.

« La goélette Virginie^ de Saint-Malo, coulée dans la passe du port par le bateau à vapeur Zingari, a été démolie en partie par l'explosion d'une torpille placée sous l'eau, dans la cale, par M. François Tixier, qui avait entrepris cette opération et l'avait menée à bonne et complète réussite. Les phases par lesquelles devait passer l'explosion, et jusqu'au laps de temps qui devait s'écouler entre la mise de feu (par la mèche Bickford) et le résultat lui-même, avaient été indiqués à l'avance avec une précî-

sion remarquable, que lesfaits ont pleinement confirmée, et qui ont été constatés par de nombreux spectateurs, parmi lesquels se trouvaient MM . le ministre de l'instruction publique et des cultes, le recleur de l'académie, le sous-préfet, le maire, Lefebvre adjoint, le commandant du bateau de l'État l'Aveme, le capitaine de service du port.

Fig. 73. — Dégigerocnt d'une passe.

Les spectateurs ont salué de leurs acclamations la projection des débris et du sable à la surface de l'eau qui bouillonnait, indiquant le résultat de l'opération, et confirmant toutes les données de l'entrepreneur. Cette expérience prouve aujourd'hui que nous avons un élément utile de plus pour débarrasser, en cas opportun, les ports ou passes, pour y prévenir les sinistres du genre de ceux que nous avons eu à déplorer trop souvent depuis quelque

L'HOMME ET SES TRAVAUX At) FOND DE LA MER. 219

temps. Nous ne devons plus recourir à nos voisins d'outremer, nous saurons à quelle porte, chez nous, il faudra frapper en cas de nécessité. La partie restante du navire sera enlevée f-ar le même moyen, et l'entrée du port sera complètement débarrassée de cet écueil qui a failli causer de graves accidents aux navires arrivés à Dunkerque depuis son échouement. »

Il est rare que Ton ait besoin d'un instrument puissant comme la torpille, mais il faut souvent faire jouer la mine au fond de la mer. On a recours au plongeur. Il dirige le trépap mû à bras ou à vapeur; au besoin il déblaye autour de lui. Quand le trou est percé, c'est lui qui place le vase en fer-blanc rempli de poudre ou de nitro-glycérine. Il le recouvre de ciment et le met en communication avec le rivage par des fils conducteurs d'un courant électrique ou par une mèche brûlant sous l'eau. Le plongeur se retire. On allume la mèche, ou l'on fait passer un courant dans les fils, et l'explosion se produit.

Quand la profondeur est grande, l'action de la poudre est prodigieuse. Comprimés par une colonne d'eau, les gaz attaquent plus vivement le rocher et le fendillent de mille manières. Le bouleversement est profond ; à la surface presque aucun indice ; on ne voit qu'un léger soulèvement de J'eau, des poissons morts flottent au-dessus de la mine, et l'on sent une sourde commotion. Si la colonne d*eau est faible, une grande gerbe est projetée en l'air au moment de l'explosion, les roches sont peu attaquées. Aussi, dans les pays de marée, l'on attend le moment de la pleine mer pour mettre le feu à la poudre.

Cette précaution est surtout nécessaire lorsque la roche à détruire est accidentée, qu^elie présente de profondes anfractuosités et qu'on peut la faire sauter en se contentant d'enfermer la poudre dans des bouteilles de grès placées dans une fente copvenablement choisie.

us MERVEILLES l)U FOND DE L& MER.

Lee travailleurs sous-marîns ne s'arrêtent pas au fond ; ils descendent plus bas encore. Au-dessous de la mer, comme dans les flancs de nos montagnes, la nature enferme ses trésors. La houille, le fer, l'ètain et les autres métaux sont tirés quelquefois d'une grande profondeur. Un puits vertical sert à faire communiquer avec l'extérieur les galeries MMifprraines horizontales, d'où l'on extrait le

lu comli' de Carnouailles (Angleterre,

minerai. En piusieui s points des cAles anglaises, le m n'a pas craint de prolonger ces galeries sous la mer, au risque de se voir englouti si la moindre fissure laisse un passage à l'eau. Hais ce danger, ne 1» court-il pas aussi bien ailleurs? Les nappes d'eau, reconnues parle géologue dans l'épaisseur de i'écorce terrestre, suffisent et au delà pour détruire en un instant les plus gigantesques ouvrages souterrains.

L'entreprise n'est donc pas aussi hasardeuse qu'elle le ■ paraît au premier aboid, elle présente paHoatà peu près

les mêmes difficultés. Le grisou ne se dégage-t-il pas aussi bien dans les mines sous-aériennes que dans les mines sous-marines? Ses effets sout-ilsdans un cas moins redoutables que dans Tautre? Enflammé dans la mine» il ne tarde pas à se trouver à Tétroit dans son enveloppe. Le feu se propage, une explosion détruit les parois du canal souterrain, des collines entières sont soulevées ou déchirées comme par une éruption volcanique. Peu importe au mineur que cette catastrophe l'atteigne sous la mer; il n'y est pas plus en danger qu'au milieu du continent : avant d'être noyé, il sera brûlé ou écrasé. Réservons un peu de notre compassion pour le marin qui veut aborder une côte hospitalière, et qui voit son embarcation démembrée par la violence de l'explosion sous-marine.

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