SON ENTREVUE A BORDEAUX AVEC M. LAURIER
« Le samedi, MM. Jules Favre, Picard, etc., demandèrent une séance de nuit. M. Mag^ne rencontrant M. Picard, qui paraissait fort triste, lui dit : a Prenez g^arde, vous pouvez aller plus loin que « vous ne voudriez. » A quoi il fut répondu : a J'en ai peur. » M. Favre passait; il donna une poignée de main à M» Mag^ne^ qui ne put retenir ces paroles : « Vous allez faire de la mauvaise « besog^ne. — C'est possible «^ répondit M. Favre» Cependant la séance n'eut pas lieu , peut-être parce que la rapidité avec laquelle marchaient les événements n'avait pas permis de préparer les suites qu'elle devait avoir. On l'ajourna au lendemain dix heures, pour examiner dans les bureaux les trois propositions qui avaient été présentées, l'une ayant pour objet la déclaration d'une régence, l'autre la constitution d'un gouvernement provisoire, vu la vacance du trône i avait dit M. Thiers; la troisième, celle de M. Favre, prononçant la déofiéance de la famille impériale. M. Magne, en «e rendant à la Chambre, avait été frappé du nombre énorme de groupes qui couvraient le quai, formés chacun d'une trentaine d'individus qui s'étaient assis tranquillement et attendaient. Ainsi avaient commencé sous ses yeux la révolution de Juillet 1830 et celle de Février 1848; quelques gendarmes, et un simple cordon de factionnaires. M. Magne répéta à M. Palikao ce qu'il lui avait dit la veille : « Vous n'êtes pas en force. — Vous vous trompez, lui fut-il répondu obstinément ; nous avons quarante mille hommes, n
La vérité, c'est qu'il n'y avait qu'un petit nombre de gardes municipaux , et que les autres troupes étaient plus que suspectes. Cependant, on s'attendait dès le matin à une lutte armée, et le ministre des affaires étrangères avait annoncé à l'Impératrice la possibilité d'un combat. « Pour Dieu, messieurs, dit l'Impératrice, pas de « sang versé ! N'est-ce pas, monsieur, dit-elle en s' adressant brus- « quement à M. Magne, qu'elle saisit par le parement de sa redin- (( gote, il ne faut pas qu'il y ait une goutte de sang français u répandu par des Français? En face de l'ennemi, ne nous divisons « pas. Eh! il s'agit bien de la dynastie! Il s'agit de la France qu'il « faut sauver. Si le trône doit tomber, qu'il tombe, pourvu que nous « chassions l'envahisseur. Mais pas de sang inutilement versé pour « la joie et le triomphe de nos ennemis, n'est-ce pas, monsieur? »