AU CAMP DE CONLIE
« M. de Kératry avait donné le 27 novembre sa démission de général en chef de l'armée de Bretagne, et, par une lettre adressée le lendemain au mini'Stre de la guerre et publiée par les journaux, il avait affiché d'une manière éclatante sa rupture complète avec le Gouvernement. Son successeur provisoire, le général Le Bouëdec, après avoir continué à exercer pendant quelques jours le commandement du camp de Gonlie, avait été appelé par le ministre de la guerre à une autre destination , et remplacé en vertu d'un décret du 7 décembre par M. de Marivaux 5 capitaine de vaisseau. Legéné*
ft»8 LE GOUVERNEMENT DE LA DÉLÉGATION
rai Le Bouëdec était parti pour Tours dans la nuit du 8 au 9, annonçant qu'il resterait tout au plus un jour absent, et qu'il reviendrait pour remettre le service à son successeur. M. de Marivaux est arrivé au camp dans la journée du 9 et a demandé quelques-uns des chefs de service; puis , après une courte visite des travaux, il a annoncé qu'il retournerait le soir au Mans et en reviendrait seulement le lendemain pour prendre le service des mains de son prédécesseur.
« A cinq heures et demie, heure où les officiers des états-majors particuliers de l'artillerie et du génie qui vivent ensemble se mettaient à table pour dîner, M. le commandant d'artillerie Hallu est survenu et a fait connaître qu'une dépêche adressée à M. le colonel de Vauguyon et destinée à être communiquée à tous les officiers de l'état-major général ainsi qu'aux chefs de service, annonçait que M. de Kératry, accompagné de M. Glais-Bizoin, arriverait en gare de Conlie entre six heures et demie e.t sept heures. Un officier présent a demandé des explications sur cette dépêche et s'est informé notamment si elle convoquait les officiers à la gare pour recevoir l'ancien général en chef de l'armée de Bretagne. M. Hallu s'est borné à répéter les termes ci-dessus.
« Après quelques hésitations , MM. les colonels Julien et Bousseau se décidèrent à se rendre à Conlie. Ils s'étaient assurés préalablement que les officiers de l'état-major général interprétaient la dé pêche comme une convocation et étaient même déjà partis sans dîner.
« Arrivés à la gare, ils y trouvèrent tous les officiers réunis, et là M. le colonel de Yauguyon remit au colonel Julien une dépêche télégraphique ainsi conçue :
« Général armée Bretagne à chef gare ConUa pour Julien, colonel artillerie au camp»
« ManS) Conlie.
« Par ordre du Gouvernement, veuillez fai»e tirer une salve de u vingt et un coups de canon à l'arrivée de Glais-Bizoin par train « spécial.
tt Kératry. »
a Cette dépêche ayant éveillé vivement ses inquiétudes , le colonel Rousseau s'est adressé à M. de Yauguyon et lui a déclaré qu'il