‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 4 sur 117 · DESSIN ALLEMAND QUI SERT DE FRONTISPICE A CE LIVRE · texte numérisé non relu

DESSIN ALLEMAND QUI SERT DE FRONTISPICE A CE LIVRE

Sur un ciel éclairé par les flammes de l'incendie, sur un fond de terrain couvert de cadavres, se détache une tour crénelée. Une figure de femme casquée, la droite armée de l'épée, la gauche, d'un étendard qui développe dans les airs le mot : Germania, Allemagne , parait sur la plate-forme. A ses pieds le Temps, devenu Fange du châtiment, tient le sablier, pour marquer que la mesure de la patience est cbmble ; il chasse devant lui, à coups de verges, le troupeau français. Paris est pris : Gefallen, gefallen ist Babylon die Stolze, — Tombée, tombée, la Bahylone orgueilleuse! Alors, dans une confusion qui ressemble au désordre d'une orgie brusquement interrompue, fuient pêle-mêle les zouaves et les filles ; ces dames ont fait leurs paquets ; elles passent avec une guenon, qui symbolise leurs vices, au camp des victorieux; c'est l'inventeur de cette épopée qui indique leur changement de domicile et donne leur nouvelle adresse : Wiesbaden, Bade, Hombourg. Elles sont précédées des bohèmes : la muse de Victor Hugo, diadémée de clinquant, et accompagnant le poëte, représenté en vieil Amour jouant de la lyre et brouetté avec Garibaldi : Même de nobles vieillards ne sont pas toujours sages, dit la légende allemande, en parlant de ce dernier. Mais le sabre brisé du noble vieillard marque que ses effoirts seront malheureux. Si sa bra--

Youre est impuissante, que fera la plume de ce méchant sing^e^ sur laquelle est écrit About? Un léopard coiffé d'une casquette de chasseur d'Afrique assouvit sa rage impuissante sur un chassepot jeté sur le sol.

Ce n'est là qu'un côté de la scène ; au milieu, devant l'ange exterminateur, parait le groupe, véritable auteur de la guerre : la princesse Mathilde, Napoléon, qui emporte un rouleau sur lequel on lit : C'est ma faute ^ c'est ma faute ; le pauvre idiot, coiffé comme son oncle, est soutenu par l'impératrice, élégamment vêtue, et précédée du jeune prince auquel l'excès de la douleur n'a pas fait oublier son jeu favori, la balle.

L^ultramontanisme, sous la figure d'un jésuite, et le désolé Baroche, accompagnent le groupe dans sa fuite. A leurs pieds, la couronne impériale brisée, le sceptre tordu, le fameux plébiscite, 7,000,000 de oui^ déchiré, et les ruines des Tuileries. On se demande ce que font là les chapiteaux, les pierres des monuments détruits. Sont-ils des symboles ou des menaces? Non. Ils sont simplement l'interprétation pittoresque du programme de la destruction systématique.

Enfin , à gauche , figurent dans la débâcle , se poussant les uns les autres, tous les hommes qu'une sorte d'intuition a signalés au dessinateur pour jouer un rôle important soit dans la guerre, soit dans la Commune : Trochu, honteux xomme s'il eût déjà capitulé ; Jules Favre, épaté ; Rochefort, appelant les citoyens, avec sa lanterne, moins à la guerre qu'à l'émeute; M. Rouher, regardant son maître; M. Thiers, plein de ces angoisses patriotiques que son voisin n'a jamais ressenties; Gambetta toujours de profil; Emile de Girardin, se voilant la face avec son journal la Liberté ; OUivier [ce nest pas ma faute) culbuté par le brusque élan du lion germanique, qui renverse également le fourbe Gramont, dévoré par le serpent de la calomnie et près duquel s'élance un animal altéré de sang, le chat tigre, qui personnifie aux yeux des Allemands notre turco. Les Allemands sont rancuniers : ils avaient eu fort à faire avec les zouaves, les turcos et les chasseurs d'Afrique ; ils ne les ou-

blient pas (à la tête de la civilisation) ; ils les injurient après les avoir écrasés sous le nombre.

Mais Germania a donné le signal. Pendant que cette foule si mélangée disparait devant le foudroiement de son glaive, le châtiment s'accomplit. Ici le gibet est dressé; les journalistes du Siècle, du Figaro, de la France, de Y Opinion nationale vont y monter, et le diable méphistophélique contemple sa proie en ricanant. Là, à gauche, l'incendie dévore Paris : c'est le siège du gouvernement qui brûle, la maison des.fous d'où sont sortis le mensonge, la folie, la déraison. Que le pétrole fasse donc son œuvre sainte, car, regardez-bien ces ouragans de flammes qui enveloppent les épaisses murailles ; il n'y a que lui qui ait pu les alimenter. L'Allemand Kœgler, l'auteur de ce dessin, a dévoilé la pensée et le programme de ses compatriotes; son imagination a vu, dans le délire de ses rêves haineux, l'hôtel de ville, les ministères, le grenier d'abondance, les entrepôts et les palais en feu, et c'est parce que le p.étrole, dans ses prodiges de destruction, ne saurait manger toute la pierre, qu'il a jeté sous les pieds des fugitifs les chapiteaux renversés du palais des Tuileries ! . . .

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