‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 59 sur 117 · COMMUNE DE PARIS. — COMITÉ DE SÛRETÉ GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

COMMUNE DE PARIS. — COMITÉ DE SÛRETÉ GÉNÉRALE

« Paris, le 12 mai 1871.

« Citoyen,

<( Veuillez tenir pour ce soir à dix heures précises (place Dauphine), à la disposition du chef de la police municipale, quatre compag^nies de gardes sédentaires pour le service des moeurs.

u Donnez-nous immédiatement une réponse;

« Salut et égalité ,

uLe chef du cabinet du comité de sûreté générale y ! • « Gaston Dacosta. »

C'est ici, à propos du service des mœurs y roccasion de dire que les communeux, qui réquisitionnaient tout ce qui leur était agréable, ont réquisitionné jusqu^à des filles publiques. On ne se donnait pas la peine d'aller chez elles chercher et choisir ces complaisantes créatures, parmi lesquelles la Commune a compté beaucoup d'amies, et quelques ennemies acharnées. Un de MM. les officiers instructeurs près des conseils de guerre m'a dit avoir vu une vingtaine de ces bons de réquisition et m'a rapporté les termes de l'un d'eux : « Mademoiselle Blanche sera à la disposition du citoyen Olivier, chef de division à la préfecture de police, le... (Ici, l'indication du jour.) » Blanche n'eut rien de plus pressé que d'aller dénoncer à la troupe, qui entrait à Paris le 22, ceux qui exigeaient ses faveurs sans les payer.

Ville de paris. — xv!** arrondissement.

« Paris, 12 mai 1871.

« Citoyen Colonel,

« Je vous envoie le rapport suivant sur une perquisition que je viens de faire dans un couvent , rue de l'Assomption. Je ne suis pas militaire, mais je crois que les observations que j'ai faites sur les lieux peuvent avoir de l'importance. Vous allez en juger.

« Ce couvent m'a été signalé par la mairie pour être visité scrupuleusement. D'après un rapport de la garde nationale au secteur, on aurait remarqué des signaux faits avec àe^ fusées de diverses couleurs, venant dans la direction de ce couvent; puis des gardes

nationaux auraient été blessés par derrière, sur les remparts, par des fusils à vent , et Ton présumait que c'était encore dans la même direction. D'après l'ordre de la mairie, j'ai fait une perquisition très-minutieuse. Salles, dortoirs, classes, réfectoires , cellules, chapelles, meubles, tout a été fouillé, les greniers, caves et souterrains , et.je n'ai rien trouvé qui soit de nature à compromettre ces religfieuses. Malgré cela je ne suis pas convaincu; ce couvent me semble une vraie citadelle, d'où Ton peut tirer sur nos patriotes.

« Tous les murs du rez-de-chaussée sont entourés intérieurement de couloirs qui prennent jour par une multitude de meurtrières fermées intérieurement de petites fenêtres. Ces meurtrières sont exactement pareilles à celles que j'ai vues dans les forts des environs de Paris, dans lesquels j'étais prisonnier de guerre en 1848; mais comme ce bâtiment est construit dans le style anglais moyen âge , au dehors Ton ne s'en aperçoit pas , et puis il est dans un grand jardin. Il y a en outre une grande tour toute vitrée, à une hauteur d'un quatrième étage , d'où l'on aperçoit la campagne à perte de vue , et sur les quatre points cardinajix, plus, au-dessus de cette chambre, une tourelle dite lanterne. En me voyant y monter, ces religieuses se sont récriées, disant que j'allais attirer sur elles les obus des gens de Versailles, et je crois que c'est de là que venaient les signaux, dont il est parlé plus haut. Mais, je le répète, je n'ai rien trouvé, pas la moindre pièce d'artifice. Ces genslà sont trop fins pour se laisser prendre. Il serait, suivant moi, bien prudent d'occuper tout à fait militairement cette maison , en expulser les religieuses , amener des ouvriers pour sonder partout les murs ainsi que le jardin. On prétend dans le quartier, même beaucoup d'habitants affirment avoir entendu , sous le gouvernement Trochu, des détonations semblables à l'essai des mitrailleuses. Veuillez donc aviser, car la prudence ne saurait être trop grande aujourd'hui , d'autant plus que la supérieure s'opposait avec force à notre perquisition. Elle me disait que cette maison était sous la protection du gouvernement anglais. Elle a fait porter devant nous, par une religieuse , le drapeau anglais , ce qui a excité l'hilarité de tous les gardes nationaux. Je laisse à votre sagacité militaire de« tirer de ce rapport un peu long toutes les conséquences possibles.

« Salut et fraternité.

« Le commissaire de police (fÀuteuil, a «S'i^n^: Adrien Delaire.

« J'ai un autre couvent dans le quartier qui est encore très-suspect, et je vais tâcher d'avoir l'autorisation d'y faire une perquisition, a Signé : Del aire. »

RAPPORT DE POLICE

Quartiers populeux.

« Paris hier était effaré. Nageant dans le trouhle, il ne pouvait apercevoir la rive. Aujourd'hui il voit clair, et fait la part de chacun.

u Décidément, dit-on dans beaucoup de groupes, il y a eu trahison... Seconde édition du plan Trochu, mais que les gredins n'ont pas eu le temps de revoir et corriger.

« L'affiche du comité de salut public fait un assez bon effet sur l'esprit public : — Allons, disent tous ceux qui lisent cette, affiche, la Commune veille aux grains (sic). Mais, ajoute-t-on, aucun nom n'est tité sur cette affiche» Pourquoi? Veut-on encore, comme toujours, prendre des ménagements avec les coquins? A quoi sert l'œil d'Argus, si son regard ne foudroie pas les traîtres? Rossel en est-il un? — Oui. — Nommez-le alors, lui et tous ses complices, afin que ces fils de Judas soient voués à l'exécration de tous en attendant le châtiment...

« Je l'ai dit vingt fois , ce que le peuple reproche à la Commune, c'est le mystérieux dont elle enveloppe toutes ses actions; les affiches émanant d'elle n'empoignent pas non plus , parce qu'il y a un certain vague qui en atténue l'effet. Puisque c'est surtout sur les murs que vous parlez au peuple, que vos affiches soient un cœur loyal, s'épanchant dans le sein d'un ami. Dites tout, sans restrictions , et vous verrez comme ce peuple vous soutiendra. La méfiance enfante le découragement, et d'après tout ce que j'entends, l'on se défie, parce que vous, vous semblez manquer de confiance dans le peuple. Ce que l'on ne s'explique pas bien dans un rassemblement fort nombreux , près de la mairie du XP , c'est que le comité de vigilance de cet arrondissement a, par deux fois, fait arrêter des citoyens ayant des relations à Versailles , et que deux fois ces mêmes personnes ont été relâchées. On parle toujours de trahisons sur les affiches, et lorsque Ton tient de véritables traîtres, on les lâche beaucoup plus vite qne de véritables commu" nalistes^ arrêtés on ne sait pourquoi.

« Ce qui fait crier gétiéralement dans Paris, c'est l'effrayante filière par laquelle un ordre est obligé de passer avant de recevoir son exécution. Signatures par-ci , signatures par-là, ce qui fait que vous avez obus, poudres et canons, dix heures après que vous les avez demandés, c'est-^-dire, lorsque notre position est prise. Supprimez les trois quarts de ces signatures-là, vous aurez. des positions de plus et des cadavres de moins.

« On se plaint aussi du retard que l'on apporte à l'envoi des vivres. On prétend qu'au fort d'Issy, beaucoup de citoyens ont quitté la place, parce qu'ils n^ avaient pas mangé depuis dix-huit heures.

il J'écoute deux gardes nationaux qui disent à qui veut les entendre , qu'une vaste poudrière est à Issy , et que, si Ton ne prend pas les mesures nécessaires pour la transporter ailleurs, quelque obus versaillais viendra, l'un de ces matins (^ic), y mettre le feu, et alors quel désastre 1 Avis. En résumé, Paris est assez calme. L'affiche sur le rasage de la maison Thiers ne produit pas beaucoup d'effet sur lui. Rossel, comme Cluseret, comme bien d'autres, est^ntré dans le tiroir aux oublis, tiroir tout prêt à s'ouvrir pour bien d'autres.

" Paris tourne à l'indifférence, et cela m'effraye, n

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