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LES COMPAGNIES DE CITOYENNES

M. Malon donne quelques détails sur l'organisation des compagnies de ' citoyennes. Il admire beaucoup leur conduite : a Un certain nombre d'héroïnes , dit-il , faisaient crânement et modestement le coup de feu aux avant-postes, quelques-unes sous l'uniforme de garde national. On ne comptait plus les cantinières qui se signalaient ; une dizaine avaient été tuées, et les survivantes n'étaient pas moins braves. »

On aurait payé M. Malon pour protéger l'honneur du soldat accusé d'avoir tué des femmes, qu'il n'aurait pu mieux faire que de signaler ces héroïnes qui crânement et modestement faisaient le coup de feu aux avant-postes,

« Une femme, dont le nom est celui d'un des plus grands écrivains de notre temps , et que Rossel , qui s'y connaît * , appelait le

^ Rossel, qui s*y connaît, a écrit à la citoyenne André Léo une lettre bien verte, que M. Malon trouvera dans le registre-buvard dont nous avons parlé.

sous LA COMMUNE. 283

<:iioyen André Léo , s'était ég^alement vouée à la cause populaire et la servait de sa plume, de sa parole et de son concours. Peu portée aux mesures violentes , elle blâma beaucoup d'actes de la Commune; mais, sachant dég^ag^er d'une g^rande idée militante son corté(ye inévitable d'écarts et de passions, elle resta fidèle à la révolution prolétarienne, et s'y attacha plus fortement que jamais au moment de la catastrophe.

« Le petit comité décida que l'on fonderait les clubs de ,

femmes. Ces clubs réussirent. Le comité prit le titre de Comité central de t Union des femmes; les propagandistes se multipliaient le jour, dans les réunions , puis le soir dans leurs clubs , et les adhésions leur venaient en foule. Elles ouvraient des clubs aussi bien dans les quartiers bombardés que dans les autres , et toujours la foule leur venait.

« . ^. . . Elles ne négligeaient pas non plus le présent; elles formaient des compagnies de citoyennes qui tie demandaient que des armes pour partir aux avant-postes, et envoyaient sur tous les champs de bataille des sections d'ambulancières pour relever et panser les blessés. Bientôt toutes les ambulance^ furent tenues , à la grande satisfaction des blessés, par les femmes révolutionnaires fédérées. »

On a dit que les mœurs de ces ambulancières n^étaient pas toujours pures et qu'elles ne se cachaient pas pour mal faire. Au reste, en ce temps d'effroyable désordre moral, tous les contrastes se rencontraient. !Nous avons remarqué en tète d'un de ces bataillons communeux une superbe fille , costumée en cantinière. Ou sa figure était bien trompeuse, ou c'était une chaste et honnête personne. Elle avait sans doute été placée à ce poste par son père et son frère, tous deux soldats du bataillon , et elle croyait remplir un rôle héroïque. Le siège, qui a été le père de l'ivrognerie et de tant de vices , avait eu également ses fausses cantinières, qui versaient l'eau-de-vie et enflammaient les sens clés citoyens appelés à défendre leur patrie. On avait eu des nuits de garde fort gaies au rempart, où on faisait presque bonne chère ; on y jouait , on y buvait , on y chantait ' à tour de rôle , on y débitait toutes les bouffonneries , toutes les sottises , toutes les impuretés imaginables , au grand dommage des jeunes gens , qui s'étaient rendus là comme à une école

de patriotisme. Pendant ce temps , nous étions battus partout, et l'honneur de la France s'en allait à vau-l'eau

M. Malon reproduit les proclamations des femmes révolutionnaires fédérées aux citoyennes de Paris, Jamais on n'a entendu de tels cris de rage et de haine : « De la clémence? ni nous ni nos ennemis, nous n'en voulons!... Et si les armes et les baïonnettes sont toutes utilisées par nos frères , il nous restera encore des pavés pour écraser les traîtres ! »

Dans l'appel du Comité central de l'Union deç femmes on lisait :

« Au moment où nous sommes y celui qui ne s'afHrme pas, comme celui qui fuit , est un lâche.

« Les ambulancières de la Commune déclarent n'appartenir à aucune société quelle qu'elle soit. Leur vie est tout entière à la Révolution, leur devoir est de panser, sur le lieu même du combat, les blessures faites par les balles empoisonnées dé Versailles ; de prendre, quand l'heure l'exige, le fusil comme les autres

« Vive la Commune ! Vive la République universelle !

u Les ambulancières volontaires de la Commune, u Louise Michel % Fernandez, Goullé, Poulain, Quartier, Dauguet. »

Le 12 mai, dit M. Malon, une compagnie de femmes volontaires, organisée et armée, marchait avec la 12* légion.

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