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LE 10 MAI DERNIER

.< Au Citoyen Delescluze, délégué à la guerre *.

« Paris, 13 mai 1871.

« CiTOXEN DÉLÉGUÉ ,

a Permettez et excusez un simple capitaine du génie de la garde nationale , avant de vous faire part des causes de l'évacuation du

^ Sait-on quelle qualification M. Malon donne à Louise Micbel, signataire et probablement auteur de la harangue sanguinaire qu'on vient de lire? Femme de toute bonté ^ dit-il quelque part dans l'ouvrage que nous avons cité-

^ Reproduction textuelle. Les mots composés en italiques sont soulignés dans l'original.

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fort de Vanves , de prendre la liberté de vous faire part de ses impressions sur votre nomination à la guerre.

« Votre nom' inspire confiance aux vrais patriotes et à ceux qui veulent soutenir la lutte envers et contre tous les réactionnaires. La critique s'empare des iièdes et autres^ parce que vous n'avez jamais été soldat y ou du moins administrateur militaire. Je suis loin d'avoir cette opinion de vous , et même j'ai l'espoir que , peut-être , vous seul êtes capable de sauver la situation; c'est-à-dire que vous ne commettrez pas les mêmes fautes que vos prédécesseurs , qui , pour moi , surtout en ce qui concerne Rossel, n'avaient d'autre plan que celui Trochu; pourquoi sauverez-vous la position ? c'est parce que vous êtes un vrai républicain y que votre nom inspirera confiance, et vos actes encourageront les combattants.

a Aussi , nous , les abandonnés de la garde nationale , qu'on envoyaient toujours au feu en petit nombre , se faire tuer, pendant que dans Paris se promenaient des quantités de gardes, dont on ne savez pas tirer profit pour la défense, ou si quelquefois des secours demandés arrivaient, il était toujours trop tard. Nous étions écrasés par le nombre avant leur arrivée; aussi. Citoyen délégué ^ ils nous faut une revanche , et tous nous comptons sur vous.

« Citoyen délégué de la guerre , ne faites jamais les mêmes fautes que vos prédécesseurs, car, sous leur administration, les forts étaient mal défendus; vous en trouvez la preuve dans le résumé sur le fort de Vanves. Pour un fort et ces tranchées, il faut pour la défendre 1,500 hommes, une compagnie entière de génie avec tout le matériel nécessaire (jusqu'à ce jour ton n'a jamais rien pu obtenir, surtout en gabions y fascines y boudins et madriers)^ et 200 artilleurs.

« Vous trouverez peut-être bizarre que j'entre dans des détails aussi menus que ceux-là, et ceux que je vais encore vous indiquer plus loin : ne voyez dans tout cela qu'avertissement, non pas d'un ambitieux , ni d'un peureux , mais d'un homme de cœur, qui est et sera toujours votre dévoué, parce que votre politique et vos sacrifices dont il connaît l'importance, lui ont prouvés que vous êtes l'homme de la situation y et c'est pour cela qu'il veut vous éclairer de ce qu'il connaît.

a Je vais vous faire part approximativement de ce qu'il c'est passé, sous les différents commandants du fort de Vanves, pendant quarante jours que je suis resté avec ma compagnie (2« du !•' bataillon) sans le quitter. •

a Arrivé le V' avril , je me suis mis immédiatement en relation avec le codimandant du fort, Monteret; ces questions et ces réponses m'ont fait m'apercevoir que j'avais pour chef et le fort de Yanves, un commandant nul on un traite; alors j'ai visité seul avec les officiers de ma compag^nie les bastions du fort, et j'ai commandé les travaux de défense que nous avions vus les plus pressés.

« Il fut remplacé par le] citoyen LedruXy celui-là était à la hauteur de son commandement, mais il aurait fallu faire des réformes dans son entourag^e; sa révocations ^ je crois, vient des réclamations incessantes, adressé par lui à Cluseret et à son chef d état-major Rossel, pour avoir des renforts qui n'arrivaient jamais^ ou sinon toujours trop tard. Je me rappelle un bataillon dont j'ai oublié le numéro qui est resté douze jours de tranchées , parce que la Guerre ne faisait pas relever.

« Le 1*' mai, on retire le commandement à Ledrux, pour remettre à Mathey, homme nul comme soldat, mais dévoué à la -cause et d'une aptitude et d'un courag^e exemplaire; jamais il n'aurait rien fait comme mouvement militaire sans réunir les officiers du fort» Sous son commandement, je n'ai jamais vu plus de 400 liommes pour là défense du fort et ces tranchées; je me rappelle même qu'un jour, lui en faisant la remarque moi-même de sa petite quantité d'hommes , il m'a répondu que Rossel lui avait dit, qu'un fort était facile à g^arder et qu'on avait pas besoin de s'occuper des tranchées. [Horreur! réponse qui cri trahison!) Vous pourriez vous le foire repetter par le commandant Mathey , cité Boufflers , 9.

(c Le 8 mai, le commandement en chef lui fut retiré ; il conserva le commandement civil , sinécure inutile qui ne dura que deux jours , car ce titre qu'on lui donna était parce que l'on ne voulez pas le renvoyer.

il Le nouveau commandant se nommait Durassier, officier de marine, homme du monde, élégant, trop .même, et soldat tout ensemble. Tout cela était un amalgame^ qui faisait rire, mais qui n'inspirer pas de confiance; je ne préteh pas. accuser son courage y. ses blessures attestent qu'il est brave, mais ces manières aristocratiques n'inspiraient pas de confiance et déplaisaient à la garnison des forts. Il avait en arrivant au fort commis une faute grave ; celle de confier le commandement en second au capitaine d'artillerie Rocher {cfui commande encore ^ je le pense du moins ^ le fort de Vanves)y homme nul et incompétent pour le comtnandement. Il

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est grossier et insoient y n'ayant rien de ce qu'il faut pour inspirer la confiance aux soldats.

« Ces premières querelles ont étées avec les artilleurs; il les a tellement malmenés, qu'ils ont tous quittés le fort à midi, (Le jour de la débâcley 10 mai.) Après ce fut le tour de la g^arde nationale, à qui il voulait faire faire une sortie ridicule contre les Versaillais vu la petite quantité. En ce motoent le bruit, et la réalité après, que le commandant Durassier venait d'être blessé et qu'il venait de remettre le commandement en chef au capitaine Rocher, acheva la débandade des gfardes nationaux qui ne voulaient plus rester sous les ordres de Rocher y et de plus sous le bombardement le plus terrible que jamais le fort n'eut enduré; ils partirent à trois heures. Nous n'étions plus environ que soixante hommes du (^énie. Après que le commandant Durassier eut été blessé , nous avions demandé du renfort à la Guerre, qui nous a répondu qu'il n'y avait pas de renfort possible pour le moment.

« Le jour même de la débâcle, et avant que nous quittions le fort , nous avons adressé à Rossel une protestation contre le commandement laissé à Rocher. Cette protestation était sig^né des 2^ et 6* compagnies du génie et de la 14*" de l'artillerie. Exemple de tincurie de cet homme, il voulait faire faire à nos sapeurs une tranchée à découvert, au milieu de la cour du fort, où il tombait au moins vingt-cinq obus par minute; il était impossible d'exécuter aucun travail sans faire le sacrifice de nos deux compagnies , et pourquoi faire? un travail qui pouvait se remettre sans préjudice. Aussitôt que j'ai eu reçu ces ordres, j'ai convoqué tous les officiers des deux compagnies du génie qui refusèrent de faire cette tranchée ; s'engageant néanmoins de mettre leurs compagnies au travail dans un ' moment plus calme , ou la nuit sans faute.

i: Il était cinq heures et demie quand nous prîmes cette résolution.

« J'envoyai près de Rocher un lieutenant qui le trouva couché, dans un moment pareil, en compagnie d'une femme, qu'il déclara être la sienne , déguisée en artilleur, et fumant comme un sapeur.

u Je vous laisse à penser. Citoyen délégué, si de tels hommes que Rocher peuvent inspirer confiance : aussi je vous en prie, ne mettez à la tête du commandement des forts que des hommes sûrs, honnette^ljet moraux avant tout.

« Quant nos hommes ont appris cela, il n'y a plus eu moyen de les tenir au fort ; ils criaient trahison, et j'ai été obligé à six heures

du soir de commander la retraite, par les poternes , sous une pluie de balles et de projectiles. Nous avons g^ag^né en faisant le coup de feu la route de Châtillon , où nous avons feit une barricade que nous avons tenu tant que notre chef nous eut donné l'ordre de rentrer dans Paris , la barricade étant fortement gardée par la garde nationale. Tant qu'à ma compagnie, après quarante jours de travaux , c'était justice qu'elle se reposât quelques jours.

a Vers onze heures du soir le lieutenant de ma compagnie Bar^ lier y le sergent Faure, les sapeurs Perray et Mcurchal, s'approchèrent du fort pour voir si les Versaillais y étaient entrés. N'apercevant rien , ils y sont rentrés , aucun Versaillais n'y était ; alors le lieutenant se rendit chez le commandant du fort Rocher, qu'il croyait rencontrer, il n'a rien vu de lui ni de son état-major, il ne rencontra que le médecin et deux blessés qui ne pouvaient pas quitter et ont déclaré à mon lieutenant que Rocher était absent du ' fort.

u Le lieutenant Barlier prit alors le cachet du fort et un paquet de clef qui ont été déposés à la guerre^ et depuis rendus y je crois y au fort depuis sa réoccupation.

«Excusez-moi, citoyen délégué, de ma longue lettre; je pense qu'elle peut vous être utile, car elle a pour but de vous éclairer sur les errements de vos prédécesseurs; croyez à ma franchise, je ne suis pas un peureux , ma vie appartient toute entière à notre cause commune; mais un dernier mot : Il faut un grand coup pour relever le moral de la garde nationale.

il Salut et fraternité. ^

« Signé : Debeauvais,

« Capitaine de la 2* compagnie du génie, « 17, rue du Terrier-aux-Lapios^ Montrouge.

^ u Nota, Vous trouverez peut-être que j'attends bien longtemps à vous instruire : mon rapport a été fait à mes che£s, et j'ai craint, vu le changement qui c'est opéré, que vous n'eussiez eu aucunes nouvelles, ou du moins aussi exactes que celles-ci, dont je puis vous affirmer l'authencité par plus de soixante hommes.

« Le principal motif de ce retard est que, après avoir essuyé tant de fatigues et de privations , je me suis vu obligé de garder le lit pendant quatre jours et être dans l'impossibilité de tenir une plume. »

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