EX-PRÉFECTURE DE POLICE
Rapport spécial,
« Paris, 13 mai 1871.
« Citoyen Commandant,
« J^appelle toute votre attention sur les faits suivants, que je viens de signaler à la préfecture. Si vous pouvez nous aider à les réprimer, cela consolidera notre cause. Des vols très-fréquents se commettent tous les jours à Auteuil, au Point-du^Jour, dans les maisons que l'on est obligé d'abandonner à cause du bombardement , par des gardes nationaux ; mais je crois plulôt que ces délits sont commis par des voleurs de profession , qui revêtent la tunique pour abriter leurs méfaits et en rejeter l'odieux sur de braves citoyens. Car ces misérables n'ont jamais de numéros à leurs kœpis. Est-ce que l'an ne pourrait pas forcer tous les commandants de compagnies d'exiger que tous leurs hommes portassent le numéro du bataillon et de la compagnie à leurs kœpis, afin qu'ils fussent reconnus , et que l'on fit faire des patrouilles de sûreté dans l'arrondissement, surtout dans les quartiers exposés au bombardement?
(( Salut et fraternité.
« Le commissaire de police,
« Signé : Del aire.
« Rue Gros, 41^ Auteuil. »
Les actes de courage civique sont rares, bien rares chez nous, et méritent d'être signalés. Au nombre de ces actes, nous mettrons la résistance du citoyen Dupont, rue Franklin, à Passy, qui avait manifesté énergiquement sa haiiie contre la Commune en refusant de laisser enrôler ses domestiques pour le service militaire. Nous regrettons de ne pas avoir copié le rapport où la résistance de ce digne citoyen est dénoncée.
rapport de police.
Boulevard de SébastopoL — « On dit que le fort de Charenton
a été évacué par les Prussiens , et occupé par les Versaillais.
« Les Versaillais seront dans Paris avant huit jours , dit-on , et
ils entreront du côté où on s'y attend le moins, n
Bourse. — « Le fort de Vanves est, dit-on, -au pouvoir des Versaillais. Le drapeau tricolore y est planté. Quelqu'un l'a vu aujourd'hui.
u On dît que la nuit dernière, à partir de minuit jusqu'à ce matin, on a vu rentrer, par les portes de Versailles et de Montrouçe, des fédérés en débandade ; ils avaient un air piteux.
ic Les g^ardes nationaux arrêtent, dit-on, les citoyens de tout âg^e, même ceux qui ont plus de cinquante ans, pour les faire marcher de force. On en a vu arrêter aujourd'hui dans le quartier Notre- Danie de Lorette.
u Les fédérés sont fatig^ués du métier de soldat, dit-on; depuis quelques jours on remarque qu'ils font le service avec indifférence et dégoût. Beaucoup ne quittent pas le cabaret, et on les rencontre en état d'ivresse dans tous les quartiers. Aujourd'hui, il y en avait deux dans le palais de la Bourse (trois heures), ils servaient de paillasses à la réaction. »
Concorde, — « On dit que l'Assemblée aurait dû venir siég^er à Paris, et non à Versailles. C'est elle qui a provoqué la guerre civile.
M On blâme toujours le Gouvernement du 4 septembre.
u On dit que des batteries sont installées dans le bois de Boulogne, pour faire la brèche de la porte d'Auteuil à celle de la Muette. »
Quartiers populeux.
u L'agitation est grande dans Paris. Le traité de paix définitif avec les Prussiens, connu aujourd'hui officiellement, en est la conséquence.
« Toutes les discussions, discussions fiévreuses, roulent entièrement sur ce sujet. La Commune aura-t-elle assez d'énergie pour parer à tous les dangers qui se dressent devant nous? Laissera-t-elle les Versaillais s'emparer de tous les forts occupés par les Prussiens?... Avons-nous des vivres pour supporter un siège régulier? Va-t-on enfin décréter la levée en masse? Veut-on prendre les mesures les plus révolutionnaires pour arrêter la réaction, et tous les traîtres qui pullulent dans Paris? Va-t-on lancer des manifestes à Paris, à l'armée de Versailles, à la province? La Commune va-t-elle ceindre son écharpe, et ne plus s'occuper que de la guerre? Va-t-elle se servir, et cela d'une manière intelligente, de toutes les forces vitales de Paris? Va-t-elle faire fondre des canons, et faire des artîl-
sous LA COMMUNE. 291
leurs? Va-t-elle employer tous les moyens de destruction que ses membres réclamaient sans cesse, dans les club$ et les journaux, lorsqu'ils n'appartenaient pas encore à la Commune? Enfin, comme en 92 et 93, va-t-elle faire décréter la victoire? Voilà ce que j'entends depuis ce matin, dans les quartiers que j'ai explorés.
u Dans une maison de la rue Saint-Jacques , sur quarante-deux • locataires qui faisaient partie de la garde nationale , il y en a deux seulement qui marchent. On se plaint vivement du peu d'énergie des délégués de cet arrondissement. Il n'y a pas de comité de vigilance; pourquoi? Dans le V" arrondissement, les réfractaires ont beau jeu; l'on ne s'occupe pas d'eux : jivis,
u J'ai été hier soir à Saint-Jacquesf du Haut-Pas et à Saint-Ambroise. Grande quantité de citoyens à ces clubs. J'entends dans ces deux clubs réclamer impérieusement la levée en masse. »
La Commune arrête : « Tout citoyen doit être muni d'une carte d'identité contenant ses nom, prénoms, profession, âge , domicile , les numéros de légion de bataillon et de compagnie , ainsi que son signalement. Tout citoyen trouvé non porteur d'une carte d'identité sera arrêté. »
C'était une de ces mesures que la Commune n'a prises que sur le papier*, qu'elle n'aurait pu faire exécuter, car ses défenseurs déterminés étaient en petit nombre , et ce nombre diminuait à mesure que s'aggravaient les événements.
« Il est interdit aux officiers de tout grade de paraitre à leur bataillon avec des fusils.
« Pour le plaisir de tirer sur les Versaillais , ces citoyens négligent d'exercer sur les hommes qu'ils commandent l'action que leur réserve leur grade, etc. Signé : Delescluze. »
Ainsi les officiers dans la patte desquels on a mis un fusil se-
* Là encore , elle suivait Texemple donné pendant le siège par le Gouver- 'nement de Tépoque. Jamais on n*a plus légiféré , jamais on ne s*est moins occupe de Texécution des décrets. Aucune enquête, aucune pénalité, aucune surveillance à Tégard des délinquants. Comme dans toutes les époques critiques où le pouvoir est aux mains des incapables, dupes paraissent être ceux qui font leur devoir.
Ion le vœu du citoyen Grognard , reçoivent l'ordre de ne pas s'en servir, quelque plaisir qu'ils éprouvent à tirer sur les Versaillais. On devine l'effet que produisaient sur les troupes nationales , auxquelles on ne manquait pas de les communiquer, de telles paroles, et quels sentiments elles leur inspiraient envers les fédérés.
COMMUNE DE PARIS
a Paris, le 14 mai 1871.
« Le délégué à la sûreté générale , sur la proposition du délégué aux finances,
K Arrête :
« Art. 1*'. Tous les services des halles et marchés qui ressortissaient au 1" bureau de la 2" division de l'ex-préfecture de police sont, à dater d'aujourd'hui, 14 mai 1871, du ressort de la délégation des finances.
« Art. 2. Des inspecteurs des halles et marchés nommés par le délégué aux finances auront le droit de requérir la force publique. a Art. 3. Les commissaires de police et les commandants de la garde nationale sont tenus, chacun en ce qui les concerne, de prêter main-forte à ces inspecteurs.
u Le délégué de la sûreté générale, « Th. Ferré. »
COMMUNE de paris. COMITÉ DE SALUT PUBLIC.
A la délégation militaire,
« Paris, 29 floréal an 79.
« Citoyens ,
« Nous recevons une lettre de la délégation scientifique relative aux bombes à pétrole.
« Le citoyen Parisel nous informe que cet article étant de fabrication constante, ne ressort pas dans sa délégation. Il ajoute qu'il ne fabriquerait ces bombes que dans le cas où la guerre ne pourrait s'en charger.
« Le citoyen Parisel réitère sa demande de casemates à creuser à l'endroit désigné par Dombrowski pour loger ses projecteurs à pétrole.
« Salut et fraternité.
« Le secrétaire général,
a Signé : Henri Brissac. n
' sous LA COMMUNE. 293
MINISTÈRE DE LA GUERBE
« Paris, 14 mai.
« Mon cher Henry ,
« On vient de me dire que les francMireurs ont fait le sac du couvent des Jésuites, qu'ils se sont er-iivrés, ainsi que quatre bataillons , et que la porte de Versailles est nue.
« Parisel et Clément auraient essayé de ramener ces bataillons , et leur autorité aurait été méconnue.
« Bref, il n'y aurait donc personne à la porte de Versailles.
« Vois et avise.
u Tout à toi.
« Signé : Massa. »
« Paris, 14 mai.
« Mon cher Henry,
« J'ignore ton conflit, mais tu n'as pas le droit de donner une démission qui sera refusée quand même.
« Je suis seul , Delescluze est absent , et rentrera malade probablement.
« Donc, aide-moi; sinon je te propose de partir tous deux aux avant-postes , et de nous faire casser la tête. . « Tout à toi.
« MasSON. n (Le chef d'état-major.)