‹ Le fond de la société sous la CommuneChapitre 63 sur 117 · RAPPORT MILITAIRE · texte numérisé non relu

RAPPORT MILITAIRE

On y lit :

« Vers onze heures du soir, une attaque violente a été tentée sur le bastion faisant face à la Muette.

« Urgence de lancer des bombes à pétrole et de diriger le feu sur le champ de courses de Longchamps, où sont campés les Versaillais. »

Le président du conseil de guerre Goîs se piquait parfois de respect de la légalité, si l'on' en juge par certaines notes signées de lui que nous avons trouvées dans le dossier de Injustice militaire. Ici , il demande à faire relâcher le colonel Meyer, le

chef d'état-major de la flottille Peyrusset, parce qu'il n'existe, dit-il, aucune pièce à leur charge. —^Ailleurs, au sujet d'un ordre émané du comité de salut public qui concerne l'arrestation d'un sieur Rozhem , Gois fait cette observation : a II ne pourrait être écroué légalement,,. En attendant, il sera consigné et gardé au secret, » Où diable les scrupules vontils se nicher ! Ces fonctionnaires de la Commune se croyaient donc la loi vivante?

RAPPORT DE POLICE

(c Des attroupements aux abords du Luxembourg. En face où ils étaient cantonnés , des contre-chouans discutaient énergiquement et protestaient contre les décrets relatifs à faire tomber la colonne Vendôme; ils disaient que c'était de l'absurdité, et que les gens qui étaient à la tête de tous ces insurgés étaient des fous, car la colon-ne ne va pas contre eux, et que cette dernière est de phisieurs parties.

u Maintenant les plus réactionnaires disaient que s'il y avait des gens comme eux, qu'ils iraient s'y opposer. Le plus âgé se mettrait à la tête de la bande. »

Palais-Royal, « Un bataillon de Versaillais est déjà dans Paris , dit-on. Il est entré hier avec sa musique, et les hommes ont l'uniforme fédéré.

u On rencontre beaucoup de gardes nationaux avec des képis sans numéro. Quelques-uns déblatèrent contre la Commune.»

Concorde. — « La colonne Vendôme, dit-on, est un monument national. La Commune n'a pas le droit de la faire jeter par terre sans l'autorisation de la France entière.

il Les soldats de Thiers se plaignent , dit-on , qu'ils sont fort mal payés. En revanche , on leur donne à boire à discrétion , et on les grise pour les envoyer au feu. Ils sont fatigués de ce métier.

« On accuse le Gouvernement du 4 septembre de nous avoir rahis. »

Afin de faire apprécier le travail de révision (jue faisait subir le chef des reporters aux rapports qu'il recevait de ses agents, nous reproduisons les deux pièces qui suivent : la première

sous LA COMMUNE. 295

est la minute de la rédaction primitive présentée par les agents ordinaires, — la seconde est le travail de condensation et de révision présenté par le chef des reporters aux autorités de la Commune. On comparera.

Voici le rapport primitif, première rédaction. On y reconnaît le ton d'un facétieux compère qui au fond paraît se soucier de sa Commune aussi peu que d'une bouffée du tabac de sa pipe.

Quartiers populeux.

« Ce qu'il y a surtout à sig^naler aujourd'hui dans Paris, et ce qui est d'un bon aug^ure , c'est que la population , loin de s'effrayer de la déclaration de Thiers à la Chambre, d'en finir avant huit jours avec les insurgés, et de celle de Mac-Mahon à son armée, d'en finir encore plus tôt avec la Sodome moderne , respire au contraire plus à l'aise,. et se met à fourbir ses armes pour se préparer à la lutte ; lutte décisive. Cela vient donner raison à ce que j'ai écrit bien des fois dans mes rapports. Ce qui fatigue surtout Paris , ce qui éclaircit les rangs de ses défenseurs , ce n'est pas la crainte de se battre, mais cette lutte énervante qui coûte chaque jour tant d'existences sans amener aucune solution. Thiers demande huit jours; demandez-en quatre, vous, et faites battre la générale. Vous allez avoir une armée tellement compacte, qu'à sa vue Màc-Mahon se dira : Étant donné que la victoire doit rester toujours aux gros bataillons (Napoléon a dit cela), et que, outre le nombre, le bon droit est là, ma foi! vive la Commune!,., Donc, faites de la confiance un baromètre, et vous aurez aujourd'hui beau fixe. Il y a de la poudre aujourd'hui partout , dans l'air, dans les veines, dans les coeurs. Ce sera la poudre d'escampette pour nos ennemis, si vous savez exploiter l'état du moment. (Ce n'est pas moi qui parle, mais toujours le peuple , mon métier de reporter m'en faisant le porte-voix. )

« Nous serons bien plus forts, et surtout bien plus nombreux, derrière les remparts , et ensuite dans Paris.

« Voilà ce qui est à peu près unanime dans les groupes.

a Pour en revenir à l'ordre du jour de Mac-Mahon à son armée, l'on a peine à croire que les Versaillais nous aient fait trois mille prisonniers et pris cent soixante bouches à feu. Mais comme cela produit une mauvaise impression sur les masses, l'on demande du

délég^ué à la g^uerre un prompt et formel démenti à ces assertions de bravaches.

« Un de ceux qui pouvaient le mieux parer le choc produit par les événements récents, événements, continuait-on à dire, que l'on s'obstine toujours à tenir enfermés dans le cabinet noir, c'est assurément le citoyen Delescluze.

u II a souffert longtemps , dit-on, grâce à ceux que nous combattons, et sa foi républicaine est restée pure au milieu même de l'air impur de Cayenne. Celui-là ne deviendra jamais renégat. De plus, il est énergique; il le prouve depuis qu'il est au ministère. En trois ou quatre jours l'organisation militaire a fait un mois de progrès. Qu'il marche donc, ajoute-t-on; le peuple n'est pas exigeant. Son bras est fort , il ne demande qu'une tête forte pour le conduire. Mais, ajoute-t-on encore, comme il sait se faire lion, il ne se lèvera en masse que le jour où il sera sûr que ceux qui le commandent en ont le cœur, et pas seulement la peau.

« On parle encore d'un bataillon à moitié massa'cré par les lignards. Est-ce vrai? Sinon, démentez tout de suite. Sinon , dire toute la vérité sans restriction.

« On dit aussi qu'à Neuilly les barricades sont à peine gardées, que les officiers se sauvent les premiers, et que si les Versaillais ne s'emparent pas de toutes ces positions , c'est que probablement cela serait nuisible à leur plan.

il Les munitions manquent.

« On attend toujours le manifeste de la Commune. »

Voici le rapport revu par le chef des reporters et présenté au gouvernement.

Quartiers populeux.

u Ce qu'il y a surtout à signaler aujourd'hui dans Paris, et ce qui est d'un bon augure, c'est que, loin de s'effrayer de la déclaration de Thiers à la Chambre, d'en finir avant huit jours avec les insurgés, et de l'ordre du jour de Mac-Mahon à son armée promettant d'en finir plustôt encore avec la Sodome moderne, la population respire plus à l'aise , et se met à fourbir ses armes pour la grande lutte.

« Cela vient donner raison à ce que j'ai dit bien souvent dans mes rapports. Ce n'est pas la crainte de la mort qui jette du froid dans les rangs des combattants , mais la longueur de la lutte.

« Thiers demande huit jours, dit-on. Que la Commune en demande quatre pour en finir avec lui et les siens, et, tout aussitôt,

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il se lèvera une armée tellement compacte , que Mac-Mahon , à sa vue, se dira : « Étant donné que les gros bataillons l'emporteront « toujours (c'était l'avis de Napoléon) , et que outre le nombre, le « bon droit est là , ma foi ! ne pouvant plus embrasser la cause de u Versailles, je vais aller dans mes terres embrasser ma femme. »

« Donc la confiance aujourd'hui est au beau fixe. — Il y a de la poudre partout , dans l'air, dans les veines , dans les cœurs. Cette poudre-là peut être la poudre d'escampette pour nos ennemis, si l'on sait exploiter Vétat du moment,

« Je recueille à peu près ces mêmes paroles dans différents groupes : Nous serons plus forts et surtout plus nombreux derrière les remparts et des barricades.

« Pour en revenir à l'ordre du jour de Mac-Mahon à son armée, l'on a peine à croire que les Versai! lais nous aient fait trois mille prisonniers et pris cent soixante bouches à feu. Mais comme cela produit une très-mauvaise impression sur l'esprit de. quelques-uns , l'on attend du délégué à la guerre un prompt et formel démenti à ces assertions de bravache,

« Voici ce que je recueille encore : Un de ceux qui pouvaient lé mieux parer le choc produit par les événements de ces jours derniers , c'est assurément le citoyen Delescluze. Il a souffert longtemps, grâce à ceux que nous combattons aujourd'hui, et sa foi républicaine est restée pure au milieu de l'air impur de Cayenne. Depuis les quelques jours qu'il est au ministère, l'organisation militaire a fait pour un mois de progrès. Qu'il continue donc à marcher, ajoute-t-on ; le peuple n'est pas exigeant ; son bras est fort et ne veut qu'une tête forte pour diriger ce bras. Le peuple sait se faire lion, mais à la condition que ceux qui le commanderont en auront le cœur et non pas seulement la peau.

« Les uns parlent d'un bataillon à moitié massacré, toujours à la suite d'une trahison (crosses en l'air). D'autres disent au contraire qu'un bataillon de lignards aurait été presque entièrement détruit. Où est la vérité? — Tout cela agite et fait du tort à la défense, parce que le peuple n'est jamais fixé entièrement. La vérité vraie, je l'ai toujours dit, fût-elle une sombre messagère, ne fera jamais autant de mal que l'incertitude.

« On prétend qu'à Neuilly les barricades sont à peine gardées.

« On attend toujours le manifeste de la Ck)mmune.

« Le chef du bureau des reporters^ « Signé : Moreau. »

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