PRÉFECTUBE DE POLICE. POLICE MUNICIPALE
u Paris, 2 mai 1871.
A t état-major de la place,
a Citoyen chef ,
« Je prends la liberté de vous soumettre l'avis suivant , qui concerne une association non autorisée par la Commune et qui prend le nom de Fédération artistique,
u L'organisation de cette fédération est militaire, elle prend la forme d'un bataillon de la garde nationale portant le n« 54.
« Son siège est à la salle de l'Alcazar lyrique, faubourg Poissonnière.
« Le bataillon est commandé parle nommé Mouplot, personnage inconnu , qui excite les jeunes artistes à quitter leurs bataillons respectifs, et les détourne de leurs devoirs civiques.
u L'état-major de ce bataillon est composé en grande paitie de souteneurs de filles et des chevaliers d'industrie qui y trouvent leur bénéfice.
1 Ce sont les sentiments que nous avons entendu exprimer maintes fois par des fédérés, auxquels la perspective de Cayenne donnait Ténergie d'un courage digne assurément d'une cause moins criminelle.
« Veuillez, Citoyen, prendre des mesures énergiques, so,it pour dissoudre ce bataillon , dont les membres se vantent publiquement d'échapper à la loi , ou bien de hâter sa formation , et de l'envoyer aux avant-postes.
« Nous croyons que si vous adoptez cette dernière mesure , le batailhon ne tardera pas à se dissoudre de lui-même.
M Le chef de la police municipale , « Signé : Jame. »
Note, — Le bureau de justice militaire va de suite informer, et faire venir le commandant.
RAPPORT DE POLICE
Quartiers populeux.
« Dans les quartiers que j'ai parcourus aujourd'hui, toutes les conversations roulent sur le même sujet , Tarrestation du général Cluseret.
« Que de doutes amers aujourd'hui dans le cœur de ce pauvre peuple !
a — À qui se fier, monsieur , à qui se fier?
« — Trochu encore, toujours Trochuf
c( Voilà ce que j'entends partout.
« Que d'énergie, que de résultats heureux il faudra obtenir pour rétablir l'équilibre dans ces âmes découragées!
« Est-ce le dernier mot de l'infamie? se dëmande-t-on. — L'ange noir de la trahison doit-il encore nous frapper de son aile ?
« Ce découragement ne devrait pourtant pas exister dans le peuple, car tout en ne sachant pas au juste d'où provenaient cette mollesse et presque cette ineptie qui a déjà fourni tant de proies à la terre, il ne cessait de répéter (et je l'ai signalé dix fois) :
a Guerre à la Trochu !
u Ah! si l'on voulait tenir compte de tout ce que le peuple dit! Le peuple , non pas seulement celui des clubs ( que de beaux discours j'ai entendus là dedans, et que de frénétiques applaudissements les suivaient ! Mais combien peu de ces piliers de réunions publiques sont allés /e 31 octobre à t hôtel de ville! Les Romains des clubs ^ je les connais; il y en avait quatre sur mon carré, et tous quatre aujourdhui sont à- Saint-Denis)^ le vrai peuple est celui avec
lequel on doit compter, c'est celui que je vois tous les jours , « le peuple de la rue » , celui que Ton doit écouter, et auquel il faut obéir, parce qu'il ne veut que ce qui est sage et ne dit que ce qui est vrai. — Salomon consultait souvent le peuple avant de rendre ses JLig^ements. — Que nos élus fassent comme lui, et ils triompheront. — Eh bien, aujourd'hui encore, le peuple parle, et pour la dernière fois peut-être. — Il veut bien continuer la lutte, quoique meurtri par les défaillances d'en haut : en bas, l'on ne trahit jamais. Mais c'est à cette suprême condition que ces mots : Comité de salut public, ne seront pas seulement une étiquette remplaçant celle qui portait Commission executive; que la plus grande énergie va présider aux opérations militaires ; que pas un seul citoyen ne pourra se soustraire à la défense nationale; qu'enfin tous les engins de guerre qui s'étiolent loin de la lutte, seront immédiatement braqués sur l'ennemi , afin qu'une grande bataille , quelque terrible qu'elle soit, mette fin à tous ces petits combats, fils de la routine, et qui coûtent tant de sang.
« Nous ayons eu assez de cyprès!... il nous faut des lauriers, dit le peuple, et il finit par cette phrase (je l'ai entendue aujourd'hui, et elle m'a fait frissonner) : « L'on ne joue pas aux soldats en plomb avec de la chair humaine, m
« J'entends aussi les bruits les plus étranges, comme ceux-ci :
« 11 y'a eu quatre bataillons de gardes nationaux portant tous quatre le n° 72. Trois de ces bataillons , conduits par la réaction , devaient s'emparer du fort de Vincennes et le livrer aux Versaillais.
« L'on dit aussi que nous aVons eu un grand revers à Issy (beaucoup de prisonniers et de morts).
« L'on dit encore qu'un commandant du fort d'Issy était tellement ivre, qu'il avait roulé à terre durant un combat acharné.
« Et aussi, comme bouquet de nouvelles , l'on annonce (ceci est insensé) les démissions de Thiers et de Mac-Mahon.
« J'ai dit hier que cent cinquante et deux cents citoyens se trouvaient à la porte du théâtre du Cirque national. Renseignements pris aujourd'hui, ma nouvelle n'était qu'à moitié vraie. A trois heures , il y avait plus de quatre mille citoyens dans la salle ; mais quant au four de la réaction , le programme de l'Alliance républicaine des départements , qui n'est autre que celui de la Commune , avait été volé à une écrasante majorité. »
Bourse, — « On dit que les Versaillais ont fait la nuit dernière
qui renaît si brusquement, est due entièrement à l'énergie déployée depuis deux jours. Que cette énergie se décuple, se centuple, et vous verrez , vous verrez,
« Le comité de salut public est approuvé presque unanimement par tous ceux que j'écoute. On donne des accessit aux membres de la Commune qui ont voté pour; des pensum à ceux qui ont voté contre.
«Fils de l'urne, prenez garde, semblent dire les citoyens; les peuples n'aiment pas les atermoiements. 11 est vrai qu'en ce moment la popularité est un faible arbuste qu'un peu d'ouragan peut arracher. Mais en marchant de l'avant, V9US bravez les plus terribles tempêtes. L'arbuste sera devenu forêt.
« Les deux affiches apposées hier sur les murs de Paris touchant les parlementaires et l'artillerie sont aussi d'un très-bon effet.
« L'on s'organise, l'on s'organise ! à la bonne heure !
« Telles sont les paroles prononcées par tous ceux qui lisent ces affiches.
« Mais il y a encore beaucoup à dire, ajoute-t-on. Les gardes nationaux se plaignent amèrement du retard qui existe encore aujourd'hui dans l'envoi des vivres. L'on reste quelquefois douze et quinze heures sans manger. Cela amène souvent de grandes défections.
« Nourrissez bien mes soldats , disait un général , et j'en ferai des remparts, n
« L'armée républicaine est moins exigeante. Nourrissez-la à peu près, elle se fera citadelle. Les munitions aussi manquent. Les chassepots ont faim quelquefois. Ah ! ne les laissez jamais sur leur appétit.
« Enfin, dans le service des estafettes, il y a une grande négligence. Hier un soldat, porteur de dépêches très-pressées, disait ceci : Les dépêches ! c'est très-joli ça. Mais je n'ai pas mangé aujourd'hui, ety^ vais dîner d'abord. Plus tard, il fera, jour, »
jiu Citoyen Jour de y aux finances.
« 3 mai.
« CiTOTEN,
« J'ai l'honneur de vous informer que je viens d'acheter aux Prussiens mille chevaux au prix de 400 francs.
sous LA COMMUNE. 205
« Dans deux jours probablement vous aurez à payer tout ou partie de ces dépenses.
« Salut et fraternité.
« Le délégué à la guerre,
li RoSSEL. »
Nous croyons devoir nous abstenir de tout commentaire sur cette pièce, que nous avons copiée sur Toriginal de la main de Bossel , dans son registre buvard .
MINISTERE DE LA GUERRE
« A prendre chez le citoyen Godillot,
« Savoir :
« Trois habillements complets pour cochers et un garde d'écurie pour le service du colonel-major de l'état-major.
« Paris, 3 mai 1871. n (Sans signature.)
.« Paris, 4 mai 1871.
« Citoyen,
« Lé premier devoir d'un gouvernement est de faire exécuter ses décrets; s'il n'a pas cette fermeté, ses adversaires ne manquent pas d'exploiter cette faiblesse, et ses partisans, même les pi us chauds, se démoralisent. C'est ce qui arrive en ce moment. La fleur des républicains verse son sang, tandis que la non-exécution des décrets permet à une foule de gens valides, non-seulement de vaquer tranquillement à leurs affaires, mais encore de ridiculiser les combattants. Si cet état de choses dure encore quelques vingt-quatre heures , la Commune se trouve sans défenseurs. Elle n'aura pas à s'en étonner, ce sera son œuvré; car. Citoyen, si je me suis permis de vous adresser ces quelques mots , c'est que j'ai la preuve de ce que j'avance. Mon mari fait partie de la 7** compagnie de marche du l^ h bataillon; il est au fort d'Issy depuis dimanche, 30 avril; là il combat pour la défense de nos droits. Je ne regrette pas cela, car moi-même l'ai encouragé à le faire, car c'est son devoir. Mais aussi j'ai le cœur saigné de voir qu'il n'y a absolument que ceux qui le veulent qui combattent. La lâcheté des réfractaires reste impunie. Déjà une partie des citoyens formant l'effectif du batail-
Ion sont rentrés chez eux, ayant lâchement abandonné leurs ifrères restés fidèles à leur poste d'honneur. Ce qui ne les empêche nullement de percevoir les secours alloués à la garde nationale. Ce n'est point, Citoyen délégué, une dénonciation que je viens vous faire, loin de moi cette idée; mais mon cœur de citoyenne craint que la faiblesse des membres de la Commune ne fasse avorter nos beaux projets d'avenir. Le sentiment des combattants est que la Commune doit au plus vite procéder au recensement général de la population et à l'incorporation immédiate de tous les citoyens valides. Que la Commune agisse en ce sens, les braves, se sentant soutenus, redoubleront d'énergie, et tout seraa sauvé.
'« Je vous prie. Citoyen délégué, de vouloir bien agréer mes sentiments fraternels.
« E., femme Gérard,
u Rue Amelot, 159. »
Cette lettre est une des plus fermes que nous ayons rencontrées, et c'est parce que l'accent n'en manque pas d'élévation que nous la reproduisons ici. Mon cœur de citoyenne craint que la faiblesse ne fassç manquer nos beaux projets d'avenir, rappelle le langage des femmes héroïques de la Révolution. Mais l'analogie s'arrête là. S'il était légitime de nourrir en 1792 de beaux projets d'avenir, quel avenir pouvaient rêver les communeux de 1871 , devant la France abattue et mutilée? Qu'aurait amené le triomphe de la Commune que souhaitait ardemment la femme Gérard , si ce n'est le fractionnement du territoire? Et pour arriver à la consommation de la ruine nationale, quel moyen propose-t-elle? L'enrôlement forcé! Il faut contraindre tout le monde à travailler à nos désastres, et le contraindre au nom de la patrie ! Quel trouble profond de la conscience, quelle perturbation du sens moral, quel égarement d'esprit dans les natures mêmes qui paraissent le plus portées à de généreux sacrifices et à de viriles résolutions!. . .
Nous reproduisons, d'après la minute, le procès-verbal d'une séance du Comité central; c'est un échantillon des questions
sous LA COMMUNE. 207
qui y étaient débattues. On verra que les intérêts généraux de la Commune y occupent fort peu de place. A l'unanimité, les membres du Comité s'allouent dix francs par jour et admettent le cumul avec d'autres indemnités. Une proposition relative à la répression de l'ivrognerie est repoussée. Que serait devenue la Commune, si elle avait maltraité les ivrognes? On discute à perte de vue sur les droits des membres du Comité central. Le titre de membre du Comité devra laisser une marque d'honneur indélébile sur celui qui en a été revêtu, et tout membre sortant restera de droit membre honoraire. Dans le sénat égalitaire même avidité de distinctions que dans le sénat impérial.
Séance du 4 mai 1871.
« Le citoyen Moreau est nommé président.
« Un procès-verbal d'élections de trois délégués au Comité central n'est pas validé, à cause d'un deuxième tour de scrutin non marqué sur le procès-verbal.
« Lavalette propose un projet concernant l'ivrognerie.
« Le projet est remis à demain.
« Moreau dit qu'il faut s'occuper de la prise de possession des ministères et de T-organisation. Donre un moyen d'organisation.
« Spinoy dit qu'il ne faut pas de commission disciplinaire, mais une commission d'examen disciplinaire.
« Brin ne voit pas l'utilité d'un programme. Il demande un état-major.
« CoMBATZ dit qu'il ne faut pas partout l' état-major, que ce n'est qu'une branche.
« Moreau dit que le Comité central ne doit pas donner tous les services à ses officiers d'état-major, mais qu'il doit prendre tous les services.
« Moreau rappelle les commissions.
u Trois commissions responsables sont nommées.
« F AERE dit que la cavrflerie est à part du train des équipages et de l'artillerie.
« F AERE dit que le train des équipages et l'artillerie doivent être ensemble.
« Lavalette est de l'avis contraire.
u Moreau dit que l'artillerie et le train des équipages d'artillerie
doivent faire deux. Car la commission d'artiUerie devra s'occuper de la fonte de ses canons.
u On vient annoncer que le Moulin-Saquet est pris.
tt Spinoy dit que le 55* est massacré à une heure du matin, mais que la position est reprise et que des pièces d'artillerie y ont été remises. L'ancien commandant du 55% actuellement à Versailles, promet au commandant du 55* de lui laisser la vie sauve s'il se rend. Spinoy demande justice contre le commandant, pour ne pas avoir communiqué cette lettre à la Commune.
u Le chef était ivre. Fabre appuie ce dire. À Issy, tout le monde était ivre.
M Pyat a rencontré Lefrançaiset Clemenceau, qui lui ont dit que la Commune a une séancejustementpour le Comité. La Commune voudrait revenir sur son vote d'hier, et réunirait le Comité central au comité de salut public.
il AuD0\NAUD dit que la Commune est souveraine, et que le comité de salut public en référerait à la Commune,
u MoREAU dit que c'est le comité de salut public qui est souverain au-dessus de tous.
u Nauzelot dit que les cinq délé^és à la Commune lui fassent bien ressortir que c'est un contrôle sur toutes les organisations, et afin qu'il n'y ait pas de difficultés avec les officiers supérieurs, d'avoir un signe quelconque.
a MoREAU fait voir un sig^ne distinctif pour n'obéir ni commander personne.
u L'assemblée admet, pour aller à la Commune, les mêmes délégués qu'hier.
« Brin fait remarquer qu'il manque un ou deux sténographes.
« Brin demande qu'on valide son élection.
u Elle n'est pas validée, mais il est admis comme membre adjoint.
M Avoine fils vient annoncer que le Moulin-Saquet nous réappartient.
« Nauzelot dit qu'à trois heures du matin on est venu le prévenir qu'une patrouille ennemie était entrée dans la redoute avec le mot . d'ordre.
a MoREAu étant parti , Lavalette est nommé président.
« Lecture du procès-verbal d'élection du chef de légion du XIX* arrondissement.
a L'élection du citoyen Dubuisson est validée.
sous LA COMMUNE. 209
« Ceisï demande à faire une communication. Le 185« bataillon, les officiers et sous-officiers veulent donner leur démission, à cause d'un différend avec le commandant du fort de Bicêtre.
a Barreux dit qu'il faut s'adresser à qui de droit pour obtenir justice avant de donner leur démission.
« DuBUissoN dit qu'aucun officier lie peut donner sa démission en face -de l'ennemi sans être traître.
« Lacobre dit qu'on doit envoyer deux délégués.
« Les délégués sont Navarre et Josselin.
« Lacorre propose une organisation. On lui dit que c'est fait et envoyé en ce moment à la Commune.
« Lecture d'une demande de réunion de l'assemblée générale par le 123« bataillon.
« BissoN propose d'encourager le 123* bataillon par un mot d'écrit.
« Lacorre dit qu'il faut donner au plus dix francs aux membres du Comité central, puisque les chefs de bataillon n'ont pas plus.
Cl Lacord parle dans le même sens.
« Nauzelot demanda pour ceux qui n'ont pas touché depuis près de quinze jours.
a Lavalette dit que l'on payera une somme de.... pour ceux-là.
« La somme est fixée à. cinquante francs et votée à l'unanimité.
a Le citoyen Goiral demande quelle est la situation des membres remplacés du Comité central.
« Lavalette dit qu'ils sont membres honoraires.
« G-uiRAL explique son absence depuis le 12.
« Il est décidé que la somme de 50 francs, allouée comme indemnité, est pour les jours écoulés du 22 avril au 3 mai inclus.
u Lecture du procès-verbal du commissaire de police pour le vol fait au Comité central.
« Prudhomme dit qu'on ne doit pas toucher de deux côtés à la fois.
* « Lacorre dit que c'est l'affaire du règlement.
« Nauzelot fait une motion d'ordre pour ramener à la question.
« On procède au vote pour savoir si les membres du Comité central doivent toucher dix francs.
« Il est bien entendu que ni les membres honoraires ni les membres adjoints ne doivent toucher.
« Le vote à l'unanimité est pour toucher les dix francs par jour à partir du 4 mai y compris.
u Pyat parle dans le même sens que Barroux.
« Lacobre demande pour les nouveaux membres la même prérogative que pour les anciens , de rester comme membres adjoints ou honoraires jusqu'à la prochaine assemblée.
« Pyat dit que les membres du Comité central ne peuvent être révoqués que par les membres du conseil de lég^ion, et par un changement de bataillon d'un arrondissement dans un autre.
« Lacorre dit que l'on doit annuler alors l'avant-dernier procèsverbal à cause de Moreau.
« Pyat donne des explications sur Moreau, qui a donné sa démission et qui a été soumis à de nouvelles élections.
u II est convenu que les membres nouveaux, comme les anciens, auraient droit à être membres honoraires jusqu'à la suivante assemblée. En plus, ils peuvent être conservés comme membres adjoints.
« Lacord dit que les » (La suite manque.)
RAPPORT DE POLICE
Quartiers populeux.
u Le Paris d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier. La confiance existe encore, mais on voit le danger, et ce que l'on conseillait jadis, on l'exige maintenant. Plus les points noirs s'élargissent, plus le flot populaire monte et menace tempête.
u Ne prenant que* le plus sérieux de ce que j'entends, je le relate par à peu près.
« Le fort d'Issy et Issy même se trouvent fort compromis. Le fort de Vanves est attaqué avec rage par les Versaillais. Des masses terribles vont nous entourer, et bientôt , s emparant de toutes nos positions, nous refouler au delà des fortifications. Notre défense evient molle , l'attaque versaillaise furibonde. L'on n'entend plus parler de Dombrowski : lui aussi, sans doute, est tombé au pouvoir de nos ennemis. La porte Maillot fléchit; l'on brûle les Ternes et Clichy. Levallois va être abandonné par ses habitants. Nous sommes écrasés de toutes parts , et cela n'est pas surprenant, puisque des personnes bien informées disent que nos ennemis ont, à l'heure qu'il est, huit cents canons. E tutti quanti!
u Conclusion, Les Versaillais sont dans Paris ; voilà ce qu'on dit aujourd'hui.
« Heureusement, comme fiche de consolation, l'on ajoute : Eh
sous LA COMMUNE. 213
bien qu'ils viennent dans Paris, c'est là où nous les attendrons. Hommes, femmes, enfants, tous s'y mettront.
« Après avoir sig^nalé le danger, voici le remède d'après le peuple.
« La levée en masse , sinon la défaite. La levée en masse sans que personne puisse s'y soustraire, et, alors vous aurez contenté le peuple, dit-on. En place de rester dix ou quinze jours aux barricades, l'on n'y restera que trois. Personne alors ne pourra nous insulter en nous appelant les soldats de trente sous. Nos femmes sentiront qu'elles ne doivent plus nous empêcher de marcher. Enfin, et là est surtout l'important, tout Paris étant sous les armes, Versailles aura peur, et demandera lui-même à entrer en arrangements.
« Il faut aussi mettre plus de canons en jeu. Car tous les gardes nationaux qui prennent part aux discussions affirment qu'il y a dix batteries versaillaises que l'on a laissées s'établir à plaisir, entre autres la batterie du Moulin de Pierres, que l'on a laissée s'élever sans seulement l'inquiéter, et qui nous fait tant de mal aujourd'hui. (J'ai signalé cela dans un de mes rapports.) .
«L'on dit partout, à l'appui de ces faits, qu'il y a beaucoup d'endroits où des bouches à feu, placées intelligemment, réduiraient au silence, et cela en peu de temps, plusieurs batteries ennemies.
«L'on crie à pleins poumons que jusqu'ici il y a eu une telle mollesse, une telle incurie dans la défense, qu'il a fallu être imbécile ou traître pour la diriger de cette façon. Les jeunes gens quittent Paris sans la moindre opposition , les uns allant à Versailles, les autres en province (et ce sont ceux-là qui trompent). D'autres, les bras croisés, assistent à la boucherie humaine.
« Touchant la défense , sî vous avez une communication à faire de la dernière importance , l'on Vous fait promener de bureau en bureau , puis Ton revient chez soi harassé et beaucoup désillusionné, sans avoir pu trouver l'homme ad hoc, tout le monde vous ayant fait la même réponse : Citoyen y ce n^est pas de mon ressort. Enfin des chefs dont les soldats sont aux tranchées se promènent dans les rues de Paris.
« Voilà ce qui provoque aujourd'hui la colère de chacun.
M Bref : levée en masse ; punitions exemplaires pour les traîtres ; précision et intelligence dans les ordres ; énergie de fer à les exécuter, et tout peut encore être sauvé. Voilà l'opinion du peuple. »
Bourse, — « Les Versaillais préparent, dit-on, une nouvelle attaque sur Issy et Clamart avec 40,000 hommes. Ils doivent simuler
,une défaite, afin de laisser avancer les fédérés pour pouvoir mieux les battre. Les batteries qui doivent favoriser cette opération sont .déjà prêtes; établies entre Montretout et Meudon, elles serviront à couper la retraite aux fédérés.
« On dit que les Compagnies de chemins de fer ont payé les impôts arriérés à la Commune, pour empêcher le pillage par ceUe-ci.
« Depuis le 18 mars, les dépenses de la Commune se sont, diton, élevées à vingt-cinq millions, et les recettes n'ont produit que cinq millions. L'Empire et la Prusse ont fourni la différence.
a On dit que les fédérés ne pourront pas tenir bien longtemps maintenant, car les munitions vont manquer d'un jour à l'autre. C'est pour cela que le général Cluseret a recommandé, il y a une quinzaine de jours., la plus grande économie. L'armée des fédérés, dit-on, est composée, en grande partie, d'étrangers qui ont été chassés de leur pays. Il y a environ 5,000 Anglais, 2,000 Belges, et un plus grand nombre d'Italiens, de Polonais, etc., etc. Les chefs sont étrangers également. En un mot, ce ne sont plus des Français qui nous gouvernent.
u On dit que la Commune proclame la liberté et le droit du travail dans chaque déclaration qu'elle fait. Et à côté de cela , elle supprime les journaux et fait fermer les ateliers. Voilà de quelle manière elle entend la liberté. »
Concorde, — « On traite de canailles et de brigands les membres du Gouvernement de la défense nationale. »
Bourse. — « On dit que les fédérés seront forcément battus, parce qu'un grand nombre de leurs chefs sont incapables : la preuve, l'affaire du fort d'Issy. Depuis plusieurs jours ils étaient prévenus que les Versaillais cherchaient à cerner ce fort, chose que l'on aurait bien pu empêcher; aujourd'hui, le fort de Vanves se trouve dans la même situation, c'est-à-dire qu'il est cerné aussi. Ce mouvement a été porté à la connaissance des chefs il y a quatre ou cinq jours; ils n'ont rien fait pour l'empêcher. Enfin, cliaque fois que les Versaillais leur tendent un piège, ils s'y laissent prendre.
« La nuit dernière, des gardes nationaux sont allés, dit-on, chez des boulangers qui faisaient du pain, et, pour punition, ils ont sommé le patron de leur donner le montant de sa recette de la journée et fait ouvrir les caisses. Voilà ce que la Commune appelle la liberté. On devrait laisser les boulangers libres; leur travail est bien plus fatigant le jour que la nuit, en été surtout. Si on les ennuie trop, il va arriver qu'ils refuseront de nous faire du
sous LA COMMUNE. 215
pain et s'en iront. Nous serons obligés alors , si nous voulons manger, de le faire nous-mêmes.
« On dit que tous les canons du Mont-Valérien ont été remplacés par de fortes pièces de marine. Les batteries que les Versaillais possèdent entre le Mont-Valérien et le château de Bécon comptent quarante-cinq pièces. Elles sont parfaitement établies dans la terre et à l'abri des projectiles des fédérés.
« Les Versaillais ont désarmé , dit-on , les gardes nationaux de Seine-et-Oise, à l'exception de ceux qui faisaient partie des compagnies de marche. Ceux-là ont été rappelés et incorporés dans l'armée. »
Concorde, — « On dit que les membres du Gouvernement du 4 septembre n'ont jamais eu l'intention de venir siéger à Paris avec l'Assemblée nationale , attendu que tous les documents des ministères avaient été enlevés bien avant le 18 mars. On les traite de canailles, a