VOYEZ-VOUS LH SOLEIL
Par Dieu je fus choisie entre toutes les fleurs Pour proclamer sa gloire, annoncer ses splendeurs.
Ainsi petits enfants, voudrais vous faire entendre A la faveur du ciel si vous voulez prétendre,
Que le Dieu de bonté qui nous a créé tous
Sait exhausser le plus les cœurs humbles et doux !”
"V OTEZ-voirs le Soleil.
Voyez-vous le soleil qui brille à sou aurore Si pur, si radieux, si beau ?
L'oiseau qui salua le brillant météore A son lever, — le soir saluera son tombeau.
Voyez-vous ces soleils que l’on appelle Etoiles Flambeaux argentés de la nuit?
Le crépuscule vient, ils s’entourent de voiles,
Puis pointillé le jour ... et tout s’évanouit.
Voyez-vous de l’été l’éblouissante rose
Sourire à ses boutons naissants ?
Voici venir l’hiver et grondeur et morose Qui jette sa famille au souffle des autans.
Non, d’une lèvre aimée il n’est pas un sourire,
D’un ceil pas un regard d’amour,
Qui ne s’envole un jour et perde son empire,
Et pour être suivi d’un soupir en retour.
Du plus doux sentiment l’étincelle électrique
Nous saisit, — nous quitte aussitôt;
Quand la joie ô nos sens parfois se communique C’est pour un temps bien court, le ehagriu vient bientôt.
Non, il n'est pas un arbre, une fleur, une feuille Un reflet de lune sur l’eau,
Qui ne dise chacun la nature : “Accueille D’un soupir de pitié mon précoce tombeau 1 ”
Le plus brillant rayon que le plaisir nous donne De la fleur n’a que l’incarnat ;
De la Beauté le temps elTcuille la couronne,
“ Tout ce qui brille, hélas 1 perd dans peu son éclat !’’
SUR LE PORTRAIT DE LA COMTESSE d’ESSEX. 13
Sur le Portrait de la Comtesse d’Essex.
Ecoutez pendant que je chante J’ai pour mon thème une beauté —
Pour elle un autre Orphée eut fait autre descente Aux enfers. — Ecouter est une volupté!
Car de mon chant l’Inspiratrice Possède lèvres do corail,
Ses yeux sont aussi beaux que les yeux d'Eurydice, Ses splendides cheveux lui servent d'éventail.
Son sein est blanc comme la neige,
Et de la rose l’incarnat
Pâlit près de son teint ; — et son front est le siège l)e la tranquille paix, de l’émoi délicat.
Assez, — tandis que je raconte Et ses charmes et sa beauté,
Le magique pinceau d'Hayter vient pour ma honte I^a montrer dans sa gloire et dans sa majesté !
Le Passage.
Mainte année a roulé sur elle son tombeau Depuis que traversai cette onde fugitive,
Et du soleil couchant le magique (lambeau Illumine le roc, la ruine et la rive.
Dans ce même bateau, jadis auprès de moi S’assirent deux amis, deux vieux amis d’enfance, D’un père l'un ayant le saint je ne sais quoi, L’autre de la jeunesse ayant la pétulance.
L’un passa parmi nous grave et silencieux,
Et ne chercha jamais qu’un tombeau solitaire,
Plus jeune, plus brillant ou plus présomptueux L’autre passa son temps aux combats, à la guerre. Ainsi toutes les fois que porte mon regard Vers les jours d’un passé qui jâ sur moi surplombe 11 me vient des pensera tristes pour la plupart D’amis qui m'ont hélas ! devancé dans la tombe.
Mais des amis entr’eux quel est le doux lien ? Communion de coeurs, communion d’idées :