DES BOIS DE CAILLINO
Trois filles, quatre fils de mes vieux ans l’orgueil !
Et bien que la fortune alors d’un mauvais oeil Nous regardât tous deux la vilaine mégère !
Et réduisit souvent notre avoir à zéro,
Pourtant nos cœurs encor savourent en arrière Tes bois si jolis . . . Caillino !
De la misère enfin courbés sous la rafale,
Il nous fallut quitter notre plage natale,
Et de vers l'Atlantique en des climats nouveaux Porter notre avenir. Durs furent nos travaux ! Cependant au besoin vint succéder l’aisance. L’heureuse paix du cœur chez nous eut un écho,
Et sous notre foyer s'établit l’abondance
Une inconnue ... au Caillino !
Le ciel nous a donné bien mieux que la richesse,
La santé ; — quoique vieux, sur la terre il nous laisse, Si que de notre abri quand franchissons le seuil,
Sur nos cnfans chéris se repose notre œil ;
Car nous voyons grandir maintenant par douzaines Bien des petits enfants de chaque numéro,
Ainsi que nous guettions jadis croître vos chênes Bois éloignés de Caillino !
Cependant dans nos cœurs s'infiltre la tristesse En pensant que la mort clora notre vieillesse Bientôt, et que nos os loin, bien loin du pays Devront reposer là sans un de prof midis.
De nos amis d’Erin n’aurons pas le cortège Vers l'ancienne abbaye allant piano, piano,
Nos os reposeront sous un manteau do neige
Loin de toi, bien loin . . . Caillino!
Pourtant si les esprits loin du morceau de terre Qui clôt leur tombe, fout école buissonnière,
Oh! oui j’irai te voir mon chez moi de là bas Belle Ile que j’aimais tant avant le trépas !
Alors je planerai sur tes vertes allées,
Mon Erin bien-aimée en disant : “ Memento ! ”
Et puis je bénirai tes monts et tes vallées,
Surtout toi . . . natal Caillino!
LA DAM0I8KLLE AU CŒUB LOYAL.