LA MÉMOIRE DES TRÉPASSÉS
FRISWELL (HAIN).
La Mémoire des Trépassés.
Le cristal et l’argent scintillaient devant nous,
Fleurs et fruits nous offraient les parfums les plus doux, Nous étions attablés pour célébrer la gloire
Du lendemain de la victoire ;
Partout les yeux brillaient, les cœurs battaient aux champs, En pensant aux hauts faits des héros triomphants.
Alors et jusqu’au bord qu’on emplisse son verre En l’honneur des héros de la vieille Angleterre,
Qui tous, francs du collier, comme de vrais Bretons, Narguant le feu de cent canons,
Ont fait fi de la vie, et courant à la gloire Au pns de charge ont su conquérir la victoire !
Allons que tardez-vous? — Vite un toast aux vainqueurs Officiers et soldats, à tous les braves cœurs Champions du bon droit au fort de la tempête !
Lors, dit l’un, inclinant la tête :
“Je ne crains pas de voir mes souhaits repoussés,
Buvons d’abord, amis, buvons aux trépassés !
“ Ils gisent tout là bas sur la terre étrangère,
Tous ces héros sans nom, honneur do l'Angleterre,
Leurs visages tournés encor vers l’ennemi ;
Saluons-Ies d’un œil ami :
Eux, ils nous ont légué le bonheur et la gloire . . . Ensevclissons-les, nous, dans notre mémoire.
“ Mais comme il advenait à Home au temps jadis Alors que du combat des enfants bien ebéris Rapportés morts étaient salués par leurs mères De ces oraisons funéraires :
1 Devant leurs ennemis ils se montrèrent forts ! ’
Ainsi nous parlerons de nos illustres morts !
“ Lorsque du froid hiver reviendront les veillées,
Quand près d’un feu brillant filent les quenouillées,
En automne, au printemps, dans les beaux soirs d’été,
Dans le village ou la cité,
Nous dirons à nos fils et d’Alma la victoire,
Et de Balaclava l’impérissable gloire.
LL DK H. NI Eli BATEAU.
“ I)u bout du doigt traçant le plan de ces combats.
Et de ces lits sanglants où dorment nos soldats,
Ici, leur dirons-nous, l’ennemi prit la fuite,
Là, les nôtres à sa poursuite Furent par le canon décimés, renversés,
Foulés aux pieds, hélas ! . . Honneur aux Trépassés !
“ Ainsi donc avant tout buvons à la mémoire De ces morts généreux tombés, mais non sans gloire, Beudant service à tous, — à ce vaste univers
Que sous un vil joug des pervers Ont tenté d’asservir. — Honneur soit à leurs cendres Ils ont plus fait pour nous que ccnt mille Alexandres I
“ A vous donc nous buvons fidèles serviteurs,
C’est par vous, oui par vous que nous restons vainqueurs, Et nous vous saluons en inclinant la tête ;
Et notre silence les fête
Les sentiments d'honneur sur vos noms amassés . . . Amisl aux Trépassés 1 . . Buvons aux Trépassés ! ”
Le dernier Bateau.
Au rivage j’attends pensive, J’attends que vienne le bateau Mc porter vers cette autre rive Et ma patrie, et mon berceau.
Grelottante et lasse d’attendre Mon œil suit le courant toujours Qui coule sans fin, vrai Méandre, Depuis l’éternité des jours ;
Qui coule sans fin, tourbillonne, Fait valser la feuille en son cours, Trouble la vase, et l’emprisonne Tout en courant toujours, toujours.
Sa surface est sombre d’orages,
De mon matin le chaud soleil N’y reflète plus ses mirages,
Ni son éclat, lors si vermeil.
Le jour se meurt, — sur la sellette J’attends, — le bateau ne vient pas ;
ELEONOBE.
J’attends toujours, j'attends seulctte, Souffreteuse sous les frimas.
Mais les eaux se hâtent sans cesse, Sombres, tristes, dans leur parcours,
La vague joue — eu ma détresse Moi pour partir, j’atteuds toujours.
Voudrais être abritée au gîte,
Avant la nuit toucher au port :
Ce mont qu’escaladai si vite,
Le descendis avec effort.
J’ai peur du froid et des ténèbres,
N’ai rien pour me garer du vent Qui siffle de ses voix funèbres De tous côtés — arrière — avant !
Mais comme une ombre sur la terre Glisse à travers plaines et lmis,
Voilà que, drapé de mystère,
Le nocher paraît cette fois.
Il me fait signe, et sa nacelle Me prend— je n’y vois que du feu, —
Si vite, que ma voix rebelle A peine à dire : “ Oh 1 monde ! adieu ! ”
GIDNEY (R. S.)»
Eléouore.
“Aussi douce que belle, elle est Eléonore!” Des arbres tels sont les accents, Du zéphir les chuchotements,
“ Aussi douce que belle, elle est Eléonore 1” Ainsi le brisant à la mer Va porter ce refrain sur les ailes de l’air :
“ Aussi douce que belle, elle est Eléonore!’’
Du coquillage j’ai surpris les songes-creux,
Il bourdonnait: “Eléonore!” J’ai surveillé les étoiles aux cienx, L’une à l’autre disait encore :
“ Eléonore !”