ÉLÉGIE
Le tranquille Sommeil vient calmer nos terreurs Eteindre nos ennuis sous sa douce influence,
Et créant pour nos sens des songes radieux, Nous fait rêver l’azur et le brillant des deux !
GltAY (THOMAS).*
Elégie écrite dans un Cimetière de Campagne.
Le couvre-feu du jour qui fuit tinte le glas,
Le troupeau qui mugit dans le clos fait sa ronde,
Et clopin clopinant le laboureur bien las,
Rentre laissant au soir ainsi qu’il moi le monde.
Le paysage au loin devient terne au regard,
Un silence de plomb pèse sur l’atmosphère.
On n’entend que le bruit du bourdon en retard,
Ou d'un grelot bêlant le tintin somnifère ;
Ou bien le cri hargneux du hibou rêvasseur,
Qui là bas de la tour au noir manteau de lierre Sort tout mystérieux, tant il a de frayeur De l’intrus s’approchant de son nid solitaire.
Sous l’ombre de cet if, sous ces ormes rugueux Oh le gazon se gonfle en mottes de poussière,
Du rustique hameau sont les rudes ayeux Couchés bien à l’étroit, un chacun dans sa bière.
L'appel frais du matin tout imprégné d'encens,
Ni du hangard voisin le chant de l'hirondelle,
Ni le clairon du coq, n’éveilleront leurs sens,
Ni de leurs yeux fermés n’ouvriront la prunelle.
Pour eux ne brûlera plus le feu du foyer,
Pour eux plus de ces soins qu’au soir la méuagère Active, remplissait, quand couraient bégayer Le doux nom de papa, les enfants à leur père.
Souvent à leur faucille a cédé la moisson,
Leur sillon a souvent brisé le sol rebelle ;
Ils labouraient leurs champs de la bonne façon !
Comme ils pliaient les bois sous leur rude tutelle !
Et que l’Ambition ne les prenne en dédain Ces utiles labeurs, et cette joie obscure,
Que la Grandeur non plus avec un ris hautain N’accueille ces bonheurs de la simple nature ;