‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 110 sur 396 · ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE

Car l'orgueil du blason, les pompes du pouvoir.

La beauté, l’opulence, et tout ce qui surplombe.

Esclaves de la mort, attendent son vouloir :

La gloire et son éclat n'aboutit qu’à la tombe.

N'allez les dédaigner, vous autres Vaniteux S'ils ne sont écrasés par aucun Mausolée,

Sous l’aile d’une église, oîi tombera sur eux De flots élogieux une pluie étoilée.

Le buste de cet homme assis là dans la mort Peut-il donc rappeler son baleine échappée ?

L’éloge peut-il donc charmer celui qui dort,

Ou la voix de l’honneur réveiller cette épée?

Peut-être est-il couché dans ce coin retiré Quelque cœur autrefois vibrant d’un beau délire ;

Quelque puissante main, apte, selon son gré,

A gouverner l’état, à gouverner la Ivre ;

Mais l'érudition ne leur montra jamais Du grand livre du temps la vaste et noble page ;

I jü froide pénurie a lavé les engrais

Qui devaient féconder la semence avec l’âge.

De la plus limpide eau le plus pur diamant Au fond des vastes mers va se perdre et s’éteindre,

Mainte llcur au désert prodigue incessamment

Scs parfums les plus doux, et puis meurt sans se plaindre.

Un Ilampdcn au coeur chaud, au vouloir indompté Du tyran de scs champs qui nargua la colère,

Quelque muet Milton sans gloire ici jeté,

Aussi quelque Cromwell ... un peu moins sanguinaire !

D'un sénat attentif commander les bravos,

Des partis déchaînés braver l'injuste haine,

Sur un pays riant épandre le repos,

Et lire leur histoire aux champs et dans la plaine,

Tel ne fut pas leur lot ; leurs naissantes vertus,

Et leurs crimes aussi reçurent des limites ;

II ne leur fut donné de compter des Brutus,

Non plus des Cavaliers, non plus des Jacobites ;

De cacher les tourments que Dame Vérité Fait endurer au cœur qui loin d’elle s’égare ;

Ou d’entasser l'encens à perpétuité

Sur les tombeaux dos Grands, que la Muse prépare.

KLKU1K.

Chut ! ce calme sacré qui respire à l’entour A chaque passion impose son silence,

En tranquilles accents semblant redire au jour De l’éternelle paix, l’étemelle espérance !

Loin du monde et du bruit, de son tumulte vaiu, Jamais leurs vœux surpris ils n’ont fait fausse route ; Retirés de la vie, ils ont du droit chemin Poursuivi le tracé sans se permettre un doute !

Mais pour les protéger ces débris de la mort, Quelque signe mesquin en guise d'épitaphe Implore du passant pour celui-là qui dort Une larme, un soupir, malgré son orthographe.

Et leur âge, et leur nom souvent estropiés,

C’est là leur mémento, là leur nécrologie ;

Et maints textes sacrés incrustés à leurs piés Disent au villageois de la mort l’élégie.

Car lequel d’entre nous se résigne à l’oubli.

Qui voit venir la mort sans arrière pensée.

Et ne regrette enfin au dernier hallali Son existence, hclas ! trop vite dépensée ?

L’âme qui prend son vol sur quelque cœur aimant Tient à se reposer ; et la tombe a son charme :

La voix de la nature a toujours un aimant ;

L’œil qui se ferme veut l’aumône d’une larme.

Des morts non honorés, pour toi, qui, soucieux, Raconte dans ces vers leur toute simple histoire,

Si par hasard conduit par un penser pieux Quelque frère jumeau par l’esprit, on peut croire,

Demande quelque jour quel il était ton sort ? Peut-être qu’un berger à la tête blanchie Dira : “ Nous l’avons vu du matin dès l’abord De la plaine arpenter la route rafraîchie,

“ Pour aller sur le mont voir lever le soleil ;

Puis au pied de ce hêtre il aimait à s'étendre Dans toute sa longueur, éludant le sommeil Qu’en courant le ruisseau lui conseillait de prendre.

“ Près de ce bois là bas tantôt il promenait Ses fantasques pensera avec un rire étrange ;

Tantôt il paraissait penché, blême et défait D'un amour sans espoir comme regrettant l’ange.

ODE À D’aDYEESITÉ.

“ Un matin ne le vis ni sur le pic du mont,

Ni reposer rêveur sous l'ombre de son hêtre ;

Vint un autre matin, sur le versant profond,

Près du ruisseau du bois ne le vis point paraître,

“ Le jour d’après avec de montes chants de deuil Nous le vîmes porter là bas au cimetière :

Si tu sais lire, approche, ici gît son cercueil,

Sous cette épine lia ce lai gravé sur pierre

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