‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 120 sur 396 · NE CONNAISSEZ-VOUS PA 8 CE FLEUVE · texte numérisé non relu

NE CONNAISSEZ-VOUS PA 8 CE FLEUVE

Les conviés autour du lit des épousailles

De noce entament le gâteau ;

Mais sans penser à mal, ce Bont les funérailles Dont ils allument le flambeau,

Iæ mariée eu sa chambrette prie,

Car le vent siffle sa furie ;

Quand retentit un cri lugubre, caverneux . . . Les noceB sont de tristes funérailles !

“ Ululait !

Ululah ! ”

Et le beau jouvencel est pour ses épousailles De Kilféra conduit aux sombres lieux !

Ne connaissez- vous pas ce Fleuve au doux Souiure?

Ne connaissez-vous pas, fut-ce par un ouï-dire,

Ne connaissez-vous pas ce fleuve au doux sourire,

Qui coule en tapinois Auprès de rocs et bois,

Et s’en va serpentant avec gentil bruire?

Rempli d'un saint émoi je le revois toujours,

Je revois son courant des yeux de la mémoire.

Oh ! je chéris encor son chaut invitatoire,

Car près de mon berceau ce beau fleuve a son cours :

Ne connaissez-vous pas, fut-ce par un ouï-dire,

Ne connaissez-vous pas ce fleuve au doux sourire,

Qui coule en tapinois A travers rocs et bois.

Et s’en va serpentant avec gentil bruire ?

Il est je no sais quoi dans le vallon natal,

Qui s’infiltre en notre âme en charmante musique,

Il est de la beauté, du frais, de l’idéal

Dans la brise qui joue, et dans la fleur pudique.

La mémoire des jeux, des plaisirs d’autrefois Qui de nouveau nous font visager notre enfance,

Est plus chère à nos cccurs que l’or et la puissance,

Que les riches hochets que nous donnent les rois.

Ne connaissez-vous pas, fut-ce par un ouï-dire,

Ne connaissez-vous pas ce fleuve au doux sourire Qui coule en tapinois A travers rocs et bois,

Et s’en va serpentant avec gentil bruire ?

o’brazid, l’île des bienheureux. 149

Oh ! Scenr ! lorsqu’au milieu de doutes, de chagrins,

Qui de la vie hélas ! enrayent le voyage,

Je me reporte vers ce fleuve aux doux refrains Aussi vers ces plaisirs, les joyaux du jeune âge,

L'esprit tout affaissé sous le poids du malheur,

Il me faut dans le ciel cette sainte espérance Qu'on m’inculqua jadis aux jours de mon enfance, ■

Pour empêcher alors de se briser mon cœur :

Ne connaissez-vous pas, fut-ce par un ouï-dire,

Ne connaissez-vous pas ce fleuve au doux sourire Qui coule en tapinois A travers rocs et bois,

Et s’en va serpentant avec gentil bruire î

O’Braziu, u’Iue des Bienheureux (')

Sur l’Océan qui creuse où s’asseoit votre chaume,

Se dessine, dit-on, un beau pays-fantôme,

Les hommes qui l’ont cru morceau tombé des cieux L’appellent “ O’Brazil ’’ — l’île des bienheureux.

La belle vision on la voit du rivage,

Et d'année en année, étaler son mirage,

Les nuages dorés s'y groupent avec soin,

Si, qu’on croit voir l’Eden, au loin, au loin, au loin !

Entendant un beau jour conter cette merveille,

Un paysan crédule y brftla son oreille,

Et dirigea d'Ara la sainte cependant,

Vers la belle O’Brazil sa voile à l’occident.

Il n’écouta les voix le hélant du rivage,

Il n’écouta les vents précurseurs de l'orage,

Mais quitta du foyer le tant cher petit coin En quête d'O’Brazil au loin, au loin, au loin !

Le matin tout pimpant sur le flot vint bruire, L’île-fantôme au loin refléta son souriro ;

Midi vint, à ses feux le nouveau Paradis Dans un charmant lointain brillait, mais indécis :

A la fin vers le soir, tourné vers son sillage Le voyageur en vain cherche Ara, son rivage ; (*)

(*) On dit qu'une Ile fantôme est quelquefois vue des Iles d'Arran, sur le bord occidental do l'Atlantique.

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