TELLE EST LA VIE
‘ L’île des bienheureux, doit être (buts ce coin,’
Se dit-il ; ‘ mais bêlas ! c'est loin, bien loin, bien loin ! '
O rêveur imprudent ! sur Ara remets voile,
Voici le crépuscule, et déjà point l’étoile;
Insensé de troquer par une illusion La paix de ton chez toi contre une vision.
Livraison le pria,— vaine fut sa prière,
Et d'Ara plus jamais ne revit la chaumière ;
La nuit descendit sombre, et seule fut témoin De sa mort sur les flots irrités, loin, bien loin !
A vous, mes chers amis, ai-je besoin de dire Le mythe de ces vers que vous chante ma lyre ? Comme quoi du plaisir le fantôme brillant Leurre dans la jeunesse un cœur par trop bouillant,
Si, qu'il parait plus beau que cette île-mirage,
Que son sourire atteint, fascine le plus sage;
Mais hélas ! quel malheur ! pour le cœur qui sans soin Laisse le doux foyer du devoir loin, bien loin 1
Ali ! pauvre aventurier 1 sur cette mer houleuse Pour l’île sainte il eut dû laisser l'îlo heureuse !
Mais le cœur repentant a là haut un gardien,
Qui de l’enfant ingrat est encor le soutien.
Qui voudrait faire fi de l’offre d’assistance,
Quand il suffit pour Dieu d’un peu de repentance ;
Et pour suivre un fantôme, homme est-il donc besoin D’aller sur l’océan mourir au loin, bien loin !
GUBNER (W.)
Telle est la Vie.
Bâtir à chaque instant des châteaux dans les airs, Passer des jours, des nuits pleins de soucis amers, Pour aller en avant— où? . . qui sait? . . Aux enfers!
Telle est la vie I
Voir bientôt se faner les roses de l’espoir,
Et les plus doux plaisirs s'éclipser en un soir,
Pour laisser en nos cœurs un vide, un désespoir,
Telle est la vie 1
Des ouvrages fort beaux, de sublimes projets,
Tous très bien commencés pour rester incomplets,