‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 121 sur 396 · TELLE EST LA VIE · texte numérisé non relu

TELLE EST LA VIE

‘ L’île des bienheureux, doit être (buts ce coin,’

Se dit-il ; ‘ mais bêlas ! c'est loin, bien loin, bien loin ! '

O rêveur imprudent ! sur Ara remets voile,

Voici le crépuscule, et déjà point l’étoile;

Insensé de troquer par une illusion La paix de ton chez toi contre une vision.

Livraison le pria,— vaine fut sa prière,

Et d'Ara plus jamais ne revit la chaumière ;

La nuit descendit sombre, et seule fut témoin De sa mort sur les flots irrités, loin, bien loin !

A vous, mes chers amis, ai-je besoin de dire Le mythe de ces vers que vous chante ma lyre ? Comme quoi du plaisir le fantôme brillant Leurre dans la jeunesse un cœur par trop bouillant,

Si, qu'il parait plus beau que cette île-mirage,

Que son sourire atteint, fascine le plus sage;

Mais hélas ! quel malheur ! pour le cœur qui sans soin Laisse le doux foyer du devoir loin, bien loin 1

Ali ! pauvre aventurier 1 sur cette mer houleuse Pour l’île sainte il eut dû laisser l'îlo heureuse !

Mais le cœur repentant a là haut un gardien,

Qui de l’enfant ingrat est encor le soutien.

Qui voudrait faire fi de l’offre d’assistance,

Quand il suffit pour Dieu d’un peu de repentance ;

Et pour suivre un fantôme, homme est-il donc besoin D’aller sur l’océan mourir au loin, bien loin !

GUBNER (W.)

Telle est la Vie.

Bâtir à chaque instant des châteaux dans les airs, Passer des jours, des nuits pleins de soucis amers, Pour aller en avant— où? . . qui sait? . . Aux enfers!

Telle est la vie I

Voir bientôt se faner les roses de l’espoir,

Et les plus doux plaisirs s'éclipser en un soir,

Pour laisser en nos cœurs un vide, un désespoir,

Telle est la vie 1

Des ouvrages fort beaux, de sublimes projets,

Tous très bien commencés pour rester incomplets,

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