‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 130 sur 396 · LE DIMANCHE À LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

LE DIMANCHE À LA CAMPAGNE

A travers le rocher tout crevassé l’eau glisse,

Et puis retombe sur le sol ;

Et de la lyre on trappe l’orifice Si l’on veut obtenir la, si, re, mi, fa, sol.

Par des pieds étourdis pauvre Heur écrasée,

Rend l’âme avec tout son parfum ; L’or doit au feu subir une pesée Avant que sa splendeur soit livrée à quelqu’un. Lorsque le crépuscule en quittant sa caverne Nous amène ses froids brouillards,

Le ver luisant allume sa lanterne,

Et l'oiseau de la nuit chante scs chants criards.

A la chute du jour parait soudain l'étoile.

Et son éclat surnaturel ;

Et le nuage en pleurs . . . voilà la toile Oîi, la palette en main, Dieu peint son arc-en-ciel. Ne pleurez sur les torts dont se plaint le poète,

No pleurez donc point ses douleurs, Car le chagrin est la source secrète Où de la Poësio il va chercher les fleurs.

Le Dimanche à la Campagne.

L’Eglise je la quitte ; — il fait bien beau — c’est Mai.

La voix du sermonneur las ! qui n’a rien de gai Et m'agite et m’oppresse ... et pourtant à cette heure Radieuse d’effets — de la sainte demeure Je me détourne pour aller chercher lo frais Du ruisseau qui murmure et chante tout exprès,

Pour fêter, saluer le Roi de la Nature,

Pour aller admirer les énivrants attraits

Des fleurs, chastes beautés qui croissent sans culture.

L’orage tourbillonne — et voyez ! le zéphir De la terre fleurie étouffo le soupir :

Le volcan chaleureux vit, bondit et trépigne,

Et va se refroidir dans le sein de la vigne :

La douleur n’a qu’un jour — la santé sans effort Elle 1 . . a toute la vie ; et la face d’un mort Est veuve de chagrin ; le ciel a sou dictante Pour tout combat mortel. L’étoile onques ne dort,

Et vite de l’éclair s’éteint la fauve flamme.

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