LE CHANT CE LA NUIT
Oh ! vivons donc, ainsi qu'une fleur après l’antre
Se ferme, et puis s’ouvre à son tour, En laissant cependant un lien bon apôtre
Pour nous dorer la fin du jour.
Le Chant ce la Nuit.
A toi je viens Terre !
Avec tous mes dons : — et pour chaque fleur, Pour renouveler sa vie éphémère,
Avec moi j’apporte éclat et fraîcheur.
Il n'en est pas une,
Parmi bois et monts, qui scintille au loin,
Que ne charme pas mon ombre opportune,
Oui — quelqu’écarté soit son petit coin.
Avec mes doux voiles Je viens chaque soir mirer dans les eaux Des lacs, des ruisseaux mes blanches étoiles, Eux miroirs le jour, des lis, des roseaux.
De la quiétude
Aux vallons, aux bois j’apporte la paix,
Le faon, l’alouette en leur solitude Trouvent tous par moi leurs vœux satisfaits.
Sur mon cœur je presse L'enfluit fatigué, puis sur ses beaux yeux Je souffle soudain songes de liesse Pour bercer son âme, et le rendre heureux.
Suis silencieuse !
Oh I que nenni dà I . . j’ai nombre de voix D’accents variés ; — et mystérieuse A la terre, aux deux je parle la fois.
Je parle sans morgue Aux petits oiseaux qui jasent entr’eux ;
J’aime aussi parfois, j’aime h toucher l’orgue A travers les pics des pins résineux.
Mais dans l'àme humaine De petites voix j’éveille à propos Des cent, des milliers, chuchotant è peine, Assez haut pourtant pour des yeux mi-clos.
on: voüs ne laissez pas un tide belles fleuhs. 161
C’est la souvenance
De fidèles cœurs, de beaux jours passés,
De tendres émois, de chagrins d’enfance,
Ou bien des vertus de chers trépassés.
Ces voix d’outre tombe Planent au-dessus du lit de l’amour Sans bruit cependant ; ainsi la colombe Roucoule sa peine il la fin du jour.
Je suis solitaire !
Oh I que nenni dà ! j’ai pour compagnons Fantômes du cœur — de l’imaginaire,
Le Beau, le Hideux, les Gais, les Grognons!
La lumière éteinte
D’un œil qui n'est plus, c’est ma foudre à moi ; De vive tendresse ou d’angoisse empreinte Elle trouble l’fune, ou répand l'effroi.
Moi, dont l’influence
Douce endort la fleur, l'oiseau dans les bois, Terrible souvent, je suis la vengeance Et fouillant les cœurs je les rends pantois.
Moi qui le soir berce La feuille des bois,— j'amène è minuit Aux coupables cœurs le remords à verse! . . Terre souviens-toi ; — car je suis la nuit 1
On ! voua ne laissez pas un vide belles Fleuiis.
Oh ! vous ne laissez pas un vide belles fleurs Qui naguère animiez la fontaine et la grotte,
La rosée a toujours ses féeriques faveurs,
La feuille son doux bruit, le jeune oiseau sa note.
Un murmure toujours se fait sentir sur l’eau O lys ! oit ta splendeur éclata sans rivale,
L'onde ne pleure pas son enfant le plus beau Quand se disperse au vent sa couche nuptiale.
Et toi belle hyacinthe aux corolles d’azur Maintenant loin de toi, bien loin erre l’abeille,
Sans penser la volage à ce parfum si pur Dont ses sens éblouis aspiraient la merveille.