‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 138 sur 396 · EDITH · texte numérisé non relu

EDITH

Quand il revint je ris sous ma douleur amère.

Mon sourcil se couvrit d’un voile de colère,

Pour une jeune fille, il sied si bien l’orgueil !

Je lui dis : “ Marguerite est demoiselle fière,

De ce côté là mieux votre cœur est prospère;”

Oh 1 ma robe de noce . . . elle est dans le cercueil !

Je lui dis : “ Marguerite a fort riche cassette.

C’est bien de lui conter amoureuse fleurette;”

Pour une jeune tille, il sied si bien l’orgueil !

Et je continuai : “je vous parle en amie,

Cherchez à l’épouser, et vous n’y perdrez miel”

Oh I ma robe de noce . . . elle est dans le cercueil !

Son visage pâlit ; — je fus comme 1'étoule

Quand il partit soudain. — Oh! Dieu que j’étais seule!

Pour une jeune fille, il sied si bien l’orgueil !

Oh I Dieu qu’ils furent longs ces longs mois pleins de neige. Mais nid, de mes chagrins n’ent soupçon dn cortège ! . . Oh ! ma robe de noce . . . elle est dans le cercueil 1

Je n’entendis son nom une fois, non pas certc,

Avant que le printemps n’eut pris sa robe verte,

Pour une jeune fille, il sied si bien l’orgueil 1 Alors s’en vint chez moi la belle Marguerite,

Qui me dit : “ Dans un mois serons unis, petite !”

Oh ! ma robe de noce . . . elle est dans le cercueil !

Je la félicitai, j’eus pour elle un sourire,

Je souhaitais la mort cependant dans mon ire,

Pour une jeune fille, il sied si bien l’orgueil !

Ne pouvais conserver un lopin d'espérance,

Du sommeil éternel j'appelais l’assistance . . .

Ah ! ma robe de noce . . . elle est dans le cercueil I

Pourtant je priai Dieu de m’accorder la grâce De le revoir encore une fois face à face,

Pour une jeune fille, il sied si bien l’orgueil !

Et quand le jour se fît plus grisâtre et plus sombre,

Près du lieu de repos, je rencontrai Bon ombre . . .

Oh ! ma robe de noce . . . elle est dans le cercueil !

Dans mon orgueil blessé je puisai du courage,

En sachant qu'il couvait un autre mariage.

Pour une jeune fille, il sied si bien l'orgueil !

Et je ne craignis plus de lui montrer mon âme,

KDITU.

Et de lui laisser voir à nu pour lui ma tiamme,

Oh 1 ma robe do noce . . . elle est dans le cercueil 1

Je dis : “Ne veux cacher, cela plus ne m’importe, L’amour qui de mon cœur a su forcer la porte,’’

Pour une jeune fille, il sied si bien l’orgueil 1 “ D’un amour aussi grand vous n’étiez certes digne Vous qui ne sûtes pas en deviner le signe.”

Oh ! ma robe de noce . . . elle est dans le cercueil 1

“ D’un amour aussi grand vous n’étiez certes digne, Puisque pouvez aimer fillette si bénigne ; ”

Pour une jeune fille, il sied si bien l’orgueil !

“ Oh ! c’est fort bien d’avoir placé vos soins sur elle, Sur elle un vrai poupard, un esprit sans cervelle 1”

Oh I ma robe de noce . . . elle est dans le cercueil t

“Mon mépris, eussiez dû, pour vous je le déplore,

Le placer au-dessus d'un amour incolore,”

Pour une jeune fille, il sied si bien l'orgueil I “ Puisque de l’épouser vous vous passez l’envie,

Sachez que mon amour pour vous, c’était ma vie !”

Oh ! ma robe de noce . . . elle est dans le cercueil !

Dans son regard je pus lire une peine extrême,

II était tout angoisse, et prêt à mourir même ;

Pour une jeune fille, il sied si bien l'orgueil !

Mais alors qu’il parla : “ M’avez fait grande injure Damoiselle ! ” . . dit-il d’une voix forte et dure.

Oh ! ma robe de noce . . . elle est dans le cercueil !

“J'eus à donner un jour un cœur rempli de flamme, Mais vous l'avez broyé sans nul émoi, Madame;”

Pour une jeune fille, il sied si bien l'orgueil !

“Je ne puis plus aimer d’une amour si profonde,

Non . . . pour moi cette amour elle a quitté le monde!" Oh ! ma robe de noce . . . elle est dans le cercueil!

“ L’amour dont vous aimais, un amour tout d'élite.

Ne le pouvais jamais donner h Marguerite ; "

Pour une jeune fille, il sied si bien l'orgueil 1 “ Mais me dis, quand par vous fus traité de la sorte :

La Damoiselle Edith que j'adorais est morte.”

Oh ! ma robe de noce . . . elle est dans le cercueil !

“ Oh ! Damoiselle Edith ne pouvez jamais être Ce que fûtes pour moi naguère . . . mou bien-être;”

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