‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 144 sur 396 · LA JEUNE FILLE MOURANTE · texte numérisé non relu

LA JEUNE FILLE MOURANTE

JEWSBURY (MISS).*

La jeune Fille mourante.

“ Ne me regarde pas d’un œil si triste, mire !

Contre le sort il faut mieux s'affermir,

Et ne le blâme pas â mon heure dernière,

Le désir que j’ai do mourir.

Je ne puis supporter maintenant davantage Les maux que supportais jadis,

Car si ma vie est jeune d'âge,

Elle est bien vieille de soucis 1

“ Ne pleure pas sur moi, non, ne pleure pas, mère, Vois-tu, mon front est ridé de chagrin,

Et tous les pleurs versés par ta douleur amère Ne détruiront pas ce burin :

Et si tu pouvais voir dans mon cœur, dans cc gouflrt Trop épuisé pour un soupir,

Mère, à l’aspect de ce que souffre Tu dirais: “ Il faut mieux mourir !”

“ Je sais que c’est l’été, je sens la douce haleine

Du mois de Juin ; j’entends le doux glou-glou Du gai, du frais ruisseau qui s’en va par la plaine Chanter sa musique au caillou :

Les roses de ma chambre à travers la croisée Regardent, je les vois rougir ;

Mais mère, mon âme est usée,

Rien ne m’est plus ! mieux vaut mourir ! "

“ C’est la saison des fleurs, mais rien pour mon oreille N'a douce voix, ni le chant des oiseaux,

Ni le bourdonnement qu'en courant fait l’abeille,

Ni le frou-frou des arbrisseaux :

Il ne me reste rien, non rien que ta tendresse,

Je l’emporte sans l’affaiblir,

Lâ-hant est mon cœur, ma liesse . . .

Uh ! mère, laisse-moi mourir ! ”

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