‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 145 sur 396 · LE RUISSEAU UES BOIS · texte numérisé non relu

LE RUISSEAU UES BOIS

Le Ruisseau des Bois.

D’oir viens-tu, gai ruisseau des bois,

D’où filtre ton eau garrulente ?

De ce mont tu viens tout pantois Pour rafraîchir l’herbe mourante ;

Petit ruisseau dans ton chemin pourtant Les plus petits que toi tu les prends en trottant.

Enfant trouvé de la nature

Quel est ton nom? je n’en sais rien,

Mais plus gentil est ton murmure Que le nom le plus éolien :

Car frais ruisseau sur ta couche légère L’imagination nous fait rêver mystère.

Tu parais jeune, gai ruisseau,

Comme un enfant qui vient de naître,

Et cependant de ce hameau Toi seul connus le premier maître :

Cet if là bas, de nos arbres le Roi,

Et cette Eglise aussi sont plus jeunes que toi 1

Les vieux, les plus vieux du village Te passent le bâton en main,

Tu vis les jeux de leur bas âge,

Tu vois les maux de leur déclin ;

Pourtant malgré leur blanche chevelure Ils sont jeunes ces vieux . . Toi ! . . vieille est ta nature !

Ce chêne qui pour le pêcheur Forme un abri si favorable,

Et qui chaque jour du Seigneur Des enfants voit la troupe aimable Autour de lui, ce colosse si vieux N'est près de toi, Ruisseau, qu’un blanc bec vaniteux.

La borne, les champs, leur argile,

Les moissons qui dorent ton cours,

Le fier Seigneur, le serf docile,

Et les nuits ainsi que les jours,

Tout a changé ; toi seul Ruisseau, ne cesse De courir ton chemin pimpant de gentillesse.

Ainsi soit cher ruissscau des bois !

Laisse couler ton onde heureuse,

Page 1