I.A CITÉ DES FABRIQUES
Les astres même, ils paraissaient noircis Et troublés du frou firou de la fumée altière ;
Et la cité fronçait ses lourds sourcils Au poison débordant de l’horrible chaudière.
Car sous ces murs humides de vapeur Sont attelés ensemble et la mort et la vie,
La chair, le fer sont au même labeur Côte à côte h lutter, sans espoir de survie.
Là sous ces murs parmi le ronflement De la roue en travail, glapissant sa misère,
Parmi les cris et parmi l’aboiement Les plaintes de la force écumant de colère,
Parmi l’air lourd, fiévreux, plus qu’étouffant Mélangé seulement d'une acide poussière,
Le tournoiement chauffant, toujours chauffant De la navette active, et brûlant l’atmosphère,
Là, se tenaient des enfants frissonnant,
Nuds qu’ils étaient, parmi la chaleur incessante,
Quand l’âge mûr chevrotait décimant Sous les coups redoublés de l'usine aspirante!
Le pauvre cœur de la femme pourtant Palpitait de douleur en voyant sa famille
8e consumer pour le riche Exploitant Qui, tous les dons de Dieu, les traitait de vétille !
Et cependant ce Maître, leur Seigneur,
Fait près des étrangers jabot de sa fabrique ;
“ Voici mes gens, et voilà ma vapeur !” . . . Quant à moi jen’y vois qu’une machine unique.
Chut ! à travers ce carnage sans sang,
Du morne désespoir l’horrible cri s’élève :
“Que n’ai-je ici l’eau même d’un étang,
Que n’ai-je un souffle d’air enfin qui me relève !
“Que ne trouvé-je aussi l'herbe des champs Pour rafraîchir un peu ma main vieille avant l’âge 1
Que n’ai-je aussi des oiseaux les doux chants Pour me parler des bois et de leur frais ombrage ! ”
Mais non, mais non ! — Quoiqu'il fut nuit d’été Pleine du doux parfum des foins de la prairie, n2