‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 149 sur 396 · LA CITÉ DES EABBIQUES · texte numérisé non relu

LA CITÉ DES EABBIQUES

Quoique la lune en toute sa beauté Planât sur les sentiers séjour de la féerie ;

Que dans les clos dormissent les troupeaux. Que la fraîcheur berçât la forêt dans son somme,

De par Mammon ils veillaient les fourneaux, Etincelant d'éclairs où l'homme immole l'homme !

Cependant que notre triste Uabel Voit broyer sans pudeur le pauvre par le riche ;

Le riche est-il, lui, l’héritier d’Abel,

Le pauvre de Caïn . . . pour rester seul en friche ?

Cependant que l’opulent orgueilleux Trébuche en revenant nuitamment de l’orgie,

Près de l’église, impalpable à ses yeux,

Oit seul dans le désert son Dieu fait la vigie !

Cependant que du trafic le Seigneur Maître de la fabrique et du métier s'amuse

Sur les chemins à traîner sa grandeur,

Sa volonté de fer émiette l'homme et l’use.

Fatigue et faim le hissent danB son char; Avec l’or qu’il soutire il a valets à gage,

Vils fainéants qui, de ce lourd richard Comblent de faux respects le hideux brigandage.

Jeunes beautés — mortes à la douleur,

Jeunes têtes avec des cervelles vieillies,

J eunes garçons tués sous le labeur,

Jeunes femmes enfin par la faim assaillies,

Ils gisent là ces cadavres flétris Sans l'ombre d’un regret pour si grande misère,

Foulés aux pieds par la vapeur, occis Sous l’aflreux Juggernaul que traîne l’Angleterre !

Et sur lo tout l'imposant firmament Verse les feux du jour; on dirait qu’il proclame De l’Eternel le mécontentement Sur ces autels d’enfer ... le métier et la trame.

N’avez-vous pas entendu le soupir Secrètement gémi durant la nuit obscure ?

C’est tout un peuple ... il s’apprête à périr Faute de repos, d’air, et faute de nature !

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