‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 168 sur 396 · I-a mort in’occit la chère · texte numérisé non relu

I-a mort in’occit la chère

SANTA FILOMENA

“ Si que sortit de sa prison Mon âme en brisant sa cloison Pour s'installer dans la maison A la porte d’ivoire :

C’esl là que dans un rouge bord Boit terme à la terre du nord Le guerrier qui nargua la mort ! " Ainsi finit l’histoire.

Santa Filoména.

Quand un noble penser — une noble action Font surgir l'admiration,

Dans leur élan nos cœurs s'en vont jusqu’au ciel même Remercier l'Etre Suprême.

Le sublime courant d'un plus sublime cœur S’infiltre en notre intérieur,

Et soulève notre âme au-dessus des misères,

Au-dessus des soucis vulgaires.

Honneur donc à ceux Là dont les faits glorieux

Du front nous font toucher les deux ;

Dont les actes sacrés, ou la douce éloquence Poétisent notre existence.

Ainsi pensai-je moi, tout en lisant la nuit A l’heure morne de minuit,

Des héros de Crimée une assez longue histoire,

Teinte de sang, teinte de gloire.

Se montraient à mes yeux les blessés du combat Des hôpitaux sur le grabat ;

Puis d'affreux corridors oit pullulaient la foule,

Des postulants l'énorme houle.

Mais qu’appercevons-nous là dans cet Hôtel-Dieu ? Jeune Dame et de noble lieu,

Glisser, Auge Gardien, dans les salles funèbres,

Etoile parmi les ténèbres.

Et lentement rêvant un rêve de bonheur

Le blessé sent moins sa douleur,

Et sa bouche sans voix bénit quiie fascine . . .

Cette moderne Evangéline.

LE NAUFRAGE I)E l'HF.SPÉUDS. 203

Tout comme si du ciel une porte s'ouvrait,

Puis tout h coup se refermait,

Ainsi la vision brilla, beau météore,

Puis s’effaça pour vivre encore !

De la noble Albion dans le long avenir,

Cet admirable souvenir Viendra poétiser des portails de la gloire Une belle page d’histoire.

Un doux Ange Gardien surgira lampe en main,

Du ciel indiquant le chemin,

Représentant ainsi le type de la femme

Héroïque, bonne ... et toute âme !

Et rien n’y manquera la palme ni le lis,

Ni la lance, ni ses débris,

Symboles dès longtemps donnés Philomèue,

Une sainte au ciel — son domaine !

Le Naufrage de l’Hespébcs.

L’IIesperus svelte goélette Dans tous les tempB tenait la mer, Et le patron avait pris sa fillette Pour charmer ses ennuis pendant le long hiver.

Sa joue était comme l’aurore,

Ses yeux bleus comme Üeurs de lin, Sa gorgerette était plus blanche encore Que le bouton de mai, quand il s’ouvre au matin.

Le patron, la pipe à la bouche, Debout auprès du gouvernail, Examinait d’un œil de Scaramouche La fumée à tout vent livrant son blanc poitrail.

Lors au patron tint ce langage Tout à coup un vieux loup de mer :

“ Patron ! je crains l’ouragan et sa rage, Relâche dans ce port ; nous sommes en hiver.

“ 1.4 lune hier était bnimeuse Noua ne la voyons pas ce soir • " Mais le patron dans son humeur railleuse Puma plus fort encor, sans un brin s’émouvoir.

LE NAUFRAGE DE l’HESPÉBUS.

De plus en plus souffla la brise,

En sifflant la neige tombait,

Et puis roulait sur la vague indécise,

Et comme du levain s'enflait, s’enflait, s’enflait.

Voilà que descend la tempête Dans sa force sur le vaisseau ;

Lui, s'arrêta comme un coursier s’arrête,

Et puis bondit d’un cable ainsi qu'un lionceau.

“ Viens ici, viens ici fillette,

Et ne va pas trembler ainsi,

Vois-tu! je puis avec ma goélette Braver vents et marée et l'ouragan aussi."

Et de son large habit de laine Il enveloppa son enfant,

Puis d’un espar brisé prenant la chaîne,

Au mât il l’attacha tout en la réchauffant.

“ J 'entends les cloches de l'église,

Père, que veut dire cela ? "

— “ Oh 1 c’est un son, qui porté sur la brise, Nous avertit, enfant, qu’il faut virer par là 1 ”

“ J’entends un grand bruit et sans cesse Père, que veut dire cela ? ”

— “ C’est mon enfant le canon de détresse D’un navire en péril qui naufrage par là ! ”

“ Je vois une vivo lumière,

Père, que veut dire cela ? ’’

Mais pas un mot ne répondit le père,

Car c’était un cadavre, ... il était froid déjà.

Il gîsait frappé par la foudre,

Le regard tourné vers les cicux,

Près du timon presque réduit en poudre,

La lanterne éclairait ses yeux fixes, vitreux.

Lors sous la douleur accablée,

La fille pria le Seigneur,

Se rappelant le lac de Galilée Où le Christ sut calmer les flots dans leur fureur.

Et par ce minuit triste et sombre Filait sans interruption,

La goélette ainsi que file une ombre,

Vers un affreux rescif, ... la désolation.

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