LA FLÈCHE ET LA CHANSON
Et toqjours un son du rivage
Venait entre les coups de vent,
C'était le son du ressac sur la plage Toujours frappant le roc, toujours se dissolvant.
Le brisant vomit son écume
Jusqu'à l'épaule du vaisseau,
Et puis la vague eu son avaloir hume De son pont l’équipage et lui creuse un tombeau.
Et la goélette en dérive
Glisse sans force sur les flots,
Le vent l'étreint et la pousse à la rive,
Mais lç roc la déchire et l’égrène en lambeaux.
Ses haubans recouverts de glace
Râlent ; et ses prêts sous les eaux En s’engouffrant entraînent la carcasse . . .
Elle est à fond . . . blou ! blou ! font à l’entour les flots !
Le jour sur la lugubre plage
Se levait, lorsque plein d’effroi Un bon pêcheur vit, débris du naufrage,
Sur un mât en dérive un bien triste convoi.
C’était notre pauvre fillette ;
L'eau salée étreignait son cœur,
Et ses cheveux comme l’algue brunette, Traînaient en longs anneaux sur le flot voyageur.
L’Hespérus fit ainsi naufrage
Par un temps de neige à minuit 1 Préserve-nous, Seigneur Christ, de l’orage,
Sur cet affreux rescif, et du sort qui le suit 3
La Flèche et la Chanson.
Je lançai dans les airs par hasard une flèche,
Elle tomba par terre, ne sais où ;
A la suivre voilà que mon œil se dépêche,
Bast ! il ne peut, c’était l’œuvre d'uu fou.
Je lançai dans les airs une chanson nouvelle,
Elle tomba par terre, ne sais où ;
Quel œil peut dans son vol suivre une ritournelle, Quand elle va courir le guilledou?