‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 170 sur 396 · LES REVENANTS · texte numérisé non relu

LES REVENANTS

Long temps, oh ! bien long-temps après, dans un vieux chêne J’ai retrouvé la flèche entière encor ;

Et quant à la chanson elle était do semaine

Chez un ami, dans son cœur, . . . mon trésor !

Les Revenants.

Toutes les maisons où des hommes ont vécu Et sont morts, sont maisons de revenants hantées,

Oui tous ces ex-vivants à tout ont survécu,

Et promènent sans bruit leurs ombres regrettées.

Tous, nous les coudoyons en montant l'escalier,

Ils vont et viennent tous, glissent dans les passages; Impalpables esprits, le souffle singulier De ce je ne sais quoi l’essence des nuages.

A table il est bien plus de convives actifs Que n’en invita l’hôte, — et la salle est foulée Par de bons revenants autant inoffensifs Que le sont des portraits la muette assemblée.

L’étranger qui s’asseoit à mon foyer parfois,

Ne peut rien percevoir de ces formes subtiles ;

Que voit-il ? le présent. — Le passé je le vois

Tel qu’il fut, clair et net, dans ces ombres tranquilles

De nos propriétés n’avons pas les contrats;

De plus vieux possesseurs la nombreuse cohorte

Par delà le tombeau tient ces certificats

Tout couverts de poussière, et par droit de mainmorte.

Sur ce inonde des sens, le monde des Esprits Flotte et B’épanouit, ainsi qu’une atmosphère ;

Et partout des vapeurs à travers les conflits Se glisse plus vital l’éther (l’une autre sphère.

Par des attractions, par d’opposés désirs Notre courte existence obtient son équilibre ;

La lutte de l’instinct qui nous pousse aux plaisirs, Avec l’instinct du ciel dont nous sentons la fibre,

Les perturbations, et l’incessant combat De nos besoins mondains, de nos désirs mystiques, Viennent do l’influence, et sont le résultat Du souffle qu’empruntons aux mondes séraphiques.

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