‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 172 sur 396 · LES DEUX ANGES · texte numérisé non relu

LES DEUX ANGES

Maintenant le voilà foulé dans une tour De clair et pur cristal, aujourd’hui sa demeure ;

Lui 1 ... si libre autrefois, prisonnier à son tour, Pour charmer ses ennuis s'amuse à compter l'heure.

Et tout étroits qu’ils soient les murs de sa prison S’agrandissent sans fin devant ma rêverie,

A mes yeux le désert étend son horizon Et son sable mouvant qui sans cesse varie.

Et par un tourbillon emporté dans les airs Ce petit filet d’or grandit et se dilate ;

Il se forme en colonne au milieu des éclairs,

Et parmi l’épouvante il se rue, il éclate ;

Et puis se ralliant, en avant, en avant Par delà le soleil il a franchi la plaine,

Son ombre gigantesque a devancé le vent,

Plus vite mille fois que la pensée humaine.

La vision a fui !— sous les murs de crystal Le sable emprisonné retombe en sa demeure,

Le soleil, l’horizon, le tourbillon brutal,

Ont disparu : — le sable a coulé moins d'une heure I

Les Deux Anges (')

Deux Anges l’un de vie, et l'autre ange de mort A l'aube du matin à cette heure oh tout dort, Passèrent tous les deux au-dessus du village,

Le village était sombre — et brillant leur visage.

Semblable l’un à l'autre ils avaient même aspect, Mêmes robes aussi, même air portant respect, L’un avait sur son front l’amaranthe immortelle. L’autre avait sur le sien la splendide asphodèle.

Soudain sur leur chemin je les vis s’arrêter ;

Lors je me dis, sentant jà mon coeur palpiter:

“ Modère-toi mon cœur, tu trahirais peut-être Le nid oh mes aimés dorment dans le bien-être !

(') Vers inspirés à Longfcllow par la naissance d’un enfant clicz lui par la mort do la femme du poète Lowell, les deux évènements arrivés le même jour. — Vote du Tnuluctf«r.

LE COUVBE-FEU.

Et l’Ange à l'asphodèle à ma porte arrivant Commença par frapper ; mon cœur se dissolvant S’affaissa tout à coup, telle l'eau solitaire Des puits, s'affaisse avant un tremblement de terre.

Je reconnus l’angoisse et le frissonnement Qui jà m'avait glacé souvent soudainement,

Et qui me revenaient dans cette circonstance Avec une douleur, oh ! trois fois plus intense !

J'ouvris grande la porte à cet hôte du ciel,

Et j'écoutai croyant entendre l’Eternel,

Sachant que pour le mieux est ce qu'il nous envoie, N'osant me lamenter, non plus témoigner joie.

Lors avec un sourire étincelant d'amour :

“Je porte non la mort, mais la vie,— en ce jour," Dit-il ; et quand sur lui voulus fixer ma vue,

Il avait disparu, bien par delà la nue.

Ce n’était pas chez moi, mais chez toi, mon ami,

Que l’Ange à l’amarante en son vol affermi Tout à coup descendit, s'arrêtant dans sa voie Ne proférant qu'un mot, mais un mot qui foudroie.

Alors sur la maison l’obscurité se fit,

Et sur des traits chéris une ombre descendit,

Et puis de cette chambre, un lait des plus étranges, Oh l’Ange était entré seul, — surgirent deux Anges !

Tout est de Dieu ; — s'il fait un signe de sa main,

Les brumes d'arriver, puis de pleuvoir soudain, Jusqu'à ce qu’il envoie et sur mer et sur terre,

Son divin arc-en-ciel, sourire de lumière 1

Et l’Ange de la vie, aussi l’Ange du deuil Sans sa permission ne passent aucun seuil ;

Qui donc pourrait vouloir oser fermer sa porte,

Aux messages soudain qu'il veut qu'on nous apporte ?

Le Coüvrf.-Feu.

Solennellement, tristement Du couvre-feu la cloche Commence son long tintement

Dont le son se rapproche. T

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