‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 174 sur 396 · LE PONT · texte numérisé non relu

LE PONT

Le second, pins âgé, portant face barbue,

Près du marché se tint au milieu de la rue,

Par ses accents profonds rendant émus les cœurs,

Et sachant subjuguer scs moindres auditeurs.

Le troisième, vieillard à blanche chevelure,

Il chantait dans la nef à sombre architecture,

Tandis que l’orgue ouvrant ses vastes bouches d’or De la contrition faisait vibrer l’essor.

Et les Initiés aux chants des trois poètes Se demandaient entr’eux, parmi ces trois prophètes Quel était le plus sûr, quel était le meilleur I Leur musique n’allant pas toujours à leur cœur !

MaiB le Grand Maître parle . . . Ecoutons sa parole : “Je ne vois,” a-t-il dit, “ entr’eux de monopole;

A chacun j'ai donné bien différent pouvoir,

Celui d’encourager, d’enseigner, d’émouvoir.

Voilà quels sont les trois grands accords harmoniques ; A toute oreille juste ils seront sympathiques,

Car loin d’être l’objet du plus léger discord Ce beau trio de voix, c’est le parfait accord.

Le Pont.

J’étais sur le pont à minuit,

Comme de tous côtés les clochers sonnaient l’heure, Comme la lune, amante de la nuit,

Du beffroi caressait la flèche extérieure.

Je vis son languissant reflet Dans les eaux à mes pieds plonger son étincelle, Comme ferait d’or un beau gobelet Qui tombe dans la mer, et du fond se révèle.

Et dans le loin, le lointain bleu De cette belle nuit, plus rouge que la lune De la fournaise au ciel montait le feu Eclairant tour à tour l’eau, la terre et la dune.

Et parmi les piles de bois Gisaient et clignotaient les ombres vacillantes,

Et le courant de l’océan parfois Semblait les soulever, les emporter tremblantes.

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