LE PONT
Quand montant et montant toujours, S’éleva tout à coup la marée attardée,
En balayant, écrasant dans son cours L'algue flottant au large éperdue, excédée.
Et comme se ruaient cas eaux Sur les piles de bois avec un grand vacarme,
De longs pensera s’élevèrent les flots,
Et je sentis mes yeux se mouiller d’une larme.
Oh! que de fois! oh! que de fois!
A minuit sur ce pont, j’en ai la souvenance,
Ne suis-je pas, dans les jours d’autrefois Venu pour contempler l’eau, le ciel, le Bilence I
Oh ! que de fois ! oh ! que de fois ! N’ai-je pas souhaité, dans un vœu téméraire,
Qu’en son reflux le flot en tapinois M’emportât bien au loin et vers une autre terre !
Car il était ardent mon cœur En co temps-lè, vraiment ; et de mon existence Le poids était de lourde pesanteur,
Si, que de la porter, j’avais presqu’ impuissance.
Maintenant cela m'est tombé,
C'est enfoui dans la mer, dans ses cavernes sombres Par la douleur d’autrui suis absorbé,
Et ce seul sentiment épand sur moi ses ombres.
Sur ce pont aux piles de bois Cependant chaque fois que je passe le fleure,
En moi s’éveille un penser d’autrefois Dont je croyais vraiment que mon âme était veuve.
Et je pense combien de gens Surchargés de soucis, de chagrins et de peines,
Et qui plus est souvent surchargés d’ans,
Ont passé depuis lors ce pont, et par centaines.
.le vois cette procession Passant et repassant et sans fin et sans cesse,
Le jeune cœur plein d'animation,
Le vieux cœur lentement rétréci de vieillesse.
Et pour toujours, ot pour toujours Oui, tant que couleront ainsi les eaux du fleuve,