UNE PLUIE D’ÉTÉ
Se tiennent les boeufs patients Soulevant leurs cous suppliants,
Et les narines dilatées Humant les brises apportées De la luzerne, et la vapeur S'élevant du sol en chaleur.
Pour ce repos que tout en nage Ils savourent, grâce à l’orage,
Leurs grands et bons yeux lumineux Paraissent remercier les cicux D’une expression plus sincère Que l'homme même en sa prière.
Près de là, sous l'arbre voisin,
Qui vient de l’abriter du grain,
Le fermier voit avec ivresse De scs champs repus la richesse.
Comme ils ploient ses beaux épis d'or Leurs têtes sous la pluio encor !
Et notez bien que le cher homme Ne croit pas pécher quand en somme Il calcule, foi de Saxon !
Ce que lui vaudra sa moisson I Mieux que cela voit le poète ;
Il peut d’un coup de sa baguette T'évoquer vieil Aquarius,
U peut te montrer au-dessus Des montagnes et des nuages, Déversant partout les orages,
Comme dans ses champs le matin Le fermier, lui, lance son grain.
Parmi mille métamorphoses,
Il peut évoquer maintes choses Que n’ouït jamais narrateur ;
Car son penser révélateur Suivra la goutte d’eau qui tombe, Jusqu'au plus profond de la tombe, Jusque sous le sol, au fin fond,
Oh les fleuves et lacs se font ;
Puis, lorsqu’ aura cessé la pluie.
Et que la goutte d’eau s'essuie,
Il en vorra grimper les pleurs Sur le beau pont des sept couleurs