WALTER VON DER VOGELWEID
Accouraient autour ciu tombeau Les Poètes de l’Air en foule, avec leurs belles.
Là sur les branches abat-jour Du vaste chêne à l’ombre séculaire,
Qui protégeait tout à l’cntour l)u Poète sculpté l'image tumulaire,
Sur la croisée et son châssis,
Et sur le seuil de la porte entr’ ouverte.
Ils renouvelaient par leurs cris Ij» guerre de Wartburg — une palme encor verte !
Ils chantaient là leurs gais Noëls,
De Vogelweid ils disaient les louanges,
C’était le Roi des Ménestrels Pour eux, ils le ohantaient dans leurs notes étranges.
Jusqu’à ce que le père Abbé Gros d’embonpoint, assure la chronique,
Dit : “Ce grain peut être gobé Par nos gens du couvent, — quant aux oiseaux . . .bernique!”
Lors en vain quand sonna midi Des clochetons, des tours et des tourelles,
Et du nid, hier agrandi,
Vint chaque oiseau rêvant de splendides gamelles ;
Lors en vain quand sonna midi De Vogelweid les oiseaux légendaires Protestèrent d’un cri hardi Contre l'Abbé voleur et ses dignes vicaires.
Le temps a raturé depuis Le nom des morts gravé pourtant sur pierre,
Ce n’est que d’après les on dits Que du Poète on sait le tertre funéraire.
Mais sur les clochetons, les tours,
Et les tombeaux du vaste monastère,
Les oiseaux répètent toujours.
Le nom de Vogelweid du Barbe populaire !
222 L’ENTERREMENT Dü MINNI8INK.
L’Enterrement dü Minnisink.
Sur le versant du mont où s’élève le hêtre En plein tomba la lumière du soir,
Et sur le brun érable on put appercevoir S’incliner le soleil, avant de disparaître,
Illuminant de son ardent coucher Le bois jauni, la feuille et le rocher.
Surgirent tout au loin les collines bleuâtres ;
Autour d’un cône élevé dans les airs,
Tout à coup apparut comme frappé d’éclairs Un énorme monceau de nuages blanchâtres,
Symbolisant ce beau lac argenté Où l'Indien au réveil est porté.
Bientôt on entendit un hymne funéraire
Vibrer bruyant dans le calme du soir,
Et puis de la forêt on vit l’ombrage noir S’ouvrir, et donner placo au convoi mortuaire ;
Bardés de fer des guerriers près de l’eau Venaient porter le Chef Rouge au tombeau.
Leur chant de mort disait comme il était naguère Frais et dispos, à la lune des fleurs,
Et comment trente hivers de leurs sombres couleurs N’avaient pu de son front obscurcir la lumière :
Et cependant comme le fruit d’été,
D était mort dans sa jeune beauté.
De la peau d’un chevreuil, manteau de couleur sombre, Couvrit le Chef — et l’on mit sous ses plis Ses armes de combat et ses armes de prix,
Et pour bien mieux encor consoler sa grande ombre,
On ajouta son large ceinturon,
Et de roseaux son énorme plastron.
Vierges aux noirs cheveux ouvraient l’ordre et la marche, Chantant le chant funèbre du Guerrier,
• Vieillards à cheveux blancs, Chefs au regard altier,
Les yeux mouillés de pleurs, tristes dans leur démarche, Suivaient, menant en un morne apparat Du jeune Chef le cheval de combat.
Lni ! le noble animal, du Chef l’ami fidèle,
Est sans gourmette, aussi sans cavalier.