‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 188 sur 396 · LE LIT DE MOBT DE GRACE DABLIN · texte numérisé non relu

LE LIT DE MOBT DE GRACE DABLIN

Le Lit de Moht de Gbace Darling.

De la mort sur son front essuyez la rosée,

Et soutenez sa tête où s’éteint la pensée ; Approchez-la plus près, oui, plus près de la mer,

La brise lui fait bien, elle en aspire l’air,

Et des vagues au loin la dolente musique Aura pour l’endormir un effet tout magique ; D'ailleurs elle aime à voir dans son éclat vermeil Sur l'immense océan se draper le soleil,

Son cœur depuis longtemps rêve pareilles scènes, C’est solace à ses maux; c'est solace à ses peines ;

Et maintenant ici Grâce a voulu venir Pour revoir sa patrie . . . aussi pour y mourir.

Car le vif incarnat qui colore sa joue,

Qui sur son front si pur et rayonne et se joue,

Et son œil flamboyant d’un éclair aussi beau,

Tout nous parle d’un monde au-delà du tombeau ; Ces doigts pâles tenant le livre de prières,

Cette main amaigrie, et ces veines si claires,

Cette taille si frêle et qui fait mal à voir,

Tout dit trop bien hélas ! qu’est perdu tout espoir. Ceux qui pour la soigner sont près de sa couchette Ont peine à retenir une larme indiscrète Qui s’échappe malgré de leurs yeux attendris,

La voyant si changée, elle . . . naguère un lis 1

Elle n'était ainsi dans cette nuit terrible, *

Lorsque près de son phare, on entendit horrible Un long cri de douleur, celui des matelots Qui pauvres naufragés luttaient contre les flots ;

Et ce cri forcené dominait trouble-fête De plus fort en plus fort la voix de la tempête, Vibrant, allant trouver de l'écho dans son cœur,

Et pour l’humanité réveillant son ardeur.

“ Vite à la mer mettons notre barque, ô mon Père ! Tâchons de les sauver ! ” — “ Folle elle est ta prière I Reste tranquille enfant ! vois comme monte l’eau, Nous ne ferions qu’aller partager leur tombeau 1”

Un long cri de douleur se fait entendre encore :

“ Notre barque à la mer ! oh ! père, je t’implore 1

Page 1