‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 189 sur 396 · LE LIT DE MORT DE ORAGE DARLINO · texte numérisé non relu

LE LIT DE MORT DE ORAGE DARLINO

Tiens, le Seigneur nous voit du plus profond des cieux, 11 peut dompter la mer, rends-toi, Père, â mes voeux !" Et l’esquif est sur l’eau bravant j,\ la rafale,

Et faisant bonds sur bonds comme fière cavale.

Ils ont gagné le roc — spectacle merveilleux I Pour ceux qui se croyaient perdus les malheureux !

Que voir si jeune fille affronter la tempête,

Sur la vague en furie assurer sa conquête,

Accomplir, en un mot, un dessein généreux Que n'eut osé tenter le plus audacieux 1

De nouveau, de nouveau la barque aventureuse Bondit sur la marée et roulante et brumeuse,

Elle va de nouveau sous la protection De Dieu — dont le regard est bénédiction.

Et cette jeune fille au sublime courage Cœur héroïque va ! ne boude, et sur la plage Conduit en sûreté cet immense troupeau De malheureux allant trouver la mort sous l’eau.

La corde trop tendue alors dà se rel&che,

Et les pleurs de couler, de couler sans relâche,

Mais ces pleurs s’élevaient jusques au Tout Puissant Les ayant tous sauvé par la main d'un enfant I

Une action si belle, aussi si méritoire Ne pouvait échapper aux fastes de la gloire,

Et de Grâce Darling le nom, le gentil nom,

Comète errante, fut traînant partout renom ;

Et chacun applaudit, et les Grands de la terre Les Braves et les Bons voulurent tous lui faire Hommage de leurs dons ; — mais elle, ce grand cœur Que le vent, la rafale avaient trouvé sans peur,

Devint soudain timide oyant cette louange Qu’elle avait mérité si bien l'intrépide ange 1 De la foule essayant de se soustraire au bruit,

Elle si courageuse à l’heure de minuit I

Pourquoi l’a-t-on leurré vraiment devers ce monde Si loin de tous les bruits que font la vague et l’onde ? Pour montrer sa figure honnête au sot public,

Ou bien pour concentrer son œil de basilic ?

Ce n’est pour les gagner tes suffrages, S Foule 1 Que de la mer un soir elle affronta la houle ;

Son cœur, son cœur lui seul épris d'un saint émoi, Pour sauver son prochain osa braver ma foi !

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