TOUT EST-IL VANITÉ
Et qui bornent leur tout à ce seul point de mire Où l’horizon s’échappe à l’œil humain ?
Malheur ù l’Intellect, las ! s'il était plus sage Prendre la vie au vol, et comme il vient le temps, Renoncer de la palme à conquérir le gage,
Pour ne priser que la rose au printemps !
“ Fi donc ! me dh Zénon flanqué lù sur son porche.
— “ Que nous as tu laissé, dis-moi stoïcien ?
Que douleur et plaisir ne sont qu'un nom ? . . Ecorche Vite ton doigt, — fou ! ne sens-tu donc rien ?
Jamais, jamais l’allas ni la Muse sévère Ne charmèrent la vie aussi bien que Vénus;
I>a volupté nous plaît foin du visage austère Ou d'un Zénon, ou d’un Héraclitus !
De quel gain précieux dotâtes-vous notre ère Vous prêtres primitifs de l’Isis-Vérité,
Qui dans Thèbes la jeune avait sou sanctuaire.
Et dont l’oracle un jour fut écouté ?
Alors qu'au Chaldéen vint parler le prophète,
Quand à la voix d’Hercule on vit s’ouvrir l’enfer, Quand le Destin rendit la nature interprète
De ses décrets, — l’arbre, la source et l’air?
Lorsque le Grec futé poursuivit la Science En haut, en bas, partout, dans l’abîme inflni ?
Comme soleils éteints vos arts en décadence
Ils sont tombés, — sans bruit tout a fini I
Et qu'est donc le savoir, sinon l’anneau magique Qui d’un cercle de flamme environne un pays ?
Le cercle de lumière en son tour symbolique Cerne celui qui mande les Esprits.
“ Que sert tant de labeur?" — Regardez 1 . . d'Epicure Pouvons-nous contredire encor l’enfant badin,
Alors que de la rose il glisse en l’ouverture,
Qu’il vit d'ainour, — de facile butin.
“ Non pas I" répond la vie ; et si notre existence Ici bas doit finir, — de nos sens à nouveau Faisons nos Dieux ; — Vertu, fuis de notre présence Et toi Savoir vite à bas ton flambeau !
LAMENTATION
Honnête Amour pourquoi chercher Psyché perdue? L’Amour n’est que luxure oh l'âme n'est qu'un mot ; Et si la mort trônait sur la mer inconnue
Pour la braver qui serait assez sot ?
Mais si l'&me au contraire elle cache ces ailes Dont le tissu divin doit aboutir au ciel,
Et lutte, chaque jonr prenant forces nouvelles,
Pour arriver à son but éternel,
Alors et seulement le travail est sagesse ;
Et nous avons le mot des immenses désirs Qui nous font aspirer, et sans cesse et sans cesse A l'éloigné, — rêve de nos soupirs.
Surgis donc, ô mon âme, et de ta douleur même Prends consolation ; un jour sans lendemain,
Une vie uniforme et sans rêve suprême,
Voilà les dons que Dieu fit de sa main
A la brute; mais Ame, Ô toi I . . ta nostalgie Et ton désir de vivre oh tu n'as point été,
Tou ennui du présent, ta brûlante énergie
Vers l’Avenir, — c’est ton Eternité I
MCCAETHY (DENIS FLOEENCE).
Lamentation.
“T* ests llama m dessu,
T» caduc* eau ediOcio,
Ta u deamaya eaU flor."— CaUm»
Le rêve est fini ;
Oh brillait pimpante La rose odorante,
L’automne a jauni La feuille mourante :
Tel dans ma tourmente,
Tout a fui soudain.
Hormis lo chagrin.
Comme un beau parterre Mon coeur fiorissait,
La fleur éphémère Gentille y poussait ;
LAMENTATION
Mais las I la froidure Vint paralyser Sa fraîche verdure,
Tout pulvériser 1
Le palais-mirage De notre jeune âge Tout diamanté,
Las 1 est culbuté ;
Ses frêles tourelles Sont dans le ravin,
Rien ne reste d’elles . . .
Hormis le chagrin !
Où sont donc ces songea, Ces riants mensonges Des jours printaniers, Ces chers alisiers Dont j’aimais l'ombrage, Ces vastes châteaux Que dans le nuage Je créais si beaux?
Un temps fut naguère, Où de cette terre L'éclat sans pareil Dorait mon réveil ;
Ses nuits étoilées,
Ses fleuves, ses monts, Ses vertes vallées,
Et ses lacs profonds,
Tout faisait ma joie; C'étaient lù des jours Et d'or et de soie,
Où brillaient toujours La foi, l’espérance,
Et la confiance En cet avenir Qui ne doit finir.
A ces jolis rêves Ne donnais de trêves, Mais comme l'éclair Qui brille dans l’air,
LAliEICTAXION.
Qui tout illumine,
Et puis disparaît, Laissant 1a colline Sous un noir aspect,
Partout des ténèbres Même en plein matin ; Partout du destin En échos funèbres,
Le glas de la mort,
Le glas redoutable.
Annonçant au fort L'arrêt immuable ;
Tel est mon émoi, Depuis qu’Espérance S’est de mon chez moi Tenue à distance :
Triste est la science Qu’enseignent les ans, Sous les ouragans Disparaît l’enfance.
Dans l’humide nuit, Mouche phosphorique Perd de son réduit Le flambeau magique ; Et dans le marais Brillant météore, Laissant son phosphore S’éclipse à jamais ;
Ainsi Charlemagne Et ses douze pairs,
Les preux de Bretagne Leurs exploits divers, De Crusoé l’île,
Ces nobles châteaux Que plume facile A créé si beaux,
Et cette vallée De diamants, d'or,
Qui dans la veillée Vit, et brille encor,
LAMENTATION
Et la belle lampe Du bel Aladin,
Qui soudain nous campe Dans un beau jardin,
Toutes ces merveilles Du Gange et du Nil, D’Haroun le subtil Les jours et les veilles, Tout cela doit fuir Devant la lumière Qui vient obscurcir La féerie entière I
Tout est éclipsé,
Et qu'est-ce qui reste De tout ce passé Si pimpant, si preste ?
La conviction
Que tout est chimère,
Désillusion,
Et douleur amère ;
La colombe fuit Un nid en ruines,
De maintes poitrines L’amour fuit la nuit ;
Il n’est point de baume Pour calmer le cœur,
Si l’amour vainqueur N'en fait son Royaume.
Le rêve est fini Oh brillait pimpante La rose odorante L’automne a jauni La feuille mourante :
Tel dans ma tourmente Tout a fui soudain, Hormis le chagrin I