LA HEINE DE LA -NEIGE
La Reine de la Neige.
La nuit nous amène l’aurore, — L’éclair, ce brillant météore Naît d’un nuage obscur ; la rose de l’été
D’un terrain noir surgit plus belle ; Du caillou jaillit l'étincelle :
Et d’un ciel de plomb vient, secouant sa dentelle,
La Reine de la Neige au pied tout argenté.
L'air devient muet de surprise Quand sur les ailes de la bise Descend son parachute au loin toujours porté ;
Et la terre qu’elle emmitoufle, Légèrement retient son souffle, Quand sur son sein ému vient poser sa pantoufle La Reine de la Neige au pied tout argenté.
Quand sur son pic elle s’arrête,
La montagne soudain en fête Se pare d’un écrin des plus beaux diamants ;
Bajoue elle a perdu ses rides,
Y voyez-vous des pleurs humides?
Ce sont pleurs de bonheur que fait couler splendides La Heine de la Neige aux yeux étincelants.
A son aspect dans la vallée Les ruisseaux s'arrêtent d’emblée,
Et les champs qui riaient se cachent tout confus ;
L’eau ne va plus à la rivière,
Celle-ci d'une muselière Se sent la bouche prise, et regarde en colère La Reine de la Neige, et ne peut courir sus.
Mais vraiment elle est peu jalouse Et du courroux de la pelouse,
Et des flots arrêtés au milieu de leur cours ;
Elle, dans sa gaité folâtre,
Tantôt éteint le feu de l’&tre,
Tantôt soufflète au front vilain ou gcntillâtre, l>a Reine de la Neige aux changeantes amours.
Tantôt grimpouse, en son audace Au haut des arbres prenant place Elle se berce à l’air au faîte des forêts ;