LA BEINE DE LA BEIGE
Aux vaisseaux en dérive elle oppose son front ;
Puis z est ! au-dessus des cascades La voilà dans ses incartades Près du Niagara faisant force glissades La Reine de la Neige au souffle furibond.
De ses beaux yeux les blanches larmes Sont une suspension d’armes,
Elle arrête la guerre, elle impose la paix :
Si bien que, dans son profond gouffre Le canon, ce mangeur de souffre, Comme un ogre affamé, soudainement engouffre La Reine de la Neige et ses flocons épais.
Elle se sert, selon l'urgence Du coursier qui vole et s'élance,
De la renne rapide ou du pesant chameau ;
Ou bien dans son humeur légère,
Pure du contact de la terre Sur les ailes de l’aigle au séjour du tonnerre La Reine de la Neige elle monte à nouveau.
Souvent à figure de gnome De la lune le blanc fantôme De son ombre de spectre entoure un froid tombeau ; Alors gémit capricieuse Lamentation ténébreuse . . .
Jusqu'à ce qu'au matin se cache sous l’yeuse La Reine de la Neige ainsi qu’un vermisseau.
Dans son manteau de blanche ermine Elle vient poser sa bottine En Italie, an seuil d’un palais enchanté ;
Et la Princesse prisonnière,
Triste oiseau dans belle volière,
N’ose en franchir le seuil, jusqu'à ce qu’en arrière La Reine de la Neige ait fui devant l’été.
Dans sa cornette virginale Du cloître elle brave la dalle Alors qu’en faux bourdon se dit deprofundû;
Lorsque de quelque sœur la bière Est descendue au cimetière,
Pour se mêler bientôt à ce grain de poussière,
La Reine de la Neige aussi se fait débris.