‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 202 sur 396 · LA NATU11E ET SON ADORATEUR · texte numérisé non relu

LA NATU11E ET SON ADORATEUR

Je me souviens du temps, Fleurs du mois de Marie Oh vos belles couleurs diaprant la prairie,

Et vos tant doux parfums s'infiltraient dans mon cœur Ainsi que l’eau du ciel glisse au sein de la fleur.

Je me souviens du temps où lorsque ton baleine Agitait mollement les épis de la plaine,

Ou la feuille des bois, mélodieux Zéphir,

Je croyais de la terre entendre le soupir.

Je me souviens du temps, Soleil et vous Etoiles Où de sa nuit obscure illuminant les voiles,

Vous emportiez mon âme encor, encor, encor Jusqu’au plus haut des cieux sur vos brillants chars d’or!

Ont-ils fui sans retour ces temps du premier âge Où la Nature en toi parlait si haut langage?

Sont-ils muets pour toi les Astres lumineux,

Et les Mers, et les Vents au souffle harmonieux?

Non, non. Lorsque le monde et ses peines amères Oppriment mes esprits, le monde des chimères A mes yeux vient s'offrir ; c’est ma suprême loi Par lui je vis, par lui je règne ... je suis Roi !

J’éprouve une profonde et pure jouissance Au (toux plaisir de voir dans sa magnificence Le jour à son lever, le jour à son déclin,

Et la nuit qui vient clore une aurore sans fin.

Je les entends encor les voix de 1a jeunesse Dire à mon cœur ému la primitive ivresse Que j’éprouvai jadis au parcours des coteaux,

Ou bien en écoutant le rire des ruisseaux.

Pour moi dans chaque fleur je retrouve une amante,

Au langage divin, ù l’haleine énivrante;

Chaque astre est pour mon cœur un ami précieux,

Pour moi l’une fleurit, et l’autre brille aux cieux.

Pour mes menus plaisirs la mer roule ses ondes A travers les rochers et les grottes profondes,

Elle chante pour moi, me conte ses désirs,

Et quelquefois aussi me gémit scs soupirs.

L’homme ne pourrait pas, le voulut-il lui-même.

Faire courber mon front sous un chagrin suprême,

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