BÈYEBIE8 AIT MILIEU SES MONTAGNES
Sous le massif des plus touffus ombrages,
Ou sur le sol des plus gras pâturages,
Et là, causant avec chaque étranger Qui vient passant, montagnard ou berger,
J’aime à savoir son espoir ou sa crainte,
Et de son sort la teinte et demi-teinte,
S’il est en joie, ou bien en perte, en gain,
Le mal du jour — le bien du lendemain.
Si d’aventure aucun berger ne flâne De mon côté — de dessous mon platane J'aime à guetter les nuages aux cieux,
Comme Protée imitant dans leur jeux Tous les effets ; — tantôt l’architecture Des vieux castels à la noble structure,
Aux portes d’or, — tantôt des lacs d'argent Oh tout reluit sous un prisme changeant ;
Ou bien encor simulant l'apparence D’énormes monts — dominant le silence . . .
Et quelquefois je me surprends rêveur A demander aux arbres, à la fleur,
Au gazon même— à l’herbe qui verdoie Si dans leur vie est la peine ou la joie. . .
Et la réponse arrive dans ce cas De l’arbre en haut, de la pelouse en bas.
Et l'arbre dit: “J'ai bien des jouissances,
“ Du ciel je vis dans les magnificences,
“ Au doux printemps, dans les longs jours d’été ;
“ Si la chaleur affecte ma santé,
“ Quand vient le soir, de la nuit la rosée “ Rend la fraîcheur à ma feuille épuisée,
“ On dort si bien à l’air libre des cieux 1 “ De bon matin le chant mélodieux “ De quelqu’oiseau m'éveille d’habitude,
“ Et quand l’hiver sévit sec et trop rude,
“ Ma vie à moi se blottit sous le sol,
“ Et pour surgir attend le rossignol,
“ Tant qu’à la fin comme au sortir d'un rêve “ Dans mes rameaux elle évoque la sève :
“ Oh I comme vous sentant l’air embaumé,
“ J’éprouve à vivre un plaisir innommé ! ”
Et le gazon, les roseaux, la fougère,
L’herbe sans nom, et la fleur éphémère
LA. CONFIDENCE D’UNE StKUB.
Disent aussi de leur plus douce voix,
En agitant leur si gentil minois :
“ Tous nous vivons — bénissant l’existence “ Qu’en sa bonté l’Eternel nous dispense,
“ Et nous trouvons la joie et le bonheur . Dans l’air, le jour, le frais et la chaleur.”
Ne me croyez oisif si je m’éloigne
Un peu de vous — surtout si je témoigne
Beaucoup d'amour pour les monts, pour les bois,
Si des salons je m'exile parfois
Pour mieux donner vacance à mes pensées,
Et m'égarer dans fraîches Odyssées . . .
Point ne savez l'ouvrage que je fais,
Lorsque je suis sous un ombrage frais,
Point ne savez que caprices étranges Peuvent charmer comme le chant des anges,
Et que ce chant — -jeté dans l’univers Pourra valoir —beaucoup mieux que mes vers.
La Confidence d’vne Sœur.
A moins que co soit lui qui chante la romance,
Elle ne peut toucher mon cœur ; —
A moins que ce soit lui qui me lise la stance,
Pour moi les vers sont sans valeur.
A moins qu’il ne partage au soir ma promenade Sa main fidèle dans ma main,
La campagne pour moi devient triste et maussade,
Le ciel même n’est plus serein.
Mais quand il lit, qu’il parle, encor mieux quand il chante, Le monde est brillant, radieux,
Les arbres, le gazon, la plus modeste plante Tout devient riant à mes yeux.
J'aime ... ma chère sœur, et je ne suis pas triste,
A moi l’espoir, non la terreur ;
Mais je suis trop heureuse, et dans mon âme existe I^a joie — et dans mes yeux un pleur!
l'enquête.
L’Enquête.
Dites-moi, Vents ailés, qui mugissez sans cesse Autour de mon chemin, dont j'aime la caresse, Connaîtriez- vous par hazard Quelque recoin bien à l’écart,
Oh l’on ne pleure plus ; quelque fraîche vallée Oh libre de soins, de soucis,
L’âme puisse trouver, pour calmer ses ennuis,
Un solitaire abri sous la voûte étoilée? ”
Le Vent interrogé se crispa, puis tout bas
Plein d’émoi soupira : “ Non 1 je n’en connais pas 1 ’’
Dis moi, vaste Océan dont les vagues puissantes Lancent autour de moi leurs voix retentissantes, Connaîtrais-tu pas par hazard Quelqu’île lointaine, à l’écart,
Oh l’homme fatigué des longueurs de la route Puisse rencontrer le bonheur,
Oh jamais ne séjourne un instant la douleur,
Oh l'amitié jamais ne soit l’objet d’un doute?”
Les vagues eu roulis chuchotèrent tout bas,
Dans un soupir plaintif : “ Non, je n'en connais pas ! ”
Et toi blanche Beauté, toi, Lune si sereine,
De ce monde endormi, toi qui trônes la Reine,
Dis-moi, dans ton vaste parcours Sur l’univers et ses faubourgs,
N’as-tu pas apperçu quelque gentille place
Oh l’homme pauvre, malheureux,
Puisse avoir chance un jour de trouver sort heureux,
A ses maux un solace, un remède efficace ? . .
La Lune se cacha, puis poussant un hélas 1 Répondit tristement : “ Non 1 je n’en connais pas ! ”
O mon Ame, réponds à mon inquiétude,
N’est-il donc pas un lieu de douce quiétude,
Oh loin de la mort, du péché,
Des humains plaisirs détaché,
Un cœur puisse trouver, foin des vains bruits du monde, Soulagement à ses douleurs,
Le repos désirable après tant de labeurs,
Et d’un calme enchanteur la paix ... la paix profonde? ” L’Espérance et la Foi s’écrièrent : “ Mortel !
Cet Oasis divin le trouveras ... au Ciel ! ”