LA MONTAGNE
Quel es-tu myrmidon, toi qui jusqu'à ma cime Imprudemment veux t’élever?
Avorton rabougri dont la taille minime De l’arbre nain qui croît au fond de mon abîme Pas même à la moitié ne saurait arriver ?
Quel es-tu? Que veux- tu? Dis, que prétends-tu faire Entre mon pic, et la voûte des cieux ?
Quel désir insensé prétends-tu satisfaire ?
Parmi les plis de mon front orageux Ne vois-tu pas l'indécise avalanche
Qui vers toi lentement se penche Prête à t'anéantir ?
Avance un pas de plus, et gare au repentir ! . .
Va, crois-moi reste dans la plaine Pygmée à face humaine,
De mes torrents neigeux redoute la fureur,
Sois docile à ma voix, il en est temps, arrête . . .
Arrête ... et garde-toi de gravir la hauteur D'où moi seule ai le droit de lancer la tempête ! . .
l’homme.
Qui s’oublie à ce point de me porter défi ?
Ah ! c’est toi Montagne orgueilleuse, Superbe Matamore, au visage bouffi,
A la voix caverneuse !
Croirais-tu par hasard arrêter mes pas? . . fi !
Tout petit que je sois, tiens, entre nous, ma mie,
Je ne crains ni ta dent, ni ton front colossal,
Et si sur ton sommet je me campe à cheval,
C'est pour te subjuguer ainsi qu'une ennemie,
Depuis ta large base où croissent tes forêts,
Jusqu’au pic élevé qui déchire la nue ;
Depuis tes flancs ridés asile des genêts,
Jusques aux froids glaçons de ta tête pelue Où l'étoile polaire aime à fixer sa vue.
A quoi serviraient-ils tes nébuleux sommets,
Tes immenses glaciers, tes cavernes profondes,
Si dans leur solitude, éducateurs des mondes,
Ils n'enseignaient ce que, Moi, ton Maître et Seigneur