‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 206 sur 396 · LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

LA MONTAGNE

Quel es-tu myrmidon, toi qui jusqu'à ma cime Imprudemment veux t’élever?

Avorton rabougri dont la taille minime De l’arbre nain qui croît au fond de mon abîme Pas même à la moitié ne saurait arriver ?

Quel es-tu? Que veux- tu? Dis, que prétends-tu faire Entre mon pic, et la voûte des cieux ?

Quel désir insensé prétends-tu satisfaire ?

Parmi les plis de mon front orageux Ne vois-tu pas l'indécise avalanche

Qui vers toi lentement se penche Prête à t'anéantir ?

Avance un pas de plus, et gare au repentir ! . .

Va, crois-moi reste dans la plaine Pygmée à face humaine,

De mes torrents neigeux redoute la fureur,

Sois docile à ma voix, il en est temps, arrête . . .

Arrête ... et garde-toi de gravir la hauteur D'où moi seule ai le droit de lancer la tempête ! . .

l’homme.

Qui s’oublie à ce point de me porter défi ?

Ah ! c’est toi Montagne orgueilleuse, Superbe Matamore, au visage bouffi,

A la voix caverneuse !

Croirais-tu par hasard arrêter mes pas? . . fi !

Tout petit que je sois, tiens, entre nous, ma mie,

Je ne crains ni ta dent, ni ton front colossal,

Et si sur ton sommet je me campe à cheval,

C'est pour te subjuguer ainsi qu'une ennemie,

Depuis ta large base où croissent tes forêts,

Jusqu’au pic élevé qui déchire la nue ;

Depuis tes flancs ridés asile des genêts,

Jusques aux froids glaçons de ta tête pelue Où l'étoile polaire aime à fixer sa vue.

A quoi serviraient-ils tes nébuleux sommets,

Tes immenses glaciers, tes cavernes profondes,

Si dans leur solitude, éducateurs des mondes,

Ils n'enseignaient ce que, Moi, ton Maître et Seigneur

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