‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 213 sur 396 · G LE CHANT DIS SIRÈNES · texte numérisé non relu

G LE CHANT DIS SIRÈNES

Pour éclairer l'Extase et l’Admiration Quand viendra le Plaisir à son expansion.

Les heures en cercle autour d'elle Pour lui montrer comme elle est belle Dans de gentils miroirs répercutent ses traits

Si irais,

Improvisant des jeux pour amuser leur Reine

Des Plaisirs Souveraine,

Et l’engager & se lever.

Mais leur art n’aboutit qu’à la faire rêver.

Elle étend son beau corps sur le duvet, la rose,

Et nonchalamment se repose.

Jusqu'à ce que vers toi s’élève notre chœur,

D’Eros chantant les gracieux cantiques,

Et qu’enfin nos accents magiques S’infiltrant par dégrés jusqu’au fond de ton cœur,

Vers son beau lit de fleurs doucettement te leurre

Tout à l’heure.

Viens donc tandis que tu le peux,

La Volupté te brame, admire ses beaux yeux I Ne laisse pas gaspiller la jeunesse,

Tandis que restes froid, le temps avec vitesse Emporte le cours de tes ans,

Et tes inutiles printemps,

Viens l’embrasser ; . . . sur le duvet, la rose,

En t’attendant elle repose I

Car triste et long fut ton chemin,

Et tes jours ont été labourés de chagrin ;

Objet de plus d’une rancune,

Tu fus poursuivi par Neptune ;

Sur la terre et sur l’océan Tu fus souffleté par l’autan,

Et puis ballotté par l’orage De rivage en rivage,

Et d'ouragan en ouragan Jeté sur la déserte plage De la Lybie oit rôdent pleins de rage Et la soif et la faim, deux spectres décharnés Sur tout être vivant tombant les forcenés!

Puis échappé do là, par un nouveau naufrage

Porté près de l'affreux écueil D’où te guignait du coin de son seul œil Polyphème l’antropophage !

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