‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 219 sur 396 · SAINT ALBAN · texte numérisé non relu

SAINT ALBAN

“ Ouvre grand le portail, esclave ! ”

Dit un soldat. — “ Par Jupiter 1 Contre un tel temps fut-on fort brave, Il est terrible de lutter!"

Voilà qu’en tournoyant, la bise,

Entre avec bruit, fait branle-bas,

Avec elle une forme grise,

Un étranger qu'on ne voit pas.

Il est en présence du Maître,

D’un grand âge il porte le sceau,

Ce qu’à peine on peut reconnaître Sous les lourds plis de son manteau ; Mais il est las, tremble de crainte, Aussi de froid ... et de sa main Alban lui présentant l’étreinte,

Lui dit : “ Prenez courage enfin !”

Loin de scs gens Alban l'entraîne,

“ Voilà du feu ! . . voilà du pain !” Mais lui d’un regard plein de peine Jette son capuchon soudain.

“ De mon père de par le glaive 1 ”

A dit Alban, “je te connais!

Je ne me trompe, ni ne rêve,

Les Chrétiens sont tes frères . . . Mais

Ne crains rien, ici sois tranquille,

Et restes-y, jusqu’à demain ;

Ma maison est un sûr asile,

Où l'on te traquerait en vain.

Et puisscs-tu, Maître du Monde !

Me pardonner, S Grand Jupin !

Par une nuit aussi profonde,

Je n’eusse osé chasser Tarquin !"

D’une voix sérieuse et grave A répondu le bon vieillard, ’

Et de nuis préjugés esclave,

D’Alban s’adoucit le regard :

Telle du matin la lumière Envahit l’horizon lointain,

Telle bientôt la grâce opère Dans le cœur du jeune Romain.

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