‹ Le Fond du sac, par le chevalier de ChatelainChapitre 220 sur 396 · SAINT AI.BAK · texte numérisé non relu

SAINT AI.BAK

De la nuit a passé l’orage,

Tranquille et calme est le matin,

Un jour, deux jours et davantage L’hôte est toujours chez le Romain ;• C’est qu’une seule et même flamme, D’amour divin rayon de feu,

De ces deux ne font plus qu’une âme, C’est qu’Alban est soldat de Dieu.

Voilà qu’avec des cris de rage Arrive le peuple en fureur,

Du Chrétien ouvrez-nous la cage,

Il nous le faut pour le Préteur !

Un homme tout à coup s’avance,

Il est tout encapuchonné,

“Vous cherchez un Chrétien, je pense,’’ Dit-il d’un air déterminé,

“ Emmenez-moi 1" — Vite on l’entraîne Avec des cris plus furieux,

Et devers l’autel on le traîne Afln qu'il sacrifie aux Dieux.

Mais calme au fort de la tempête,

Alban de sa plus ferme voix

Dit : “ Que mon supplice s'apprête,

Car à vos Dieux plus je ne crois!”

La foule alors sur lui se rue,

Puis le massacrant du regard,

Lui jette en langage de rue L’insulte acerbe, et le brocard ;

Car plus est noble la victime,

Plus la passion sans pitié Sous couleur de venger le crime,

Eteint la vertu sous son pié.

Ur pendant la journée entière On le traîne par la cité,

Par le mont et vers la rivière —

Là le peuple s’est arrêté.

Le pont sous cette immense houle Semble prêt à s’ouvrir dans l’eau, lx>rs Alban à l’ignoble foule Parle avec calme de nouveau :

SAIS T ALBAS

- Romains !” dit-il, “je a a Êû* ^«re.

Des dangers bravant les émois.

Dan» les combats, à la victoire.

Je vous conduisis maimefois ;

Ce jour je m'en vais vous conduire Encore au chemin de l'honneur.

Avec moi venez au martyre . . •

Sur l’autre plage est le bonheur !"

Il dit, traverse la rivière Pour aller plus vite à la mort,

Et «ans bravade et sans colère.

D’un oeil calme affronte le sort.

Dans la foule était la tempête.

Mais nul cri ne sortit brutal.

Quand Alban fut placer sa tête Là bas, sous le billot fatal.

Le bourreau prend l’arme et la lève Et fait un pas pour son élan ;

Mais de sa main tombe le glaive,

Il a vu ... le regard d' Alban !

“ Dieu d’ Alban,” dit-il, en prière,

“ Du haut du ciel exauce-moi,

Je t’invoque Dieu tutélaire.

Pour toi je veux mourir . . . j’ai foi !”

De même quand une ombre passe, Qu’une autre ombre la suit bientôt.

Ainsi de temps en peu d’espace Du mal surgit un vil suppôt ;

Le ciel par sa divine grâce A pu convertir ... un bourreau . . .

Mais voyez !.. se dresse à sa place Un exécuteur à nouveau !

Un coup ... et sa vie est tranchée ; Et se disperse en la cité Des payens l’infâme nichée ;

Et pourtant, c’est la vérité,

Là restèrent âmes honnêtes,

Pleurant sur ce héros martyr,

A faire mondaines conquêtes Pour Jésus préférant mourir.

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