ÉPINES ET CHARDONS
Le liseron l’étreignait fortement L'embrassant, le serpent, du pied même à la crête ;
Le chèvrefeuille au-dessus du lilas Etendait son regard mielleux, et ses charnières,
Mes gentes tleurs aux plus naïfs appas Erraient sur les sentiers en dehors des parterres.
Selon le cas lors redressant la fleur,
Ou sur l’arbre touffu jouant de la serpette,
L)e ci, de là clouant avec ardeur,
Ou bien de l'herbe folle arrachant la chaînette,
Tout en errant' ainsi dans mon jardin Occupé grandement de ce labeur paisible,
Je méditai — ce fut penser divin 1 La leçon que le Sol me rendait si visible.
Du premier homme hélas ! c’est le péché Que font voir à nos yeux les ronces, les épines,
Les droits de Dieu dont fîmes bon marché Pour mieux nous goberger du crime en les sentines,
Tous ces serpents du règne végétal Us étaient inconnus dans l'Eden — sol propice A la vertu, nou certes pas au mal.
Oh de nom n'était pas même connu le vice.
Mais triste jour 1 . . Quand nos premiers parents S’éloignèrent de Dieu, — leur désobéissance
Soudain tit naître arbustes déchirants,
Et la nature en deuil perdit son innocence.
L’homme perdit sa candeur d’autrefois,
La terre dut porter des ronces, des épines,
L'homme maudit dut courber sous le poids Du chagrin, du travail, des haines intestines.
Oh surgissaient fleurs et plantes d'amour,
De plantes à venin les racines amères
Glissent leurs bras, et ne jettent au jour Au lieu de doux parfums que senteurs délétères ;
Affections folâtrant vivement De bien plus saints devoirs viennent prendre la place, Des vertus même en leur désœuvrement Gaspillent, c’est un fait, les œuvres de la grâce.