I.’ÉTÊ INDIEN
Eu plein soleil Uncez-uous vos galas,
Ou la nuit tintez-nous vos glas, Hymens et deuils sont sur votre tangage : Dites-nous que la vie est à peine un passage,
Que c’est un long travail semé de grands soucis ; Heureux sont les vivants, mais les morts sont bénis !
L'Eté Indien.
De par la brume purpurine Se dessinant au loin sur le pic rocailleux.
De par le bleu foncé des cieux,
De par l’ambre riant, couleur aventurine Qui filtre à travers la forêt Où trône en rêvant la nature,
Où le soleil toujours discret A pénétrer ne s’aventure,
De par le doux zéphir voletant sur l’étlier,
Nous sourit la saison qui précède l’hiver.
Une chaleur bien pénétrante Nourrit et remplit l’air ; — Bans éveiller d'écho La douce brise fait dodo,
Etouffant son haleine, et rendant l’eau dormante ; Sans chiffonner même jamais L’arbre qui, près de la rivière Se mire en y prenant le frais,
Regardant son ombre en arrière ;
Dans son repos laissant sur les cailloux dormir La vague, hier encor le jouet du zéphir.
De robes aux plus riches teintes Brun et or, cramoisi, vert tendre et vert foncé La forêt, nouvelle Circé
Se parc, et laisse aux eaux réfléchir ces empreintes. Et soudain dans leurs profondeurs D'une forêt toute nouvelle Nous voyons surgir les splendeurs Ainsi qu’une beauté jumelle.
Et l'arbre y voit son frère, et la feuille sa sœur,
Et dans ce doux miroir chacun boit la fraîcheur.
Que de la forêt bonne est l’ombre !
Le chasseur Indien, voyez liande son arc,
l'anoletebre à kosbuth. 33
Pour lui la nature est un parc Oit sont chevreuils et cerfs, biches et daims sans nombre. Là, dans son canot de bouleau,
Voyez sous ses cellules vagues Il poursuit l’habitant de l'eau Qui se croit caché sous les vagues,
Et qu'il découvre, lui, dans ses trous de corail,
Grâce au lalot de pin qui pend au gouvernail.
Ce jour de si riche lumière,
Cet adieu de l’été, ce n’est qu’un jour rêveur Qui mélancolise le cœur,
Que nous aimonB pourtant, mais qui de peine amère Nous donne un avant-goût parfois.
Son soleil n’est pas une joie,
Mais bien une gloire aux abois,
Qui meurt dans un linceul de soie.
Comme le cygne, las ! qui dans un chant de mort,
Se pleure en doux accents, puis clôt l’œil et s’endort.
Le jour incline au crépuscule,
Sur l’horizon ardent quel luxe de couleurs Illumine de ses splendeurs La mer qui reluit d’or et dans le ciel s’accule!
Oh 1 rien de plus beau qu’un tel soir I Couché, le soleil brille encore,
Et tout cet immense dortoir L’éclaire do son météore.
Mais tout est si muet, le sol, la forêt, l’eau,
Qu’on pleure .... la beauté trônant sur un tombeau !
L’ Angleterre l Kosbuth.
'* Kedd&a inoolnmen, precor.
Ri aerrM anima» dimidium mra» t ”
(Ad VirgiUi 2 Voua»).
Hoh. Ods iii, Ub. 1.
Pars, et que tou vaisseau touche bientôt au port Luther des nations qui vivent de souffrances,
De l’Europe Kossuth les grandes espérances S'embarquent avec toi pour conjurer le sort I Chef inspiré de Dieu dans cette guerre sainte Sans trêve ni merci, que font contre le czar D
l'Angleterre à kobbuth.
De* millier* d'opprimés écrasés sous l’étreinte De ce tyran du nord, et broyés sous son char.
Prophète agitateur d'une immense croisade Dont les fiers adhérents, forts de la vérité,
Préparent un Homère à nouvelle Iliade,
La dernière bataille, — au nom de liberté !
Oui, la dernière ! Tout ici bas le proclame,
Et le ciel et la terre, et les destins changeants,
Et le temps qui, fécond, a porté dans ses flancs Pour une ère nouvelle un tout nouveau programme.
Déjà la nuit s’éclaire, et les cieux sont brillants !
Et bien que le Pouvoir se maintienne encore Caché dans ses donjons entourés d'assaillants,
D’une force nouvelle on voit poindre l’aurore,
Le bon sens qui bien plus que le fer des guerriers Sait abaisser le front des rois les plus altiers I
La pensée — elle écrit votre arrêt, ô Despotes !
La pensée envahit les plus modestes toits,
Et la culture aussi d’un vil troupeau d’ilotes Fait de bons citoyens des manants d’autrefois.
Sur les chemins de fer, sur les fils électriques Science et liberté lancent leurs feux puissants,
Tandis que grommelant extases ascétiques La triste obscurité pleure sur scs enfants.
La Presse, chaque jour, remplace la Doctrine,
Chaque paysan lit ; — do l’heure où les soldats Apprendront à penser, plus de sanglants combats,
Plus d’Empires basés sur la grâce divine !
O Kossuth ! notre amour te suit, marche avec toi,
Nous, tes admirateurs, avant que ta présence Eut soudain parmi nous organisé l’émoi,
Nous t’aimons aujourd’hui comme un ami d'enfance.
Le feu de ta parole a fait naître la foi I
Qu’ils tremblent désormais ces Puissants de la terre,
Qu’ils tremblent 1 . . Désormais notre Grande Angleterre
Plus ne restera seule insensible aux efforts
Des peuples, se ruant à travers mille morts
Contre leurs vils tyrans !.. Ta parolo féconde
A fait vibrer nos cœurs, saurait armer nos bras,
Avec la Nation où tu portes tes pas,
Notre main dans sa main, nous sauverons le monde !
l’aNGEBTERBE À K088UTH.
Nous digues héritiers de cette liberté
Vieille chez nous, et qui savons donner l’exemple
Des civiques vertus, de l’hospitalité,
Nous les fils d’Albion que l'univers contemple,
Lorsque la tyrannie et ses valets-bourreaux Assassins éhontés, pourvoyeurs des tombeaux,
Mitrés, crosses, repus, misérables sicaires,
Du Pouvoir Absolu malheureux janissaires Voudront t’ôtcr la vie, ô sainte liberté !
Foulant aux pieds tes droits . . . notre Vieille Angleterre Se levant leur dira de sa voix de tonnerre :
“ Les peuples sont debout, les tyrans ont été !"
Par ses mâles accents cette voix formidable Fera trembler soudain les prêtres et les rois,
En vain chercheraient-ils leur appui d’autrefois La soldatesque est peuple et n’est plus corvéable 1 Le son de cette voix en fatiguant l’écho,
Fera des vieux pouvoirs un nouveau Jéricho,
Et voilà que ceux-ci perdant leur équilibre Et tombant tout h coup, — l’Europe sera libre !
N’avez-vous donc pas vu comme l’écho roulait Du héros magyar les paroles propices,
Comme si dans sa vie un nouveau sang coulait De Milan opprimé saigner les cicatrices?
N’avez-vous donc pas vu le parjure Bourbon Crispé par le remords comme par un charbon S’élancer en sursaut de son lit de luxure ?
N’avez-vous donc pas vu parmi la moisissure De ces tombeaux vivants oh Naple et ses vengeurs Gisent, — l’éclair de joie aller au fond des cœurs? Avez-vous remarqué que semblable à la foudre,
A la foudre de Dieu, sur le haut Vatican Le bruit de ce tonnerre éloigné, — met en poudre Les brûlots offensifs du fourbe Capelan ?
Avez- vous remarqué comme cette éloquence A de Home aux abois relevé l’espérance ?
Pensez-vous que Venise haletante en ses eaux N’aura point dit aux monts ce grand bruit de 1r foule. Ne le portera point tout vibrant sur la houle,
Pour honnir son César jusques dans ses châteaux ?
Et puis au loin, bien loin dans les plaines sauvages Oh le nom de Kossuth vit entouré d’hommages, d 2