SOI
Et ta répand j partout une exquise fraîcheur ;
Au bruit de ton aile magique,
Je ne sais quoi de séraphique De doux pensers d'amour rient remuer le cœur.
Je sais que tu riens, brise, De ma Terre Promise,
De ce bien loin là bas, autrefois mon chez moi : Mais douce Fée— oh ! ne ras dire Que mon âme, elle est sous l’empire Du désenchantement — et d’un pénible émoi.
Mais rapporte au contraire, Que, penser salutaire 1
De bienheureux moments je les possède encor ;
Qn’ont fui les rêres d’espérance, Mais que, cependant, à distance, Quelques rêres traînards m’inondent de leur or.
Stances.
Ecrites dans ITle d’Arran en 1838.
Il fut un temps oh l’éclat de ces scènes Qui derant moi, posaient quotidiennes,
Ces pics hautains, du ciel heurtant le front,
Des bois de pins le silence profond,
Ce soleil pur épandant sa lumière Sur le miroir du lac éblouissant,
Eussent fait faire école buissonnière A mon esprit, plein d’un émoi récent !
Mais maintenant il n’en est plus de même, Nature ! j’aüne encore ton poème I Les eaux du lac, et les monts et les bois Sont mes amours, comme aux temps d’autrefois ; Et chaque trait de cette mise en scène Est aussi beau que par le temps passé ;
Mais je n’ai plus cette magicienne Qui m’énivrait, — et le charme a cessé!
Et ce n’est pas que dans le fort de l’âge Mes facultés aient perdu leur feuillage,
Je crois plutôt que de sa faulx, le temps Sut émonder leurs jets trop opulents.
STASCK8.
Ce n’est pas que ma raison par trop sage Repousse au loin ces rêves tant chéris.
Souvent mon cœur a soif du doux breuvage De l’hippocrène oïl m’abreuvais jadis I
C’est que la vie a perdu pour mon âme,
Et doute et crainte, et leur épaisse trame ;
C'est que secrets jadis enveloppés Dans le mystère, à mes yeux détrompés Brillent ; — c’est que ne puis plus faire usage De l’espérance, et dorer chaque objet De ses couleurs, et de son doux mirage,
Pour en grandir ou le rôle ou l’effet.
1 1 fut un temps dans ma verte jeunesse Oh mon esprit débordait do richesse,
Oïl je donnais teintes de vérité Au rêve oseur, empreint d’étrangeté :
Alors oui dà 1 les bois et les collines La mer rugueuse, et le ruisseau plaintif, Faisaient vibrer les cordes argentines De mon cher luth; — m’énivrais sans motif!
De la beauté chaque vive substance Resplendissait des feux de l’espérance,
De rêves creux . . . L’imagination Aux flancs du vide y trempait son crayon, Etonnez-vous alors par quel prodige Moi, de mon front j’allais frapper les cieux,
Ma poésie . . . elle avait le vertige Libre en mon vol j’eusse affronté les Dieux !
Mais maintenant sur le midi de l'âge,
Tombe un rayon clair, sans aucnn nuage, Etoile et lune ont glissé de mon jour,
Plus terre à terre, et plus calme en rotour. Mon cœur n’est plus ce chercheur d’aventures Qui dans la nue eu quête du bonheur Allait rêver ; — mes amours sont plus sûres, Elles sont là, — dans mon intérieur.
Si je regarde en face la Nature
Ce n’est plus pour y chercher un augure,
N’y vais quêter les choses à venir,
Mais me ragrippc à frais ressouvenir.