LE PREMIEB MAI DANS LA NOUVELLE ANGLETERRE
‘ Un seul soupir I’ disions-nous, ‘ un soupir Tout embaumé viendra bientôt trahir Où vous gisez ! ’ — 1 Mais voyez ! les follettes Comme la mort demeurèrent muettes !
Ne voulant pas, d'un souffle, d’un soupir Nous régaler pour nous faire plaisir ;
Nul n’est plus sourd, m’est avis, à tout prendre,
Que celui-là qui ne veut pas entendre !
Donc nous marchons, et nous marchons encor Devers un pré chercher le Bouton d’Or Qui dans vos yeux, sans qu’on y prenne garde,
Mire ses feux, sourit et vous regarde;
Puis vers un coin touffu portant nos pas,
Nous y cherchons le “Ne m’oubliez pas!”
Enfin le bruit d'une voix, mais lointaine,
Comme le doux glouglou d'une fontaine,
Plus doux vraiment que le cliant d'un oiseau Nous répondit. Oh ! c’était plus que beau !
C'était si frais ! c’était comme la brise En folâtrant faisant musique exquise,
Si, qu’après tout nous crûmes en nos coeurs Que ce langage était celui des fleurs.
Sachant très bien que l’humble Violette Près du ruisseau cache sa collerette.
En folâtrant, en riant, en chantant,
Cheveux épars et toujours en luttant,
Nous poursuivons ce tout gentil murmure Que de la brise apporte la voix pure,
Mais c’est en vain ; et nous ne trouvons pas Une fleurette exhibant ses appas;
Point de Crocus, et point de Colombine,
Non plus d’Orchis qui croît sous l’Aubépine,
Point d’ Anémone aux si vives couleurs,
De Violette aux suaves odeurs,
Nulle Clochette, et nulle Perce-Neige,
Ni Pâquerette aussi blanche que neige.
Point en un mot, point de naïves fleurs,
De ces bijoux aux prismes enchanteurs.
Où donc est-il leur tout gentil pnnache ?
Où sont ces fleurs ? . . Peut-Être à cache-cache Jouent-elles? Mais, fl paresseuses fleurs!
Que c’est vilain de cacher vos splendeurs.