ROBINSON (T. D
Le Petiot qui vient de mourir.
,1e suis tout seul, tout seul maintenant dans ma chambre Et bientôt va sonner minuit ; l/e tic-tac de l’horloge, et le vent de décembre Voilà le seul son qui bruit.
Et dans mon âme empreinte de tristesse Se glisse un cruel souvenir,
Car je sens mon cœur gros, moi, qui pense sans cesse, Au petiot qui vient de mourir.
Hier au soir je fus vers le toit de mon père.
Vers le toit de tous mes chéris,
Et j’ouvris doucement du jardin la barrière,
Et puis la porte du logis.
Et tout à coup je vis venir ma mère
M’embrassant avec un soupir,
Me disant : “ Cher enfant, oh I donne une prière Au petiot qui vient de mourir.”
Il me fera défaut à la saison prochaine,
Alors que renaîtront les fleurs ;
Il me fera défaut quand l'hiver en sa haine,
Sur nous soufflera ses rigueurs.
Moi je verrai sa chaise inoccupée,
Le dada qu'il faisait courir,
Ses joujoux, chacun d’eux me dira l’épopée
Du petiot qui vient de mourir.
Je reverrai sa sœur, la gentille petite
Avec ses compagnons jouant,
Et de ces chers enfants je guetterai l’élite
Tel que jamais ne fis avant :
Et si je vois parmi cos jolis anges Un visage ivre de plaisir,
Il me viendra soudain des souvenirs étranges
Du petiot qui vient do mourir.
Nous retournerons tous un jour chez notre Père,
Là haut, dans sa maison des cieux, Oh reluit l’espérance, oh de l’amitié chère
Ne se brisent plus les doux nœuds.