LK FOND DU 8 AO
INTRODUCTION
Vieillir .... c’est croître I
Victor Huao.
La vie est courte et pnsse avec la rapidité de l'éclair. Quelques uns la maudissent, d’autres la bénissent et l’admirent; nous sommes du nombre de ces derniers, à quoi bon le cacher ? Généralement plus on vit, plus on a l’appétit de vivre, et la raison, c'est que la vie est une curiosité qui n’est jamnis entièrement assouvie. Au matin de la vie, on vit sans vivre, on vit à la vapeur; la Folle du Logis vous empoigne, et vous conduit, noient, voient, presque sans que vous en ayez conscience, courir le guilledou avec tant d’insouciance et de désinvolture, qu’elle vous fait ressembler parfaitement à la fusée volante qui va frapper à la porte du firmament, sans attendre qu’on lui ouvre, s'éblouit de sa propre lumière, et s’évanouit dans le brouillard qu'un instant elle a paru dissiper, et que même elle a paru vaincre. Pour la première jeunesse la moitié des merveilles de la création est perdue,— ce qu’on apjielle l’âge mûr est dépensé en ambition, on veut être le primus inter parcs, et pour arriver à ce but, si ardemment convoité, on gaspille la vie. Le lever du soleil, le midi radieux, le coucher de l’astre éblouissant, — tout ce grandiose est
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lettre morte pour l’homuie qui s’agite au juste milieu de l’existence, et y frétille dans lu seule pensée de satisfaire aux instincts pressants du son ambition.
Ce n’est qu’après cinquante aus qu’on connueucc à s’écouter vivre, qu’on commence à savoir vivre ; c’est à cet âge seulement que l’on distille la vie, qu’on jouit de ses allées et venues, et qu’on respire la quintessence de ses parfums.
L'aube du jour on la suit uvec un mil curieux et charmé; toutes ces magnificences do l’éclosion de la nature, on les savoure, on s’eu grise; — c’est que le premier silence qui s’éveille à la note timide de l’oiseau, au bruyant coricoco du coq, au doux murmure du clapotement de l’eau, au bruissement de la feuille est réellement chose sublime ! . . Voilà que le jour est né, à peino sorti de ses langes, voilà qu’il grandit, qu'il grandit, qu’il grandit — gigantesque ! . . et puis insensiblement qu'il s’évanouit pour faire place nu crépuscule, et puis à la nuit — La nuit! ... la plus grande merveille de la création !
Pour l’homme qui examine les œuvres de Dieu placé qu’il soit sous la voussuro d’un bois mystérieux, ou perché sur la cime d’un mont, ou dominant cette immensité qui a nom — la mer, — la nature est une longue admiration qui crée dans l’âme un hosnnna perpétuel !
Alors, et dès cet âge de cinquante ans où le jienscur se révéle, la vie de l'homme se complète par la contemplation, et s’épure au contact des grandes choses de l’Infini que Dieu sème sur sa voie.
Alors aussi en étudiant chaque jour, chaque heure, chaque minute les innombrables métamorphoses de la nature, l’homme s’aperçoit, sans frayeur aucune, que sur cette terre, véritable chemin de fer qui nous conduit à toute vapeur vers l’Eternitc, tout change, tout passe, tout se transforme, et en présence d’une mutation pro-
INTRODUCTION
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chaîne, inévitable, en présence du dernier de tous les déménagements, il met ordre à ses affaires, et s’il est auteur, après avoir détruit et jeté ou feu nombre d’œuVTes
restées inédites, il livre il ehacnn et à tons Le Fond
du Sac ! ( * )
Voila le pourquoi de ce livre qui n’est autre chose que la suite, et, rassurez-vous, lecteur, que la fin des “ Beautés de la Poésie Anglaise,” et des “ Rayons et Reflets,” ouvrages par nous précédemment publiés ; ces quatre volumes formant, nous aimons à le penser, l’histoire la plus complète qui ait été publiée dans ce siècle de la Poésie Anglaise depuis, et même avant Chancer, jusqu’à nos jours.
Nous avons la conscience «l’avoir fait connaître nombre de poètes bien à tort restés «lans l’oubli, on passés sons silence ; nombre de poèmes publiés sans nom d’auteurs, poèmes dont quelques uns sont supérieur », quoique publiés anonymement, « tout ce qui a été érrit dans aucune langue , témoin pour en citer un dans la foule, “ The Monts of Kilcrea" — “ Les Moines de Kilcré;” après cela, le lecteur ne doit pas s’étonner de ne rencontrer dans ce dernier volume les grands noms de Chaucer et de Shakespeare; outre que nous avons donné dans les “ Beautés ” et dans les “ Rayons et Reflets" des spécimens de ces deux poètes, nous avons publié, séparément de Chaucer “ La Fleur et la Feuille" et les “ Contes de Cantorbéry;” de Shakespeare “ Macbeth,” et récemment “ Hamlct.” Goldsmith, Shelley, Byron, Gay ont leur place dans nos trois premiers volumes, et nombre de poètes modernes, Duce Tennyson, qui brillent par leur absence dans ce dernier volume, sont également représentés et largement dans les volumes précédents.
(') Voir à l'Appendice, “ I.*' Pépin d'Anacréon." page 482. note 2
INTRODUCTION
Cette observation faite, — maintenant in ré “ Beautés de la Poésie Anglaise ” nous prenons selon toute probabilité, définitivement , congé de nos lecteurs, les remerciant d’avoir été pour nous un public indulgent, et leur souhaitant à chacun et à tous la Rosée du Ciel et les Biens de la Terre.
So be il !
Le Chevalier de Châtelain